2014-11-03 Notes du passé Multiplier d’urgence le taux d’écoute radiophonique

Publié le par Alain GYRE

Multiplier d’urgence le taux d’écoute radiophonique

03.11.2014

Notes du passé

2014-11-03 Notes du passé Multiplier d’urgence le taux d’écoute radiophonique

Madagascar compte environ 60 000 postes récepteurs début 1960, lorsqu’un plan de développement de l’écoute radiophonique est mis à l’étude. Ces quelque 250 000 auditeurs sont groupés à Antananarivo, dans les cinq autres chefslieux de province et dans les quelques grands centres électrifiés (Antsirabe, Tolagnaro, Ambatondrazaka, Morondava, etc.). Bien que la Radiodiffusion soit installée dans la Grande île depuis 1931, Madagascar se trouve encore, dans la seconde moitié des années 1950, dans la situation de la plupart des pays en voie de développement avec un poste pour 100 habitants environ. « Seule une élite aisée écoutait la radio. Les masses urbaines et surtout les masses rurales en étaient presque complètement écartées » (Robert Souchet, directeur de la Radiodiffusion de Madagascar 1958-1962). Les raisons d’une telle situation ne sont pas un secret. La première est qu’elle est, avant tout, la conséquence de l’électrification très insuffisante de l’île qui oblige les auditeurs des régions non électrifiées à acquérir des postes à batterie ou à piles spéciales.

En outre, les émissions en ondes moyennes desservent uniquement Antananarivo et sa banlieue et ces récepteurs doivent fonctionner sur ondes courtes. Leur prix d’achat est, de ce fait, élevé (30 000 francs de l’époque au minimum) et leur fonctionnement est onéreux et difficile. « Il faut avoir vécu dans les campagnes africaines et malgaches pour mesurer les difficultés que l’auditeur rencontrait alors pour maintenir son poste en état permanent de fonctionnement : batteries déchargées ou piles usées que l’on ne peut remplacer, réparations qui doivent se faire souvent à plusieurs centaines de kilomètres…

La seconde raison tient aux mauvaises conditions de réception et les programmes souvent sans intérêt ou médiocres ne stimulent pas l’écoute. C’est « la constatation d’un état de fait qui tient essentiellement au manque de puissance des émetteurs, à l’insuffisance des moyens d’enregistrement et de prise de son, à la pénurie de personnel qualifié (animateurs de programmes, journalistes, opérateurs) ».

Ainsi, dans les années 1950 et avant, la Radiodiffusion n’est encore qu’un moyen limité d’information et d’éducation, « pas en mesure de remplir efficacement le rôle de toute première importance qui doit être le sien ». Ceci est d’autant plus indispensable qu’elle doit être au service d’un pays qui vient d’accéder à l’indépendance et qui se trouve « confronté aux nombreux et difficiles problèmes que posent le développement et l’animation dans tous les domaines d’une nation désormais entièrement responsable de ses destinées. Dès que la Sorafom (Ocora) prend la gestion de la station de la Radiodiffusion en 1957, cette société de l’État français entreprend immédiatement de renforcer et de moderniser les moyens radiophoniques (émetteurs et matériel de studio) de l’établissement de Madagascar. Elle s’attèle aussi à former des agents de programmation et d’exploitation sérieusement qualifiés. En 1958, la construction d’une Maison de la Radiodiffusion est décidée. Le bâtiment, le plus important et le plus moderne de l’Afrique d’expression française, sera mis en service début 1963. Parallèlement, en 1960, le gouvernèrent prend l’importante décision de créer un nouveau centre d’émission où seront installés des émetteurs de grande puissance (100 et 30 KW à ondes courtes), équipés de faisceaux aériens qui assurent, dès la fin de 1963, une très bonne écoute, non seulement sur l’ensemble de la Grande île, mais également dans le Sudouest de l’océan Indien, à savoir les îles Maurice et La Réunion, l’archipel des Comores, l’Afrique du Sud et de l’Ouest. Le développement considérable des moyens de production et d’émission nécessite des investissements de 850 millions de francs métropolitains anciens, financés par le Fonds d’aide et de coopération français. Il implique aussi que, dans le même temps, un effort sensible soit entrepris pour développer rapidement l’écoute radiophonique encore embryonnaire et mal réparti, et ainsi pour faire de la Radiodiffusion l’instrument le plus efficace de la politique du gouvernement.

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

Commenter cet article