2014-01-13 Notes du Passé Une organisation de temps bien huilée

Publié le par Alain GYRE

Une organisation de temps bien huilée

13.01.2015

Notes du passé

2014-01-13 Notes du Passé Une organisation de temps bien huilée

Dès la première année de son existence, l’hôpital royal de Soavinandriana s’avère réellement indispensable. « Pour les malades, le bien-être était incontestable et pour le personnel, les moyens de travail et la tranquillité du lieu contrastaient fort heureusement avec les conditions anciennes d’Analakely » (Dr C. Chippaux, médecin-chef de l’hôpital Girard

& Robic, au début des années 1960).

L’emploi du temps est strictement réglé d’un bout de l’année à l’autre. La journée commence par les prières. Les pansements et la distribution des médicaments s’ensuivent. La matinée se poursuit par la visite des hospitalisés faite par la superintendante, Miss Byam, et les médecins. Ce n’est qu’après que parents et amis sont autorisés à voir les malades. Enfin, les étudiants sont admis à étudier les cas cliniques qui les intéressent dans une salle d’études mise à leur disposition. Les consultations externes se tiennent dans la matinée de mardi, jeudi et samedi. Chaque dimanche, l’office religieux est conduit par un missionnaire, tandis que chaque quinzaine, l’une ou l’autre des Missions chrétiennes effectuent une visite.

L’année suivante- 1893- un violent ouragan traverse la ville, occasionnant des dommages matériels conséquents sur l’habitation du médeicn-résident et surtout sur la maison de Miss Byam. De même, un pan de mur mitoyen avec le quartier des infirmiers s’écroule et pendant quelques mois, le personnel intéressé doit loger à l’hôpital.

L’année 1894 est plutôt tranquille. Cependant, un Kabary se tient à Antanimora durant lequel il est envisagé de se passer de l’aide financière étrangère pour faire fonctionner l’établissement. Pourtant, l’appui extérieur est encore nécessaire. Arrive 1895, année de la guerre franco-malgache dont la prise de la capitale marque la fin. Dès le début des hostilités, au fur et à mesure que les troupes françaises se rapprochent d’Antananarivo, Miss Byam et le Dr Wilson, alors superintendant, prennent leurs précautions et invitent les ressortissants des Missions installées en ville à bénéficier de l’abri de leurs maisons voire de l’hôpital même.

« On pensait, en effet, que les colonnes qui arriveraient soit de Tamatave, soit de Majunga, assiègeraient la ville et attaqueraient par l’ouest », estime Kingzett. Comme Soavinan­driana est construit sur la pente d’une colline qui fait elle-même partie d’une série orientée Nord-Sud, en parallèle à celle d’Antananarivo, il est normal d’admettre que l’hôpital se trouverait hors de la zone de combat.

Ainsi, le 29 septembre, la veille de l’arrivée des troupes françaises, 483 personnes trouvent asile dans la concession hospitalière. Il s’agit surtout de femmes, d’enfants et de vieillards.

Toutefois, la colonne du général Duchesne fait mouvement vers l’Est et attaque la capitale par la face Nord-Est. La concession de Soavinandriana se retrouve alors dans la zone des combats, menacée d’un côté, par le tir des Français qui cherchent à s’assurer la ligne de crête d’où ils pourraient facilement menacer Antananarivo ; de l’autre côté, par le feu des défenses de la ville qui canonnent à leur tour les positions françaises. D’ailleurs, « un ou deux (ou plus) obus tombèrent dans les jardins de la concession sans causer aucun mal ».

Quoi qu’il en soit, comme le précisent Miss Byam et le Dr Wilson dans leurs rapports, « ce qui leur fut le plus pénible, ce fut de vaincre le vent de panique et la peur affolait leurs protégés. Mais grâce à leur propre calme, en allant de l’un à l’autre apporter des paroles de réconfort, la journée du 30 septembre 1895 et les jours suivants se passèrent au mieux ».

Le personnel missionnaire suspend son action, tandis que la Mission médicale continue à œuvrer sans solution de continuité, malgré le climat peu réconfortant. Le Dr Wilson conclut : « Ainsi quand les Français entrèrent dans la capitale, ils nous trouvèrent non seulement à nos postes, mais en plein travail. »

Un détail mérite d’être mentionné : dès que l’arrivée des troupes françaises est connue et qu’il ne fait aucun doute que la bataille se déroulera autour de Soavinan­driana, les responsables décident de placer sur l’hôpital le signe de la Croix-Rouge. Ils demandent au Dr Ralarosy de hisser l’emblème de neutralité, car « il a paru opportun, en effet, que ce soit un Malgache, médecin, qui hisse le pavillon». Emblème qui trouve sa signification quand dans l’après-midi du 30 septembre 1895, 51 soldats français blessés ou malades y sont conduits. En fin de journée, 80 militaires français y sont hospitalisés, de même des Malgaches.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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