L’arbre mangeur d'hommes de Madagascar

Publié le par Alain GYRE

L’arbre mangeur d'hommes de Madagascar

Arbre malgache supposé se nourrir de grands animaux, y compris d'êtres humains.

L’arbre mangeur d'hommes de Madagascar

Le récit

La légende de l'arbre mangeur d'hommes de Madagascar trouve son origine dans le récit que l'explorateur allemand Carl Liche fit dans le South Australian Register en 1881, décrivant un sacrifice humain auquel il aurait assisté en 1878 dans les profondeurs d'une jungle malgache.

En compagnie d'un certain Hendrick, il aurait été guidé par des membres de la tribu des troglodytes « Mkodo » jusqu'à un arbre bien précis, se présentant sous la forme d'une sorte d'ananas de deux mètres et demi.

À son sommet, huit feuilles ressemblant à celles d'agaves longues de trois mètres et demi chacune et hérissées d'épines crochetées entoureraient une cuvette remplie d'un liquide mielleux. Il serait également couronné de longues vrilles vertes et d'un ensemble de tentacules, "constamment et vigoureusement en mouvement, avec [...] des pulsations subtiles, sinueuses et silencieuses".

Les Mkodos auraient ensuite menacé l'une des leurs avec leurs lances pour la forcer à escalader le tronc de l'arbre et à boire avec réticence un peu du liquide contenu à son sommet. Selon Liche,

« L'horrible arbre cannibale, qui était jusque-là inerte et mort, revint soudain à la vie. Les vrilles minces et délicates, avec la fureur de serpents affamés, frémirent un instant au-dessus de sa tête puis, comme s'ils étaient animés par une intelligence démoniaque, s'attachèrent autour d'elle en s'embobinant autour de son cou et de ses bras ; puis, tandis que les cris affreux de la femme et son rire plus horrible encore retentissaient pour être immédiatement étranglés en gémissement gargouillant, les vrilles s'élevèrent les unes après les autres comme de grands serpents verts, avec une énergie brutale et une rapidité infernale, puis se rétractèrent, et s'enroulèrent autour d'elles, se resserrant toujours avec la célérité cruelle et la ténacité sauvage des anacondas s'accrochant à leur proie. »

Liche et Hendrick auraient assisté à la scène sans réagir tandis que la femme se faisait dévorer par l'arbre :

« [...] les grandes feuilles s'élevèrent lentement et avec raideur, comme les armatures d'un derrick, se dressèrent dans l'air, s'approchèrent l'une de l'autre et écrasèrent la victime morte et entravée avec la force silencieuse d'une presse hydraulique et l'absence de pitié d'un instrument de torture. »

Les Mkodos auraient ensuite fêté ce massacre.

Le récit de Carl Liche a également été présenté par un certain Benedict-Henry Revoil dans le livre « Souvenir de Madagascar, l’arbre anthropophage ». Dans cette version, il est de plus fait mention que les indigènes boivent la coulée liquide et visqueuse jaillissant de l'arbre après son repas.

Le récit de Carl Liche a également inspiré par la suite Chase Osborn, ancien gouverneur du Michigan, qui écrivit en 1924 un livre intitulé Madagascar, Land of the Man-eating Tree dans lequel il assura que des missionnaires avaient confirmé l'existence de l'arbre mangeur d'hommes.

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L'existence d'un arbre carnivore tel que l'arbre mangeur d'hommes de Madagascar est en outre très improbable d'un point de vue botanique.

Ainsi, seules quelques plantes carnivores de petite taille (dont la célèbre Dionaea muscipula, ou « attrape-mouche de Vénus ») ont adopté des pièges dotés de mouvements, permettant d'attraper leur proie de façon active.

Les plantes carnivores de grande taille sont immobiles et préfèrent attraper passivement leur proie ; en effet pour des raisons purement mécaniques (les mouvements sont provoqués par des variations de pression osmotique au sein des cellules, provoquant leur contraction/élongation), réaliser des mouvements aussi rapides et complexes que ceux attribués à l'arbre mangeur d'hommes est impossible à grande échelle – et cela nécessiterait de toute façon beaucoup trop d'énergie pour être réellement rentable pour la plante.

De plus, l'arbre mangeur d'hommes de Madagascar devrait sécréter une quantité énorme de sucs digestifs pour arriver à assimiler une proie aussi grosse qu'un être humain et la digestion prendrait vraisemblablement un temps conséquent.

Malgré cela, la légende de l'arbre mangeur d'hommes de Madagascar circule encore et est parfois présentée comme authentique, ce qui ferait de cette plante un sujet relevant de la cryptobotanique.

Alain Brecqueville

Publié dans Légendes

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