2015-02-23 Notes du passé Les débuts de l’aménagement du Bas-Mangoky

Publié le par Alain GYRE

23.02.2015

Notes du passé

Situé sur la côte Sud-ouest, le delta du Mangoky (environ 200 000ha) est le plus étendu de Madagascar. Il est inclus dans la zone climatique semi-aride qui prend en écharpe l’Extrême-sud et le Sud-ouest. « À Tanandava, la moyenne pluviométrique annuelle est de 648mm avec quarante-et-un jours de pluie en moyenne par an (cas de 1954-1963) et la presque totalité des précipitations tombe en quatre mois, de décembre à mars, les quatre mois les plus secs allant de juin à septembre. »

Le régime du Mangoky reflète ce climat. Drainant le bassin versant le plus vaste de Madagascar (56 000 km² soit près du 10e de la superficie de la Grande île), il présente une succession de crues en saison humide, de novembre à avril. « Les débits moyens mensuels les plus faibles sont ceux de juillet à novembre, mais sans que l’écoulement ne devienne jamais nul, permettant la prise d’eau au fil du courant pour l’irrigation. »

D’après une présentation de la végétation climatique de René Battistini et François Doumenge (1967), la végétation climatique est composée d’une forêt tropophise sèche dominée par de nombreux baobabs, d’un bush localisé sur la branche externe du delta faite d’une frange mangrovienne et de sols salés portant une végétation rase ou buissonnante. « Les Masikoro constituent le fond Sakalava de la population ; ce sont des pasteurs-agriculteurs. Ils font traditionnellement pâturer leurs troupeaux de bovins dans la forêt claire couvrant les éléments de terrasses non inondables que justement la Samangoky entreprend actuellement (1967) d’irriguer… et pratiquent dans la forêt, la culture itinérante sur brûlis de maïs de saison des pluies et celle du pois du Cap sur les baiboho inondables du Mangoky. »

À ce fond Sakalava, se superposent des noyaux d’immigrés Antesaka et Betsileo surtout. Ils s’installent sur les bas-fonds alluviaux, là où le captage des eaux de petites rivières pérennes et de sources permanentes permet l’irrigation. Ils sont surtout riziculteurs, mais leurs troupeaux pâturent sur les friches autour des villages. Ils sont localisés autour de Mangolovolo près de Morombe sur la frange externe du delta, à Nosy Ambositra à l’enracinement du delta, enfin le groupe d’Ankiliabo et de Besaka sur la rive droite du Mangoky. À ces peuples s’ajoutent les pêcheurs cultivateurs Vezo, sur la frange littorale du delta, dans la zone des mangroves et des cordons sableux flandriens.

L’idée de mettre en valeur le delta du Mangoky est antérieure à la seconde guerre mondiale. Dès cette époque, Régnier signale dans un rapport les possibilités d’irrigation de la région et ses virtualités agricoles. L’idée est reprise juste après la guerre par un ingénieur des ponts et chaussées, Jammes. Ce rapport de mission est suivi par les travaux de planification de Rotival.

Le plan Rotival d’aménagement du Mangoky est « un plan général somptueux de mise en valeur de l’ensemble de Madagascar », dans lequel l’opération Mangoky est considérée comme prioritaire. « Ce plan, plus qu’une œuvre d’économiste, est une œuvre d’artiste, envisage une mise en valeur exhaustive du delta grâce à la construction des plus grands barrages de retenue. »

D’autres missions s’ensuivent, telles celles de Rossin, directeur de l’agriculture, élevage et forêt au ministère de la France d’Outre-mer, et de Decarbon-Ferrière, directeur de la Compagnie française pour le développement des fibres textiles ou CFDT. C’est cette dernière qui fait démarrer la mise en valeur du delta du Mangoky, se basant sur les bons réusltats obtenus par la concession Raccaud sur la rivière Manombo. Parallèlement à la mission Decarbon-Ferrière, le rapport de l’hydraulicien Trintignac montre la possibilité d’utiliser les eaux du Mangoky pour « l’agriculture par dérivation ».

Fin 1952, le haut-commissariat de France à Madagascar décide par arrêté, la création d’une station expérimentale sur le Mangoky et le site de Tanandava est retenu. « Le critère est de disposer d’une superficie concentrée de 1000 ha offrant une palette de sols bigarrée représentative- pour l’expérimentaiton agricole- des différents types susceptibles d’être rencontrés dans le delta. »

Le but de cette station expérimentale est de déterminer ce qui pourrait le mieux pousser par irrigation. Dès le début, l’expérience porte sur le riz, culture vivrière de base, et sur le coton. Des essais sont enfin faits sur d’autres végétaux tels le manioc, l’arachide, le ricin, le tabac, etc.

Pela Ravalitera

L’Express

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