2014-11-05 Notes du passé La culture en terrasses pour éviter le tavy

Publié le par Alain GYRE

La culture en terrasses pour éviter le tavy

05.11.2014

Notes du passé

2014-11-05 Notes du passé La culture en terrasses pour éviter le tavy

Depuis fort longtemps, même sous la monarchie merina, les autorités comme le roi Andrianam­poinimerina qui a prévu de lourdes sanctions contre ce fléau, s’inquiètent fortement des feux de culture de montagne, de tavy, de forêts, qu’importe le nom du moment qu’il s’agit d’incendies provoqués volontairement et mal maîtrisés ou non.

Au lendemain de l’Indé­pendance, la culture du riz de montagne (vary an-tanety) pose déjà problème au service des Eaux et forêts. C’est ainsi que J. Bertrand, inspecteur principal, en se référant au rapport annuel 1959 du service provincial de Toamasina, en parle comme d’une calamité. « L’évolution de la superficie accordée chaque année pour la culture de riz de montagne sur défrichement et brûlis, montre un accroissement constant : 66 000 ha sans la circonscription d’Antalaha en 1956, 85 000 ha en 1957 et 1958, 115 000 ha en 1959. »

Pourtant, cette forme de culture est combattue avec le soutien d’organismes internationaux comme la FAO, mais le constat est qu’il n’y a aucune régression de cette culture dévastatrice du sol.

En 1960, J. Bertrand estime donc que dans tout pays aspirant à une économie moderne, l’agriculture itinérante doit être remplacée par une autre plus stable et conservatrice de la fertilité des sols.

« Le paysan betsimisaraka le sait bien quand il préfère défricher une forêt ou une vieille savoka plutôt qu’une jeune savoka brûlée récemment. » Avec le temps, l’humus du sol se refait en partie et la végétation couvre la terre d’un manteau protecteur. On peut même brûler à nouveau le terrain « sans trop de risques », mais il faudra quinze ans en moyenne pour obtenir le résultat.

Certains partisans de cette méthode culturale suggèrent alors qu’il suffit d’organiser des périmètres avec rotation de quinze ans. Mais J. Bertrand objecte par « deux évolutions inévitables ».

D’abord, à chaque passage du feu découvrant totalement le sol, une importante couche de terre est entraînée par les pluies, surtout quand la pente du terrain est forte. « On peut arriver rapidement au rocher. » Ensuite, la population s’accroît rapidement de l’ordre de 3% par an. « En ne tenant compte que de ces derniers facteurs, il est facile de trouver la limite théorique dans le temps de la culture du riz de montagne avec rotation de quinze ans. »

J. Bertrand résume alors. La surface des forêts ou savoka susceptible d’être défrichée est de l’ordre de 4 760 000 ha dans la province de Toamasina. Or,115 000 ha sont en 1959, officiellement consacrés à la culture du riz de montagne.

Avec une rotation de quinze ans, cela fait 1 725 000 ha de terrains immobilisés pour cette culture. En tenant compte de l’accroissement de la population, il faudrait environ soixante ans pour tout défricher au moins une fois.

Donc, « en soixante ans, toute la végétation de la province serait au mieux constituée de grands ravinala avec une broussaille d’essences forestières de bambous ». Puis, il faudra commencer à raccourcir la durée de la rotation des défrichements, donc « à obtenir des rendements en riz de montagne de plus en plus faibles et à découvrir le sol de plus en plus fréquemment ».

Finalement, le ruissellement ira en augmentant, provoquant inondations, éboulements, ensablements. Les paysans devront se déplacer pour chercher de nouvelles terres, ce qui ne manquera pas de créer de nombreux conflits. « En n’accordant aux chiffres qu’une valeur d’indication, la culture du riz de montagne telle qu’elle est admise et pratiquée actuellement, contient en elle un germe de mort pour les générations suivantes.»

Pour en convaincre celles-ci, il faut mener la lutte sur deux plans, technique et psychologique. La première consiste à mettre en valeur toutes les terres cultivables. Le riz de montagne ne doit pas être exclu systématiquement, mais il faut « le cultiver en terrasses et non au gré du feu et de la pente ».

Mais selon le technicien des Eaux et forêts, l’action psychologique est la plus importante car « tous doivent être persuadés que la culture du riz de montagne, telle qu’ elle est pratiquée, est une calamité… C’est une question de vie et de mort. »

Pela Ravalitera

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