" Faly et le monstre Angatra ".

Publié le par Alain GYRE

" Faly et le monstre Angatra ".

" Faly et le monstre Angatra ".

Pour les sakalavas, Dieu a créé la femme pour aider l’homme à résoudre les problèmes. Il faut toujours consulter son épouse car ses conseils sont réfléchis et avisés. La femme est maline de nature et est souvent à la tête de nombreuses actions des hommes.

Ainsi, cette légende racontée par Richard (marin au Lodge des Terres Blanches) est une belle image de cette affirmation.

Dans des temps reculés alors que la jungle recouvrait encore la Boeny, un homme et sa famille vivaient de la chasse et la pêche.

A Antanimalandy, à l’endroit même où il y a le Lodge des Terres Blanches actuellement, chaque jour, le père de famille appelé Faly (le courageux) pénétrait dans la jungle dense et sombre pour ramener de la viande à sa famille. Les enfants s’occupaient de la cueillette autour de la case et la mère pêchait les petits Tseraka au filet au bord de la plage.

" Faly et le monstre Angatra ".

La chasse était bonne mais la forêt était hostile. Un monstre horrible y vivait, il s’appelait Angatra. Il était capable, lorsqu’il vous avait repéré, disait-on, de retrouver votre trace où que vous alliez même de l’autre côté de l’océan. Il était rapide et avait un odorat qui portait à des dizaines de kilomètres. Il avait fait mourir de peur de nombreux chasseurs pourtant courageux.

On dit que s’il ne mourrait pas de peur, il les dévorait vivants.

Un jour, après une demi-journée de chasse. Faly avait tout ce qu’fallait pour nourrir sa famille pendant plusieurs jour. Un hérisson, trois cailles sauvages, deux couas huppés, une pintade et un petit potamochère.

Sur le chemin du retour dans la pénombre de la jungle, il repère des abeilles en hauteur dans un trou de tsingy (roche). Il laisse son butin et entame l’escalade vers la ruche afin d’y récolter le miel.

Arrivé sur place, pour ne pas se faire piquer, il utilise une technique très employée par les sakalavas, le kapeky, pour faire du feu et enfumer les abeilles afin de les faire fuir et récolter le miel en toute quiétude.

" Faly et le monstre Angatra ".

Le procédé est très ancien mais encore très utilisé. Je l’ai vu, et croyez-moi, il est plus efficace que tous les procédés naturels qui ont pu exister… Chaque malgache connaît le Kapeky. Il s’agit de 4 éléments qui permettent de faire rapidement du feu même lors de grand varatraz (vent des terres). Une extrémité de corne de zébu ou de chèvre, un morceau de quartz, un morceau d’acier et l’intérieur cotonneux de la graine d’une liane appelée Bokaka-

" Faly et le monstre Angatra ".

Faly bourre l’intérieur de sa corne de zébu de la douce mousse de Bokaka, il dispose son morceau de quartz en le faisant dépasser un peu de l’extrémité de la corne et le maintien avec le pouce. Avec l’autre main, il frotte vigoureusement son morceau d’acier contre le quartz vers la corne afin que les étincelles tombent dans la corne. Trois mouvements suffisent aidé du souffle léger de Faly pour que la mousse incandescente allume quelques branches sèches qui jonchent le sol.

" Faly et le monstre Angatra ".
" Faly et le monstre Angatra ".

Au moment où il lève la branche en flamme au-dessus de sa tête en direction de la ruche, un visage noir et moqueur le regarde.

Il sait ! Le moment qu’il redoutait le plus au monde était arrivé. Son sang se glaça par la surprise mais il se tint droit et se fit intérieurement la promesse de se battre courageusement et dignement. Mais il n’avait pas d’armes. Il regarda en bas mais sa sarbacane et son angady, ses seules armes, n’étaient pas à portée. Il pensait à ses ancêtres, ceux qui n’étaient jamais revenus de la forêt dont son propre père qu’il a perdu prématurément. Les témoignages disent qu’ils étaient tous dans un état de stress important avant leur disparition. Ce n’est son cas pourtant. Il n’avait rien senti venir…

Il eut la surprise de constater que Angatra parlait le sakalava et il lui tint le discours que je vous rapporte mot pour mot :

« Toi le courageux Faly, j’ai tué tous tes ancêtres et de nombreux autres chasseurs, mais sache qu’ils avaient une chance de s’en sortir… je te pose la même question que je leur avais posée alors et avec le même délai pour me répondre : Dis-mois depuis combien de années je vis dans cette jungle ? Si tu as la bonne réponse, tu auras la vie sauve et une tranquillité éternelle pour toi et ta famille. Tu as une semaine et pas un jour de plus…

Mais, si tu échoues, tu seras dévoré vivant, comme tes ancêtres, et ta femme également. Orphelins, tes enfants auront une vie tragique, dure et je poserai la même question l’un de tes enfants et l’un de tes petits enfants. Sache également que si tu fuis, je te retrouverais et ta souffrance avant la mort sera à la mesure de la distance que j’aurais parcourue pour te retrouver ».

Faly respirait difficilement, il éteignit la branche qui lui brûlait la main et recula prudemment sans rien dire… Ses muscles étaient tétanisés tant il avait peur.

" Faly et le monstre Angatra ".

Il rentra vers son village la tête baissée, traversant la jungle en tapant de son angady les arbres pourtant innocents…

Arrivé chez lui, il lui semblait que tout son corps le faisait souffrir. Il ne prit pas dans ses bras la petite dernière qui titubait vers lui les bras ouverts, il ne salua pas son troisième pendu à l’arbre devant la case et jeta brutalement le fruit de sa chasse sur le sol de la maison. Son épouse le salua et lui propose un petit verre de toka gasy (alcool local très fort) ainsi qu’un repas composé d’un bouillon de tseraka pêchés le matin et de papangay (sorte de courgettes sauvages au goût de céleri qui poussent sur une liane) avec une belle assiette de riz blanc.

D’habitude, il se jette sur les plats de son épouse qui est une très bonne cuisinière. Ce jour-là, il s’allonge simplement sur la natte sans manger.

Son épouse s’approche doucement de lui et après lui avoir donné un baisé sur le front, prend de l’huile de katrafay dans les mains et entame un long et doux massage.

Elle reste un moment silencieuse et lorsqu’elle sent que son mari se relâche un peu, elle lui demande de lui dire ce qui le tracasse autant. Faly raconte à sa femme sa mésaventure dans les moindres détails, les mains de son épouse ont le pouvoir de le détendre en toute situation et il peut raconter presque sans paniquer les menaces proférées par l’horrible Angatra.

Elle ne semble pas effrayée et cela étonne Faly.

Enfin, après toute cette émotion, Faly s’endort mais son sommeil est agité. Il a de la fièvre et ses cauchemars se lisent sur son visage effrayé.

Pour que le calme puisse favoriser le sommeil de son mari, elle confie les plus grands enfants à sa belle-sœur qui a une case près du grand tamarinier.

" Faly et le monstre Angatra ".

Elle s’occupe alors de la viande. Elle plume les volailles, arrache les piques du hérisson et les poils du potamochère. Elle met le tout sans une sobika (panier en feuilles de satrana tressées). Ensuite, elle vide les bêtes et met le tout dans la bassine.

Elle cuit la viande dans un bouillon avec des brèdes de patate douce et des brèdes mafana (herbes et feuilles très appréciées qui sont la base des bouillons dont le Romazava). Elle cuit des mality (tubercules de lianes sauvages) déterrés par ses enfants le matin.

A son réveil, Faly revient à la dure réalité. Lui qui avait une vie si sereine. Lui qui était un honnête homme…

La peur l’empêche de réfléchir.

Son épouse lui apporte un bon repas, un repas de fête.

Elle lui demande de ne pas s’inquiéter et de prendre des forces. Elle a une solution.

Non qu’elle connaisse la réponse à la question posée par le monstre mais elle a une solution.

Elle apporte alors la bassine remplie de sang et de viscères à son mari, et lui demande de se mettre complètement nu et de se rouler dedans. Il est étonné mais s’exécute car il a une confiance aveugle en sa femme.

Elle lui met alors les viscères des animaux autour de lui partout sur le corps. Elle va chercher le sobika et colle les plumes, les piques de hérisson et les poils sur le corps. Elle lui dit : « mon époux adoré, fais-moi confiance, retourne là-bas, au lieu où tu as rencontré Angatra et montre-toi vêtu de la sorte. »

Il commence à comprendre et répond à sa femme : « Il est vrai que j’effrayerais sans doute le plus courageux des hommes ainsi vêtu. Tu es prévenante et ton idée n’est pas mauvaise mais il faut que tu comprennes que je ne vais pas effrayer ce montre horrible même comme ça. Il n’a rien d’humain… » Elle coupe son mari : « fais-moi confiance, pars dès maintenant et nous nous retrouverons à ton retour ».

" Faly et le monstre Angatra ".

Peu confiant, il se rend au pied de la falaise et marque une pause pour se calmer. Intérieurement, il demande le soutien spirituel de ses ancêtres. Son cœur bat à tout rompre. Il a du mal à garder une respiration régulière, il manque d’air.

Il se mit à escalader la falaise en faisant des bruits d’animaux et des sons horribles comme sa femme le lui avait expliqué. Arrivé au-dessus, il chercha le monstre dans les branches.

Dans un grand fracas de branches et de feuilles mortes, Angatra apparut et observa attentivement Faly qui essayait de cacher sa peur en continuant les bruits d’animaux. Le monstre se mit à rire très fort à bouche déployée.

Faly savait que son déguisement ne l’effrayerait pas mais il continuait les bruits en fermant les yeux pour ne pas voir sa propre mort arriver. Les rires ne cessaient pas et tout en riant, Angatra s’éloigna en disant : « He bien, depuis 180 ans que je vis dans cette forêt, je n’ai jamais vis un être aussi laid. »

Faly s’éloigna à son tour en riant et en courant de toutes ses forces en hurlant à la forêt en espérant que sa femme l’entende : « Merci ma femme, je t’aime… »

" Faly et le monstre Angatra ".

Une semaine plus tard, il retourna dans la forêt pour répondre avec confiance à la question du monstre : « Tu vis dans cette jungle depuis 180 ans… Tu m’as donné ta parole de ne plus jamais nous faire du mal à moi et ma famille alors disparaît ! ».

Etonné, stupéfait même, le monstre se retira pour ne plus jamais faire d’apparition dans la jungle.

Derrière chaque action réussie de l’homme il y a une femme qui, avec toute sa douceur et son amour, a guidé les pas de son époux.

Racontée par Richard écrite par Jessica (Lodge des Terres Blanches)

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