Ingahy Zà : La charrette avant les bœufs

Publié le par Alain GYRE

Ingahy Zà : La charrette avant les bœufs

Cultivateur de légumes, il est devenu charretier pour vendre ses produits au marché d’Antsirabe. Puis les clients se sont multipliés et il en fait sa principale source de revenus. Un métier où l’on est bien souvent charrette, concède-t-il.

Qu’il pleuve ou qu’il vente, il est toujours là, pieds nus, au stationnement des charrettes à boeufs d’Andranomandevy. Pourtant ça lui fait une trotte pour venir tous les jours dans ce quartier d’Antsirabe : il habite à Andrangy, à 15 km de là. Avec sa chemise paysanne noircie par les poussières et son chapeau de paille troué, c’est surtout à sa cravache qu’on devine qu’Ingahy Zà (M. Jean), de son vrai nom Jean Joseph Ralaivelo, est charretier. Son métier consiste à conduire des chargements de légumes (carottes, pommes de terre, choux) au marché d’Asabotsy, un peu plus loin en ville. Il en profite, au retour, pour charger des matériaux de constructions (briques ou gravillons) quand l’occasion se présente.

Ingahy Zà : La charrette avant les bœufs

À 49 ans, Ingahy Zà se lève tous les jours à 2 heures du matin. « Le temps de charger les marchandises dans la charrette, on part au plus tard à 3 h 15 pour arriver à 5 heures à Antsirabe. » Le temps de livrer son client, il est généralement libre dès 6 heures, mais toujours à l’affût d’un nouveau chargement. Quand il n’a rien à faire, il bichonne et nourrit ses deux zébus castrés, ses deux « compagnons de travail » comme il dit. « Ils sont ce que j’ai de plus précieux au monde, à part les miens, bien sûr. Ce sont eux qui se chargent du sale boulot et qui font que j’ai de quoi remplir la marmite le soir… »

Contrairement à l’idée reçue qu’un charretier jure constamment, Ingahy Zà use d’un parler plutôt châtié, voire précieux car il aime apprendre dans les livres et les magazines. « Je n’ai jamais envisagé de faire ce métier qui était déjà celui de mon père, mais pour aller vendre ses seules récoltes. À sa mort, il y a 20 ans, j’ai hérité de sa vielle charrette, et voilà… » Au début, c’étaient surtout les paysans de son village qui lui demandaient de transporter leurs marchandises jusqu’à Antsirabe. « Je l’ai d’abord fait pour rendre service, puis je me suis rendu compte que cela pouvait constituer une assez bonne source de revenu. Aux yeux des paysans, posséder une charrette est un signe de richesse, mais pour moi, c’est un outil de travail. »

S’il monte en ville tous les jours, sa famille continue à travailler la terre, cultive les légumes et s’occupe des animaux de la bassecour. « Il faut multiplier les sources de revenu, sinon on serait déjà morts en attendant la prochaine récolte », estime-t-il. Une activité qui lui permet quand même d’encaisser chaque semaine aux alentours de 50 000 à 80 000 ariary. Bref, ce n’est pas lui qu’on entendra dire : arrête ton char…

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