2015-02-19 Notes du passé Des mots à diverses variantes dialectales

Publié le par Alain GYRE

Des mots à diverses variantes dialectales

19.02.2015

Notes du passé

2015-02-19 Notes du passé Des mots à diverses variantes dialectales

La langue malgache est constituée de nombreux dialectes à fond commun qui, au fil des ans, se sont enrichis de vocabulaires spéciaux et d’emprunts.

J. Dez, membre correspondant de l’Académie malgache dans ses « Aperçus pour la dialectologie de la langue malgache » (1963) parle de ces emprunts citant de nombreux exemples (lire précédente Note).

Le langage antanosy tel qu’il est rapporté par Flacourt, « se caractérisait au XVIIe siècle par l’emploi d’un certain nombre de mots d’origine arabe qui sont tous tombés en désuétude depuis ». C’est le cas du « moza », « maoûd » en arabe qui désigne la vague ; du mot « farasa » (faras en arabe) pour le cheval. Le papier se dit « karatasy » par une exacte reproduction du mot arabe correspondant. Mais depuis, la forme

« taratasy » qui en est dérivée, s’est substituée au terme original.

Par ailleurs, certains mots d’origine européenne qui n’ont jamais acquis « qu’une extension limitée », peuvent caractériser certains groupes. Ainsi, le mot « ampingaratra » (et ses diverses variantes dialectales) est usité dans les dialectes de la côte Ouest et du Sud. L’origine du mot doit être trouvée dans le mot espagnol « espingarda » (espingole). « C’en est une malgachisation qui s’est opérée consécutivement aux premières livraisons de fusils par les Portugais aux Malgaches. »

Le nom accompagne ensuite cette arme dans sa diffusion progressive dans la Grande île : de la côte Ouest, il gagne les Hautes-terres et les migrations sakalava au XVIIe et XVIIIe siècles sont, sans doute, pour beaucoup dans cette diffusion.

Par contre, dans la région nord-occidentale, on rencontre le mot « basy » ou plutôt « bosy», mot rattaché au hollandais « buks». « Comme les Portugais, mais plus fréquemment dans la région de la baie d’Antongil, les Hollandais livrèrent des fusils aux Malgaches. » Mais l’extension du mot est beaucoup plus restreinte que celle d’ « ampigaratra » car les populations du Nord-Est ne connaissent pas une expansion comparable à celle des Sakalava.

« L’Imerina, si elle a reçu des fusils d’origine portugaise, a certainement reçu aussi des fusils d’origine hollandaise, car le mot bosy est attesté en vieux merina. »

Dempwoff explique le passage du mot « bosy » à « basy » en rattachant la racine du premier à fer.

D’après J. Dez, au XVIIe siècle, il devait exister en malgache un terme « basy » pour désigner des objets en fer ou le fer travaillé sous forme d’objet. Dans le Nord-Est de l’île apparaît alors le terme « bosy » qui désigne le fusil. Mais comme cette arme est essentiellement faite en fer et, donc, peut être considérée comme « l’objet en fer » par excellence en raison de son efficacité particulière, le mot « basy» sert à désigner l’arme par référence à la matière qui la constitue principalement.

J. Dez fait aussi remarquer qu’au début du XIXe siècle, en sakalava du Nord-Ouest, le mot « basy » est connu pour désigner la hache, autre objet en fer. Dalmond le connaît pour désigner la bêche, spécial au sakalava. Ainsi, le mot « basy » est, dans la première moitié du XIXe siècle, connu en sakalava et désigne le fer.

L’auteur rappelle que tous les exemples qu’il cite dans ses Aperçus n’ont d’autre objet que de montrer « ce que l’on peut espérer d’une étude élargie et approfondie des dialectes malgaches». Même si bien des mots poseront encore des énigmes à résoudre !

« Il y a dans chaque dialecte des mots qui semblent lui appartenir en propre et dont les origines ne sont pas apparentes. » J. Dez signale ainsi le mot « bolo » en vezo pour signifier le feu. De même, les Betsimisaraka du Sud appellent « tokay » le tas de paddy fait dans la rizière avant de le transporter dans la maison…

J. Dez précise enfin que dans l’étude qu’il a faite sur le dialecte betsimisaraka du Sud, il relève 2000 racines environ. Il les détaille comme suit : 1100 sont communes avec le merina ; 400 sont communes avec d’autres dialecte, et tout particulièrement, les dialectes du Sud-Est ; 500 apparaissent propres au betsimisaraka du Sud…

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Cassam Aly Ndandahizara

L’Express

Commenter cet article