Commerce équitable: Un facteur pour perpétuer la pauvreté !

Publié le par Alain GYRE

Commerce équitable: Un facteur pour perpétuer la pauvreté !

Mardi, 09 Décembre 2014

Le commerce équitable perpétue la pauvreté en Afrique selon Madécasse, une entreprise de fabrication de chocolat fondée en 2008 par des ex-Peace corps établis à Madagascar.

La phrase peut être provocatrice. Mais plus de 70% du cacao dans le monde sont produits en Afrique, et le continent n’enregistre même pas 1% de la production de chocolat. Les fondateurs de l’entreprise citée ci-dessus interviewés par ConfectioneryNews estiment que l’Afrique producteur de cacao peut devenir chocolatier. Pourtant, l’industrie du chocolat et le commerce équitable ne militent pas en faveur de la création de valeur ajoutée. Ils s’appuient sur les actifs agricoles du continent pour s’y approvisionner en matières premières, au lieu de l’aider à développer son potentiel industriel. De l’avis des fondateurs de Madécasse, l’Afrique est pauvre parce qu’elle ne fabrique pas des produits finis. Cette remarque rejoint celle de la Conférence des nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) dans son dernier rapport sur les Pays les moins avancés (PMA) dont Madagascar.

Ce rapport publié la semaine dernière relève que plus la main d’œuvre est intégrée dans l’industrie et les services, plus la productivité est élevée et plus le pays crée de la richesse. Ce n’est pas le cas dans les 38 PMA que compte le continent. Sur la Grande Ile, plus de 70% de la population active sont dans le monde rural. Et ce n’est pas demain la veille qu’elle migrera vers l’industrie car elle manque de qualifications et n’a pas accès à des services de santé publique de qualité à même de l’aider à avoir une bonne productivité. De plus, le pays assiste à une désindustrialisation au lieu de développer son industrie. Le commerce équitable vient s’ajouter à ces problèmes puisqu’il se cantonne à la production agricole. Certes, les paysans concernés ne sont pas perdants, mais ils sont encore rares à s’y intégrer. Or, la pauvreté est essentiellement rurale même si en milieu urbain, la pauvreté gagne aussi du terrain.

Si le pays initie toutefois une politique industrielle incluant l’exploitation de son potentiel agricole, il pourra afficher des bons résultats dans la lutte contre la pauvreté. Nombreuses sont les études à souligner l’importance de l’agriculture pour un pays comme Madagascar et la nécessité de créer des liens entre ce secteur et l’industrie. Pour le cacao par exemple, le pays est l’un des rares producteurs à présenter des produits de très haute qualité intéressant les papilles des gourmets. Il est aussi le 1er producteur mondial de vanille, l’un des épices les plus utilisés par l’industrie agroalimentaire et du parfum. Le pays produit plusieurs milliers de tonnes de litchis, des grains secs que l’on pourrait transformer en farine, des fruits et légumes déclinés en plusieurs espèces et couleurs… Bref, il a de quoi développer son industrie agroalimentaire tout en boostant les activités agricoles en amont, en créant des emplois et de la valeur ajoutée en aval. Mais un tel scénario dépend de plusieurs facteurs dont des politiques sectorielles en synergie (agriculture, industrie, transports, etc.) Et on est encore loin de cette dynamique vertueuse.

Recueillis par Fanjanarivo

La Gazette

Publié dans Revue de presse, Economie

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