2014-10-23 Des décisions contradictoires nuisibles à l’Administration

Publié le par Alain GYRE

2014-10-23 Des décisions contradictoires nuisibles à l’Administration

Des décisions contradictoires nuisibles à l’Administration

23.10.2014

Notes du passé

Pour ravitailler les soldats et la population de la France en viande de bœufs, durant la Grande guerre, des échanges de câblogrammes ont lieu pour décider sous quelle forme exporter, bétail sur pied, conserves ou frigorifiés. Après maintes discussions, il est finalement décidé de choisir les deux dernières options, même si le gouverneur général Garbit insiste pour envoyer des bêtes vivantes, étant donné les investissements déjà réalisés pour leur transport (lire précédentes Notes).

Pendant ce temps, le Loire et les zébus attendent les décisions de l’Administration. Le médecin-major Borel du vapeur, signale dans son rapport : « Il est enfin décidé que les bœufs ne seront embarqués qu’au nombre de 50, don gracieux de la Colonie à la Métropole, qu’ils seront établis sous double tente. » Désormais, il faut reprendre l’aménagement du navire en fonction du nouveau chiffre, démonter les box des promenades et des faux-ponts.

Finalement, le navire quitte Antsiranana le 30 juillet, revient à Toamasina pour embarquer 174 passagers, retourne à Antsiranana le 11 août. Le 23 août, le Loire est à Djibouti par une chaleur caniculaire (37°). Le 29 août, il est à Suez et le 8 septembre, il entre à Marseille.

Durant ce voyage, le gouverneur général prépare l’accueil des bovins. Avant le départ d’Antsiranana, Dufour, responsable du convoi, sollicite des instructions « pour remise bœufs à l’arrivée ». Garbit lui répond de s’adresser au Service colonial et câble au ministère de donner des instructions à l’intendance pour la réception immédiate des bœufs.

Pendant ce voyage également, la chaleur fait plusieurs victimes parmi les passagers : le 25 août, le maître d’hôtel meurt ; un second décès est enregistré le 7 septembre. Au contraire, tout se passe bien chez les bovins :

« Tous les bœufs arrivés sans manquant et en excellent état », lit-on dans un rapport officiel.

Ainsi, « s’il était prouvé que les bœufs supportaient bien le voyage, il l’était aussi que leur transport sous forme de viande vivante n’était pas le système d’acheminement le plus pratique et le plus rapide, surtout en temps de guerre et dans une période de crise des transports maritimes ». Et si l’expérience est concluante, elle n’est pas renouvelée : c’est par congélation et par conserves que s’acheminera désormais le bétail malgache. L’industrie va connaître dans l’île un essor sans précédent.

Toutefois, « les décisions contradictoires des pouvoirs publics dans cette affaire, leur enthousiasme initial pour l’utilisation des bœufs vivants, la recherche de 100 000 bœufs… pour aboutir à l’envoi de 50, les aménagements successifs du navire qui les embarquait, ne contribueraient pas à fortifier le prestige de l’Administration locale et plus encore, de la Métropole d’où venaient les ordres ».

Dans les années qui suivent, chaque fois qu’on se préoccupe du bétail malgache à Paris, l’aventure du Loire ne manque pas d’être exploitée. En 1916, lorsque Méline, le ministre de l’Agriculture du gouvernement Briand remet à l’étude la question de la viande et envisage un recours au bétail malgache, le journal qui signe « Pierre d’Ilafy » écrit dans la livraison de la « Tribune » du 8 mars : « C’est assez de commissions, de discussions, de dîners au zébu… les parlementaires au front et les négociants aux affaires. »

Le 6 novembre 1917, la Chambre vote une résolution qui invite le gouvernement à recourir « d’urgence » aux moyens qui permettront à la population française de « bénéficier » du cheptel bovin de Madagascar.

Dès qu’il en est informé, le gouverneur général redoutant une « évolution intempestive» des possibilités malgaches et une « décision malencontreuse », câble à Paris : « Ne saurais trop attirer votre attention sur faible importance disponibilités Madagascar. D’une façon générale et principalement avec lenteur et rareté transports résultant état actuel des communications, aucun envoi bétail sur pied ne peut être envisagé. » Et il cite l’exemple du transport par le Loire en 1915.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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