2014-12-19 Notes du passé Une mission de fièvre pour les Jésuites à Nosy Be

Publié le par Alain GYRE

Une mission de fièvre pour les Jésuites à Nosy Be

19.12.2014

Notes du passé

2014-12-19 Notes du passé Une mission de fièvre pour les Jésuites à Nosy Be

Le missionnaire de la Compagnie de Jésus à Madagascar, le père Marc Finaz débarque dans la Grande île le 14 juillet 1846. Après s’être entretenu avec le père apostolique Dalmond et reçu ses instructions, il part pour la côte orientale de Nosy Be. Il est alors accompagné du père Teyssier.

Dans une lettre du 6 juin 1847 qu’il écrit de Tafondro et qu’il adresse au père provincial de France, il fait une succinte description de l’île. Il parle de la principale population qui constitue Nosy Be, les Betsimisaraka.

C’est un être « doux qui s’attache facilement à ceux qui lui montrent de la sympathie ; il est plus civilisé que le Sakalava, mais il a peu d’énergie. Il a émigré de la côte Ouest de la Grande terre, a peu de rapports avec les Français et n’a point de préjugés avec la religion ».

En arrivant à Nosy Be, les pères Finaz et Teyssier se fixent à Fascène où se trouve « la tribu la plus nombreuse » qui les reçoit avec bienveillance. Le chef leur envoie aussitôt 35 enfants « assez grands » à qui ils apprennent durant un mois « les prières et le catéchisme : tout allait à merveille ».

Voyant cela, un autre chef leur construit une case pour qu’ils puissent instruire les enfants de son clan.

« Jusque-là, cette mission allait comme un vaisseau en pleine mer, qu’un vent favorable pousse vers un port désiré. » Mais ce vaisseau sera bientôt assailli par la tempête et jeté loin de sa route. « Nous avons été soumis à une terrible épreuve qui a enlevé un missionnaire et interrompu l’œuvre de la mission pendant sept mois. »

Leur case de Fascène est construite au milieu de marais dont les effluves ne tardent pas à se faire sentir sur leur état de santé. Le père Teyssier revient d’une tournée « avec une fièvre si violente que nous craignîmes longtemps pour sa vie : il avait fait de graves imprudences ». Dès qu’il se sent un peu mieux, on le rapatrie à Bourbon, mais sa santé ne s’améliorant pas, il se fait transporter à Sainte-Marie, auprès du père préfet. Il y meurt le jour de Pâques.

Marc Finaz s’oblige à tirer les conséquences de cette perte. Le père Teyssier est mort des suites d’imprudences dues plus à son excès de zèle qu’à la fièvre.

Et d’expliquer : « Les fièvres de Nosy Be ne sont pas mortelles d’elles-mêmes et quoiqu’elles fassent parfois beaucoup souffrir et qu’elles mettent un homme bien bas, on parvient à la couper et dès lors, on est bien vite remis.»

Les missionnaires jésuites partent ensuite à Hellville où les rejoint le père Bobillier en tant que supérieur

de cette partie de la Mission. Ainsi à Nosy Be sont ajoutées les îles voisines, Nosy Komba, Nosy Mitsio, Nosy Faly. Les Jésuites choisissent comme résidence Tafondro « soit à cause du caractère hautain et changeant

de ce peuple, soit parce que le village n’est presque composé que des gens esclaves du chef qui ne cherchent qu’à lui faire plaisir ».

Le R.P louis Jouen, supérieur de la Mission à Madagascar, débarque à son tour en 1847 tandis que Nosy Be « vivote ». Il n’est pas seul puisque le père Neyraguet ainsi que les frères Remacle et Jouffu sont avec lui. Mais ils arrivent dans la mauvaise saison des fièvres et bientôt, tous les missionnaires se retrouvent plus ou moins malades.

Néanmoins, « au milieu de fièvres dans cette mission de fièvre », ils arrivent à former des catéchistes destinés à soulager les missionnaires de nombreuses activités, en enseignant aux enfants les prières, le catéchisme et la lecture.

En tout cas, ils ont la foi. « Dieu veut que nous commencions par de petites choses, nous réservant par la suite, je l’espère, de grandes bénédictions. »

Texte : Pela Ravalitera - Photo : Archives personnelles

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