Saphir d’Ilakaka: Le plus gros gisement mondial, sans bénéfices pour le pays

Publié le par Alain GYRE

Saphir d’Ilakaka: Le plus gros gisement mondial, sans bénéfices pour le pays

Publié le jeudi 7 mai 2015

« La vallée maudite du saphir ». C’est l’intitulé de l’émission de 28 minutes diffusée sur la chaîne européenne ARTE le 28 mars dernier.

Cette émission a permis de savoir qu’à l’époque des grandes découvertes de saphir dans la vallée d’Ilakaka, celle-ci était considéré comme le plus gros gisement de saphir de la planète. Et il faut rappeler que 1 saphir sur 7 dans le monde vient de Madagascar. Qu’est-ce que le pays a récolté de cette immense richesse minérale? Rien. Ou plutôt les ruées de miséreux sur Ilakaka. Le salaire journalier dans les mines d’Ilakaka est de 5 000 Ar ou 1,70 euros, alors que le prix d’un plat de riz approche ce montant. Les miniers affirment pourtant que gagner 5 000 Ar est mieux que rien. Il faut aussi souligner que les mines emploient des enfants : l’âge de la population active dans la vallée minière commence à 16 ans. Mais il arrive que les hommes creusent jusqu’à 45 m de profondeur et c’est à leurs risques et périls. Il faut y ajouter le grand labeur exigé par le creusement des trous et galeries car tout se fait à force des bras. Les seuls matériels modernes utilisés sont des pompes à eau.

Saphir d’Ilakaka: Le plus gros gisement mondial, sans bénéfices pour le pays

Les conditions de travail sont donc très dures, d’autant plus que les hommes commencent leur journée à 4h du matin pour terminer à 16 h (soit 12 h de labeur par jour) et ce, sous une température très élevée de 38% à l’ombre. Mais rares sont les mineurs malagasy devenus riches grâce au saphir d’Ilakaka. L’Etat non plus n’y gagne rien. Le gisement a été pourtant découvert en 1998. Mais les régimes successifs sur ces 17 années n’ont réussi à maîtriser les exploitations et encore moins les exportations illicites de saphir. Or, seule une poignée d’entreprises formelles travaillent dans le secteur comme collecteurs et exportateurs. Quelques unes travaillent le saphir afin de ne pas l’exporter brut et en tirer de la valeur ajoutée. Malgré tout, des milliers d’hommes continuent de creuser dans la vallée d’Ilakaka. Ils veulent poursuivre un rêve vieux comme le monde, du moins pour les aventuriers à la recherche d’un trésor : ils veulent aller à la découverte de pierres précieuses et devenir riches. Un tel rêve ne peut qu’être attirant dans l’un des pays les plus pauvres du monde mais qui s’assoit sur d’immenses richesses minérales (or, pierres précieuses, pétrole, etc.)

Si ces richesses sont exploitées suivant le mode de bonne gouvernance, Madagascar n’aurait même pas à quémander des aides auprès des bailleurs de fonds. Jusqu’ici pourtant, ces aides constituent encore dans les 40% du budget public. Il y a quelques mois, le président de la république a évoqué la honte du pays de trop dépendre des financements extérieurs. Mais depuis, cette déclaration n’a pas été suivie d’effet. Rien n’a été mis en place pour corriger, par exemple, les dépenses publiques, pour dépenser d’une manière efficace et efficiente. En réalité, la volonté politique des régimes successifs fait défaut pour réduire la dépendance aux aides extérieures. Et si le pouvoir actuel reconnaît ce problème, il n’avance pas pour autant des solutions pour y remédier.

Fanjanarivo

La Gazette

Publié dans Economie

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