Conte: Comme chiens et chats

Publié le par Alain GYRE

Comme chiens et chats

Conte: Comme chiens et chats

Il y a bien longtemps, il y a de cela des millions d’années, quand l’homme ne s’était pas encore emparé de la terre tout entière, les Chiens et les Chats étaient amis. Ils chassaient ensemble, parlaient le même langage et se croyaient très proches parents.

Un jour, ils se fâchèrent à mort et voici comment ça se passa : c’était sans doute quelque part en Afrique de l’Est. En tout cas, celui qui m’a raconté cette histoire était de par là-bas : il la tenait lui-même de ses grands-parents esclaves provenant du Mozambique et qui l’avaient sans doute entendue de griots ou de colporteurs venus d’ailleurs.

En tout cas, depuis cette époque, les Chiens et les Chats ne font pas bon ménage, ne parlent plus la même langue et, s’ils vivent prisonniers dans la même maison, ils ne font que se tolérer, ne se supportant que parce que leur maître en a décidé ainsi. Un jour de cette époque lointaine, un Chat et un Chien qui étaient frères depuis leur enfance trouvèrent sur le rivage un énorme poisson échoué. Ils en mangèrent une petite partie et quand ils furent tous deux rassasiés, ils dépecèrent ce qui restait en petits morceaux qu’ils salèrent et séchèrent au soleil, puis ils les suspendirent à une haute branche de kapokier, loin des voleurs.

Ils repartirent chasser mais pendant de longs jours ils ne trouvèrent que des mulots et des criquets à se mettre sous la dent. Ils décidèrent de manger un peu du poisson qu’ils avaient conservé. Le Chat grimpa sur l’arbre et se régala. En bas, le Chien attendit quelques minutes puis, s’impatientant, il demanda au Chat de lui laisser tomber un morceau de poisson.

« Ah ! Regarde donc ces superbes filets bien secs, bien salés, la vue ne t’en plaît-elle pas ? » dit le Chat.

« Ah certes, j’en ai l’eau à la bouche. Donne m’en un morceau, je t’en prie. » dit le Chien.

« Et cette odeur... hum, n’est elle pas délectable ? »reprit le chat.

« Elle me rend fou, à l’idée que tu vas me laisser tomber un beau morceau. »

Mais le Chat repu monta dans l’arbre et fit la sieste à l’ombre en ronronnant de plaisir, parfaitement indifférent à la faim de son ami. Le Chien dut partir chasser et mangea ce jour-là deux criquets, cinq escargots et une musaraigne minuscule. Le lendemain, le Chien revint à l’arbre et subit les mêmes moqueries.

Et cela dura encore une bonne semaine, où le Chien dut se contenter de ses maigres chasses, tandis que le Chat finissait le poisson en se moquant de lui. Puis vinrent des temps plus cléments : c’était la fin de la sécheresse. La saison des pluies, où le gibier abonde, venait de commencer. Le Chien chassait seul maintenant et ne répondait plus aux avances du Chat qui, très indulgent avec lui-même, avait assez vite oublié le mal qu’il avait fait à son ami.

Puis vinrent des pluies continuelles et abondantes, et beaucoup de terres furent inondées ; les rivières grossirent au point de devenir des fleuves de boue où flottaient des arbres entiers. Un jour, le Chien aperçut au milieu du courant un arbre flottant sur lequel le Chat était prisonnier. On le sait, les chats sont de piètres nageurs. Il se mit à héler son ami sur la rive :

« Ami Chien ! Tu me vois coincé ici, sous la pluie nuit et jour. Toi qui nages si bien, veux-tu venir m’aider à traverser la rivière ? Le courant me fait peur et je suis prisonnier ici depuis plusieurs jours...»

« Que faire, mon ami ? Il y a beaucoup de courant et tu aurais du mal à traverser, c’est vrai. Mais regarde comme je suis libre de ce côté : la vue de ma liberté ne te plaît-elle pas ? »

« Ah certes, j’en ai l’eau à la bouche. Mais aide-moi, je t’en prie. Il n’y a pas meilleur nageur que toi.»

« Je suis pressé hélas et n’ai plus de temps à te consacrer. Au revoir, mon ami, et bonne nuit ! »

Et le Chien repartit sous la pluie. Le Chat dériva jusqu’à la mer et on n’entendit plus parler de lui. C’est depuis cette histoire que les chiens et les chats sont définitivement ennemis, que les chats poursuivis par des chiens se mettent à l’abri dans un arbre, et qu’ils regardent leurs poursuivants avec une indifférence encore plus glacée que du mépris quand ils sont hors de portée. Et cela depuis des millions d’années...

Graines de bitume, enfants de la rue, Tana

Mokana, orphelinat à Fianarantsoa

http://www.madalascar.net

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