2014-10-24 Une digue pour choisir le prince héritier

Publié le par Alain GYRE

Une digue pour choisir le prince héritier

24.10.2014

Notes du passé

Antananarivo est aussi connu pour les digues , qui sillonnent les plaines l’entourant, « véritables monuments historiques au même titre que les tamboho et les fossés, dont l’érection fut entourée de mythes parfois légendaires ». D’après le chroniqueur Randria­marozaka, dans les années 1970, les époques de leurs constructions constituent le Moyenâge malgache, car elles sont « fourmillantes de hauts faits, de zèles créateurs, de bizarreries pittoresques, de sentences, de mouvements au milieu desquels rayonne la figure patriarcale du monarque ». Les grosses digues ne sont pas tout à fait semblables du point de vue de leur finalité, aux diguettes des rizières conçues avant tout pour identifier et matérialiser le droit de propriété. Il est vrai que les grosses digues telles celle qui sert de cadre au lit de l’Ikopa qu’elle longe sur plusieurs dizaines de kilomètre, jouent aussi le rôle, sous Andriamasi­navalona puis Andrianampoinimerina « mais à un

niveau relativement supérieur»de frontière des territoires et des groupements claniques voisins. Ainsi, elles sont surtout construites pour appliquer une politique de développement agricole.

Andrianampoinimerina, « désireux de faire adopter un mystique par ses sujets dans ce sens », ne cesse de répéter dans ses grands discours que le riz et lui sont « un » et que la disette est son seul ennemi. Les buts poursuivis restent les mêmes, tant sous Andriantsi­takatrandriana qu’au XXe siècle, « époque héroïque dont nos Foko­nolona tels qu’ils sont actuellement dans leurs travaux collectifs, sont le reflet lointain ». Un jour, ce roi défie ses deux fils : « Que celui d’entre vous qui parviendra à construire un barrage à ce point de cette rivière, ait le sort de ce bel arbre. Que l’autre qui ne pourra pas mesurer son intelligence et sa force à l’importance de ce même travail, ait le destin de l’ambiaty tordu. » En l’entendant, sa femme lui reproche de maudire ses fils. À quoi le monarque rétorque : « Je ne les maudis pas, je les éduque pour qu’ils puissent remplir entièrement leurs devoirs princiers en Imerina. » Le cadet de ses fils habite à Alasora et l’aîné à Tsimilefa, village situé à l’ouest de Soanierana. Les propos du roi ne résonnent pas de la même façon dans la tête des deux jeunes gens. L’aîné, d’un naturel indolent, est insouciant au point d’oublier les paroles de son père, une fois rentré chez lui. Il n’en est pas de même pour le cadet domicilié à Alasora. « La parole de son père lui mit les puces à l’oreille si bien qu’il s’efforça d’en saisir la signification en cours de route et même lorsqu’il fut de retour chez lui.» À la tombée de la nuit, il convoqua les sages et les notabilités de son petit fief pour l’aider à démêler l’écheveau fait par son père. Il narre en détail l’entrevue que son aîné et lui ont eue dans la journée avec leur propre père et n’omet pas de reproduire fidèlement les propos sibyllins de ce dernier. Le Conseil des Sages comprend sans difficulté qu’il faut agir sur le champ dans le sens du souhait d’Andriantsi­takatrandriana. La clandestinité dans laquelle doit se dérouler la construction pour éviter d’éveiller l’attention des habitants de Tsimilefa, est obtenue à la faveur de la nuit étoilée. « Les bords de la rivière ressemblaient à une fourmilière. Aux approches du matin, le barrage est joliment construit et les habitants d’Alasora rentrent vite chez eux sans faire de bruit. » À la première lueur du soleil, le jeune prince d’Alasora envoie un messager pour informer son père en ces termes : « Sire, il semble que le barrage est construit. » Et le monarque de répondre avec nonchalance : « Comment veux-tu qu’il le soit alors qu’il n’y a personne pour le faire ? » Néanmoins, il se rend sur les lieux pour voir si le messager n’est pas un menteur : il est aussi surpris qu’heureux. Il décrète que le peuple se réunisse quelques jours plus tard pour écouter son discours. En attendant, il demande à son fils cadet de bousculer son frère et de maculer de boue ses beaux habits, lorsqu’il arrivera. Quand le jour du rendez-vous vient, le prince de Tsimilefa arrive avec le peuple, tiré à quatre épingles. Et son frère accomplit l’ordre de son père qui dit alors : « C’est de cette manière qu’il faut traiter un prince qui répugne à gouverner comme il faut… Incline-toi devant ton cadet car c’est lui qui régnera. »

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

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