Cinéma malagasy - « Ady gasy » enfin à Tana

Publié le par Alain GYRE

Cinéma malagasy - « Ady gasy » enfin à Tana

Cinéma malagasy - « Ady gasy » enfin à Tana

Après trois prix et des sélections, aux festivals de Toronto, New York, Amsterdam, Carthage, Rio… « Ady gasy », le long métrage de Lova Nantenaina sera enfin diffusé au Dôme Rta Ankorondrano le 8 février prochain.

« A travers ce film, je tenais à dire que les choses sont plus compliquées au quotidien parce qu’on ne peut pas tout mesurer, et notamment la solidarité entre les gens », raconte Lova Nantenaina « Si je donne quelque chose à celui qui n’en a pas, ce n’est pas mesurable. Pourtant, ça explique, en partie,

comment on survit. Je me souviens qu’après le cyclone Géralda qui a ravagé les récoltes, j’ai entendu ma mère, prêtant un kilo de riz à sa voisine,

lui dire: « trano atsimo sy avaratra, izay tsy mahalen-kialofana », qu’on peut traduire par « deux maisons voisines, s’il pleut, on s’abrite dans celle où l’on n’est pas mouillé ». « A force de répéter aux Malgaches qu’ils sont pauvres, avec des chiffres à l’appui et des classements mondiaux, ils finissent par accepter cette idée de pauvreté et d’infériorité, et là ça me semble plus dangereux que la pauvreté matérielle… car ça attaque l’image qu’un peuple se fait de lui-même et sa capacité à trouver ses propres solutions face aux difficultés. Les gens ont tendance à penser que celui qui est pauvre n’a rien à dire d’intéressant, c’est pour ça, que la séquence qui se déroule dans un grand marché de récup’ de la Capitale commence par un blanc magnétique. Ce silence, c’est celui dans lequel on laisse les gens qui ont pourtant besoin de prendre la parole et qui ne sont pas dupes du système corrompu et inégalitaire qui les oppresse ».

Le réalisateur avoue ne pas avoir eu de grande difficulté à rencontrer et filmer des débrouillards car selon ses dires, 90 % de la population exercent dans le secteur informel. « Comme le veut la tradition, j’ai demandé à des artistes d’être mes porte-paroles. Je tenais à laisser le « kabary », discours traditionnel par excellence, à une femme. C’est un symbole fort qui a surpris et plu aux spectateurs malgaches tout comme le fait de marier la musique du Sud et la danse du Centre, une preuve que notre société est capable d’évoluer sans pour autant renier certaines de ses traditions ».

Recueillis par Zo Toniaina

Écrit par Zo Toniaina Vendredi, 23 Janvier 2015

La Vérité

Publié dans Culture, Cinéma

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