Conte: La création du monde chez les Tanala.

Publié le par Alain GYRE

La création du monde chez les Tanala.

Conte: La création du monde chez les Tanala.

Par le Lieutenant Ardant du Picq en 1905.

La Terre, dit le conteur tanala, voulut une fois combattre le Ciel. Pour l’atteindre, elle se gonfla et donna ainsi naissance aux montagnes. Dieu intervint alors : « Je suis votre créateur, dit-il, ne vous battez pas. Si la Terre se plaint de ne pas avoir d’habitants, je vais la peupler. »

Il créa alors les races humaines : les Vazaha ou Européens, les Tanala, les Bara, les Antaimorona, les Betsileo, les Betsimisa-raka, les Hova. Les races noires, pressées de descendre sur terre, n’attendirent pas les instructions divines, et restèrent dans l’ignorance. Les Vazaha demeurèrent plus longtemps auprès de Dieu, écoutèrent ses conseils, apprirent ce qui leur était néces-saire dans la vie, et reçurent tous les dons, sauf celui de création. C’est pour cette raison qu’ils savent tout faire, sauf animer un être. Munis de tous ces présents, ils descendirent à leur tour sur terre, et Dieu créa la mer pour les séparer des races noires, afin qu’ils ne devinssent pas ignorants et barbares à leur contact.

Dieu dit alors à son Fils, Zanazanahary : « Réunissez les peuples de la terre, à l’exception des Vazaha, et demandez-leur ce qu’ils veulent. »

Le Fils descendit sur terre : « Mon Père, s’écria-t-il, a dit que les Vazaha, semblables aux bananiers, mourraient pour ne plus reparaître, et que leurs fils les remplaceraient. Et vous ? voulez-vous mourir comme les Vazaha, ou bien comme la Lune qui meurt pour renaître chaque soir ? » – « Nous voulons mourir comme les Vazaha, à la façon des bananiers », répondit le peuple. C’est pour cette raison que les vieillards trépassent pour laisser la place à leurs enfants.

Le Fils de Dieu ajouta :

« Je vous donne pour vêtements l’écorce des arbres et le jonc des marais, et je pourvoirai à votre nourriture. Je reste encore un jour sur terre. Allez et réfléchissez, car vous pourrez me deman-der ce que vous voulez. »

Un homme, profondément endormi, n’avait pas répondu à l’appel du Fils de Dieu ; apprenant par le peuple qu’il était encore sur terre, il alla le trouver : « Vous avez comblé les autres de bienfaits, lui dit-il ; mais à moi, qui étais absent, qu’allez-vous me donner ? » – « Je te fais maître de la terre, répondit le Fils de Dieu. Va-t’en et dis aux hommes que tu es leur roi ; tu empêche-ras ceux qui te désobéiront de cultiver la terre et de nourrir ainsi leur famille, et je les tuerai. »

Le Fils de Dieu regagna alors le ciel, et, en s’élevant dans les airs il eut l’idée de tuer un homme, pour voir ce que feraient les autres. Les autres se mirent à pleurer, et le Fils de Dieu, ému de cette douleur, alla demander à son Père des remèdes pour le res-susciter.

Après avoir reçu une poussière destinée à la résurrection des morts, il redescendit sur terre. Mais il se trouvait encore dans le firmament, qu’il vit chanter et danser les hommes qui pleuraient auparavant. « Puisqu’ils se consolent de la mort, s’écria-t-il, je ne leur donnerai pas la poussière de la résurrection », et il la jeta dans les eaux et dans l’air. Aussi, depuis ce temps-là, l’air guérit les hommes étouffés par la chaleur, et l’eau, projetée sur un ma-lade évanoui, le ramène à la vie. Parvenu dans le ciel, le Fils de Dieu rendit compte à son Père de sa mission : « Quand j’ai quitté la terre, les hommes pleuraient ; quand j’y suis revenu, ils dan-saient ! » – « Puisque la mort ne les attriste pas, répondit le Père, je les ferai mourir, eux et leurs enfants. La terre ne gardera que leurs os, et leurs âmes monteront au ciel. »

Dieu créa alors le Soleil, la Lune et les Étoiles pour éclairer le monde, puis il leur dit : « Mon Fils est malade ; le devin exige pour sa guérison la mort de l’un d’entre vous. » – « Non, répon-dirent les astres, nous ne pouvons pas donner notre vie pour la guérison de votre Fils. » Dieu s’adressa alors aux nuages : « Qui d’entre vous veut sacrifier sa vie pour le salut de mon Fils ? » – « Tuez celui que vous voudrez parmi nous, répondirent-ils, si cet holocauste peut sauver votre Fils. » – « Puisque vous êtes prêts à donner votre existence pour mon Fils, je vous considère comme mes enfants », s’écria Dieu, et pour les récompenser il leur donna le pouvoir d’obscurcir le Soleil, la Lune et les Étoiles.

Proposé par : Jao Malaza

Lemurie

Publié dans Contes, Contes sur la toile

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