2014-10-28 Notes du passé Des milliers de soldats merina demandés par Zanzibar

Publié le par Alain GYRE

2014-10-28 Notes du passé Des milliers de soldats merina demandés par Zanzibar

Des milliers de soldats merina demandés par Zanzibar

28.10.2014

Notes du passé

Fin des années 1960, Christian Mantaux, de l’Association malgache d’archéologie, publie un article sur la première ambassade malgache du XIXe siècle, chez le sultan de Zanzibar Mascate, Oman, en 1833. Il se base sur des documents anglais, français et malgaches pour présenter cette mission. Il souligne qu’en général, on considère que les envoyés royaux de 1837 en Europe forment la première ambassade malgache à l’étranger. « Pourtant, il en est une plus ancienne. » C’est celle qui est envoyée en Afrique orientale auprès du sultan Syed Saïd Ben (Syyed Saïd Ibn) en 1833 par Ranavalona 1ère. Poursuivant ses explications, il indique que diverses raisons expliquent qu’elle est plus importante que celle de 1837 et il les énumère. Primo, elle a lieu à la demande du sultan de Zanzibar, dont l’autorité s’étend du sultanat d’Oman aux Comores et après qu’il a envoyé deux représentants dans la Grande île. Secundo, elle a pour but de répondre négativement à une demande d’aide militaire de Syed Saïd Ben à la reine merina. Tertio, elle ouvre des rapports officiels entre deux pays voisins dont les sujets, depuis des temps fort anciens, entretiennent des relations commerciales. Et quarto, elle a lieu à un moment où deux des quatre îles de l’archipel des Comores- qui, en principe, appartiennent au sultan de Zanzibar- sont au pouvoir des Malgaches qui ont fui la domination de Ranavalona 1ère. En 1833, le sultan de Mascate dépêche à la Cour d’Antananarivo un émissaire du nom de Khamisi Ben Athamani, autrement appelé Ihamisy. Il apporte un message verbal et une lettre pour Ranavalona 1ère, de son maître qui demande une aide militaire de 2000 soldats pour reprendre Mombasa. En effet, depuis des siècles, cette île essaie de se libérer des souverains d’Oman et au cours des siècles, « ce ne sera que batailles et destructions ». Le 12 mai 1823, le gouverneur de Mombasa, Abdallah, meurt et ses enfants se disputent le pouvoir. Finalement, ne pouvant s’entendre, ils nomment Seliman Ben Ali comme nouveau gouverneur. Conscient de ne pouvoir résister indéfiniment au sultan de Mascate, il cherche aide et protection auprès des Anglais. Le 3 décembre de la même année, le capitaine Vidal mouille devant le port de Mombasa et le lendemain, l’aîné des enfants d’Abdallah demande aux Anglais d’arborer le pavillon britannique, mais ils refusent. Le 7 décembre, le blocus de la ville commence, mais sans grand résultat. Le capitaine Owen arrive à son tour le 7 février 1824 dans l’île, mais contrairement à Vidal, il accepte de mettre Mombasa et ses dépendances sous la protection du pavillon britannique. Toutefois, l’Angleterre ne soutient pas Owen et en 1826, le pavillon anglais quitte le sommet du fort. Mais si Syed Saïd Ben réussit à s’emparer de Mombasa, ce ne sera qu’une victoire sans lendemain. À peine revenu à M’Tony, sa résidence à Zanzibar, il apprend la nouvelle révolte de Mombasa, qu’il ne reprendra qu’en 1837 après deux tentatives (en 1829 et 1832) sans résultat. Mais revenons à l’envoyé du sultan. Khamisi demande également la main de la princesse Razanakimanjaka pour son maître dont l’épouse s’est enfuie. « L’on peut penser que le sultan espère resserrer les liens entre Madagascar et son royaume s’il épouse la princesse et, peut-être aussi, en ce cas, obtenir plus facilement des troupes malgaches. » D’après Christian Mantaux, Khamisi échoue sans doute dans sa mission, car le sultan envoie un nouveau messager la même année auprès de Ranavalona. Il s’agit d’Ifadily qui apporte une lettre où il renouvelle sa demande des 2000 soldats tout en annonçant l’arrivée prochaine des 400 mousquets offerts à la Cour d’Antananarivo. Une fois encore, la reine refuse d’envoyer les soldats. Mantaux suppute qu’elle craint sans doute Ramanetaka, prince merina, cousin de Radama 1er dont elle a voulu « se défaire » et qui s’est enfui aux Comores pour devenir bientôt sultan de Mohéli sous le nom d’Abd El Rhaman. « Elle craint qu’en réalité le sultan et Ramane­taka ne soient alliés – en fait, ils sont ennemis-, qu’en définitive elle ne fasse les frais de sa générosité et que les soldats demandés par le sultan ne reviennent avec l’ancien bras droit de Radama 1er et ne la chassent du trône d’Imerina. »

Texte : Pela Ravalitera

Photo : : Gravure de Guillain

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