Conte: Imaintsoanala

Publié le par Alain GYRE

Imaintsoanala

Conte: Imaintsoanala

Imaintsoanala ou «La-verte-en-forêt», femme-enfant née de l’œuf d’une créature mi-femme, mi-oiseau, est une figure majeure parmi les personnages de contes malgaches, mais laissez- moi vous le conter !

Il y a de cela très très longtemps, une grande oie sauvage appelée Ivorombe, partit se construire un nid dans une île. Puis elle acheta une petite esclave (en ces temps-là, il n’était pas interdit d’avoir des esclaves). La petite esclave gardait la demeure de l’oie sauvage pendant que cette dernière allait partout et raflait des objets de valeur qu’elle rapportait chez elle.

Un jour, elle se mit à pondre puis couva. Au bout d’un certain temps, les poussins sortirent des œufs et s’envolèrent sauf un, qui resta sans éclore. Ivorombe, l’oie sauvage, l’enleva et le déposa dans une corbeille à couvercle avec l’intention de le manger. Mais elle l’y oublia. Iangoria, la petite esclave lui dit alors : « L’œuf non éclos est resté oublié dans la corbeille, maîtresse, il n’est pas cuit et pas prêt pour être servi avec le riz. »

Laissons-le pour demain dit l’oie sauvage.

Ce qui arriva encore le lendemain, le surlendemain encore et encore.

Quelques jours plus tard, la petite esclave examina l’œuf. Voici qu’il était éclos et devenu un bébé. Surprise, elle s’écria :

« – Maîtresse, vite venez voir. Votre œuf est éclos et il est devenu un bébé.

– Un bébé ? Oui, un bébé ! C’est mon bébé, c’est mon enfant. Oh le beau bébé ! Je vais l’appeler ‘Imaintsoanala’. Mais comment donc vais-je le nourrir. Je suis un oiseau ! Je ne peux pas l’allaiter ! J’ai une idée ! Je vais voler une vache pour que l’enfant ait du lait. »

Ce qui fut fait. La maman oiseau fabriqua un berceau avec un couvercle et y coucha l’enfant. Elle appela Iangoria.

« – Iangoria, viens. Je vais m’absenter. Surveille bien mon bébé. Ne t’éloigne pas du berceau. Tu entends ?

– Oui maîtresse. »

Ivorombe partit en maraude. Quand elle trouvait de belles choses, elle les raflait et les rapportait au bébé. Au retour, avant de les lui offrir, elle restait d’abord au dehors et appelait en chantant :

« – Imaintsoanala ô ô, Imaintsoanala.

Pourquoi ne te montres-tu pas ?

Pourquoi, ne viens-tu pas regarder ! »

Mais personne ne répondit. Imaintsoanala était encore bien trop petite.

Ivorombe, l’oie sauvage, entrait dans la maison :

« – oh oh oh, ça pue l’homme, oh oh oh ça pue l’homme !

– Maîtresse, qui donc serait entré ici sinon moi et la petite ?

– Ma petite Iangoria, j’avais peur que quelqu’un ne soit entré et n’ait volé mon enfant.

– Dis, as-tu fait boire du lait au bébé ?

– Oui, maîtresse, je l’ai fait boire et elle a bien bu « .

Le temps passa. Imaintsoanala sortit de son berceau et se mit à marcher seule et à trotter par ci par là dans l’île.

En ce temps-là, le roi Andriambahoaka-du-Nord accompagné de ses serviteurs passa dans la région.

De la rive, il regarda au loin l’autre côté de l’eau. Il s’exclame :

« Oh, mais quelle est cette merveille, là-bas, dans cette île ? Allez donc chercher une pirogue que nous examinions cela de plus près. Une fois qu’il eut traversé, il découvrit Imaintsoanala et interrogea la petite esclave : De qui est cette petite fille ravissante ? Je souhaiterais la prendre pour épouse quand elle sera grande. »

» C’est la fille d’une oie sauvage, appelée Ivorombe, mon seigneur. Sa mère est très méchante. Tenez, voici que souffle le vent, elle est sur le point d’arriver. Si jamais, elle vous rencontrait ici, elle vous ferait sûrement des scènes terribles. D’ailleurs, l’enfant est bien trop jeune pour se marier. »

Le roi Andriambahoaka rentra donc chez lui.

Peu après son départ, Ivorombe arriva et renifla partout :

« Ca pue l’homme, ça pue l’homme !

– Maîtresse, mais qui donc pourrait entrer ici pour qu’à chaque fois que vous posiez la même question ? »

Le temps passa. Imaintsoanala était devenue une fort jolie jeune fille, bien élancée, avec une chevelure abondante qui lui arrive jusqu’aux genoux. Sa mère, Ivorombe, l’oie sauvage, lui rapportait à chacune de ses sorties, de beaux bijoux, de belles parures, des robes magnifiques.

Le roi Andriambahoka du Nord, pensait toujours à la petite fille de l’île. Il se dit un jour :

» La petite Imaintsoanala est maintenant une jeune fille. Il faut que j’aille la chercher pour l’épouser. Il convoqua ses 2 femmes et leur dit :

« – Là-bas, dans une île, il y a une fille de toute beauté. Que diriez-vous si je la prenais pour épouse ?

– Comment ? Vous prendriez une 3ème épouse ?

– Oui, nous sommes bien malheureux sans enfant.

– Vous deux, vous êtes stériles, vous ne pouvez pas me donner d’enfant.

Mourir sans enfant est insupportable ! Je vais donc partir chercher cette jeune fille et dès mon retour, je célébrerai le mariage. »

Il se mit donc en route, et arrivé sur la rive, il fit chercher une pirogue afin de traverser l’eau. Arrivé dans l’île, Iangoria, la petite esclave, le fit entrer. Lorsqu’il fut en présence de Imaintsoanala, il lui dit aimablement :

« Jeune fille, mon amour pour vous est très grand. Je désire vous prendre pour épouse. Accepteriez-vous ? »

Elle répondit : « Je vous remercie mon seigneur pour ces paroles, mais vous ne pourriez me supporter. Restons-en donc là. »

Le roitout étonné lui demanda, « quelles sont les raisons pour lesquelles il me serait impossible de vous supporter ? »

C’est que la mère qui m’a donné le jour est un oiseau très méchant.

Andriambahoaka répondit : « Je saurai la supporter par amour pour vous, ô ma bien aimée. Venez donc avec moi. »

Iangoria, la petite esclave lui coupa alors la parole : »Je me permets de vous interrompre mon seigneur, ne serait-il pas préférable d’attendre un peu sa mère ? Et de lui adresser une demande en bonne forme ? »

Le Roi répondit d’un ton très ferme que quand sa mère arrivera, elle sera fort heureuse d’apprendre qu’un roi a emmené sa fille pour en faire une de ses épouses.

Imaintsoanala et Iangoria, tout intimidées se laissèrent convaincre par ces paroles. Imaintsoanala partit donc avec Andriambahoaka et ils laissèrent Iangoria à la garde de la maison.

Peu après le départ du roi Andriambahoaka et Imaintsoanala, Ivorombe fut de retour. Elle appela selon son habitude :

« Imaintsoanala, ô ô Imaintsoanala

Pourquoi ne te montres-tu pas ?

Pourquoi ne viens tu pas regarder ? »

Iangoria répondit, toute tremblante, qu’elle n’était pas ici et que quelqu’un l’avait emmenée pour l’épouser.

Ivorombe : Comment cela ? Emmenée par quelqu’un pour l’épouser ? Voilà justement ce que je redoutais depuis longtemps. Qui donc l’a prise ? Et où sont-ils allés ?

Iangoria : C’est Andriambahoaka qui l’a emmenée et ils sont partis vers le nord.

Furieuse, Ivorombe partit à leur poursuite.

Elle arriva chez Andriambahoaka et demanda à voir sa fille Imaintsoanala. Celle-ci vint toute penaude. Ivorombe entra dans une colère noire :

Ivorombe : » Tu pars comme ça sans m’attendre ? Suivre un inconnu comme une fille facile ? Tu as osé te marier sans mon consentement ? »

Imaintsoanala ne sut que répondre.

C’est alors que se manifesta la cruauté d’Ivorombe :

Crac ! Crac ! Elle enleva les yeux de sa fille. Crac ! Elle la dépouilla de sa peau, puis elle rentra chez elle.

Imaintsoanala n’eut plus que deux trous à la place des yeux. Elle souffrit beaucoup sans sa peau.

Ivorombe, la mère d’Imaintsoanala, arrivée chez elle, plaça les yeux de sa fille au-dessus du foyer, ainsi que sa peau.

A l’époque, on n’avait ni cuisinière à gaz, ni cuisinière électrique, ni four à micro-onde. On se servait de feu de bois et au-dessus du foyer on mettait une petite étagère pour mettre le sel au sec, pour sécher de la viande pour le kitoza.

Ivorombe, donc, accrocha les yeux d’Imaintsoanala au-dessus du foyer, ainsi que sa peau.

Malgré l’amour du roi Andriambahoaka pour elle, Imaintsoanala avait souffert physiquement et moralement.

Les deux épouses d’Andriambahoaka, voyant qu’Imaintsoanala n’avait plus que des trous à la place des yeux, l’obligèrent à participer aux travaux ménagers. Elles lui donnèrent des brins de roseaux pour tresser une natte. Imaintsoanala prit les roseaux et dès que les deux vielles tournèrent le dos, elle se mit à pleurer.

Pendant ce temps, sa mère Ivorombe, était en train d’allumer du feu pour cuire du riz. Les yeux d’Imaintsoanala, accrochés au-dessus du foyer, versèrent un torrent de larmes. Le feu d’Ivorombe s’éteignit. Elle s’inquiéta et se dit : « Ma fille est malheureuse. Ses larmes coulent abondamment. Mon feu est éteint. Il faut que j’aille la voir. »

Arrivée chez Imaintsoanala, elle demanda :

Ivorombe: » Qu’as-tu ma fille, tes larmes ont éteint mon feu ? »

Imaintsoanala : » Je suis malheureuse mère, les vielles épouses de mon mari sont très jalouses. Sachant que je n’ai que des trous à la place des yeux, elles m’ont donné du tressage à faire « .

Ivorombe : » Qu’à cela ne tienne, ma fille, donne-moi les brins de roseaux « .

En un rien de temps, Ivorombe a tressé une natte plus belle que tout ce que nous pouvons imaginer. Les épouses d’Andriambahoaka devinrent furieuses en voyant la natte magnifiquement belle. Elles se creusèrent la tête pour trouver des mesquineries pouvant accabler Imaintsoanala. Elles lui donnèrent de la soie à tisser, du tissu pour faire des robes.

A chaque fois, les yeux d’Imaintsoanala pleurèrent et inondèrent le feu de sa mère.

A chaque fois, Ivorombe vola au secours de sa fille.

Les deux épouses d’Andriambahoaka, très déçues, décidèrent de faire un concours de beauté, entre elles et Imaintsoanala. Désespérée Imaintsoanala pleura. Ses larmes éteignirent le feu où cuit le riz de sa mère. Celle-ci sut qu’un malheur était arrivé à sa fille. Elle se précipita vers celle-ci.

Imaintsoanala raconta l’histoire du concours de beauté.

Ivorombe : » Ne t’en fais pas ma fille, tu seras la plus belle ! Tu verras ! »

Ivorombe s’en retourna chez elle pour chercher les yeux d’Imaintsoanala et aussi sa peau. Elle rapporta à sa fille des bijoux en or, des perles, des étoffes précieuses. Elle lui rapporta aussi un trône en or pour qu’Imaintsoanala puisse s’y asseoir pendant le concours.

Le jour du concours, la population en fête fut réunie à la place du village. Les deux épouses, très sûres d’elles s’avancèrent la tête haute, et prirent place. Puis vint Imaintsoanala sur son trône en or, la tête recouverte d’un voile.

Arrivée au milieu de la place, elle enleva son voile. Son visage apparut, il était d’une extrême beauté.

La foule, alors hua les deux premières femmes d’Andriambahoaka qui s’enfuirent honteuses et déshonorées, elles se précipitèrent dans le fossé et moururent.

Imaintsoanala devint l’unique épouse chérie du roi Andriambahoaka-du–Nord.

Bientôt après, ils eurent un garçon qu’ils appelèrent Andriambahoaka, du nom de son père.

« Angano, angano, arira, arira, izaho mpamaky, ianareo mpitsentsitra »

Traduction libre : « Ce n’était qu’un conte, c’est moi qui ai cassé l’os et c’est vous qui sucez la moëlle… »

Ce conte est tiré des contes des aïeux malgaches (Anganon’ny Ntaolo) traduits en français par Denise Dorian et Louis Molet. Publications – Langues « O ».

https://elfisciency.wordpress.com/2013/02/13/un-conte-malgache-imaintsoanala/

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