La cacaoyère du Sambirano

Publié le par Alain GYRE

La cacaoyère du Sambirano

Publié le samedi 22 août 2015

La cacaoyère du Sambirano

A Madagascar, la faible production de la cacaoyère chez les petits producteurs de la région du Sambirano (Nord Ouest), en comparaison avec les entreprises industrielles,

serait due à plusieurs facteurs: notamment le vieillissement des arbres, la disparition des arbres d’ombrage, la pratique d'autres cultures dans la cacaoyère, le manque d’entretiens, l’indisponibilité des moyens financiers chez les paysans ou encore l'absence de procédés post-récolte adaptés.

C’est pour vérifier ces écrits que le réseau Qualireg du Cirad en collaboration avec le FOFIFA a réalisé cette étude pour avoir une situation de la réalité du terrain en 2013 et pour identifier les actions à entreprendre sur les dispositifs de plantations des producteurs afin de déterminer les éléments pour une relance de la production cacaoyère dans le Sambirano.

Les travaux conduits en 2013 sur la cacaoyère du Sambirano remettent en cause les affirmations que le verger cacaoyer est en déclin et se dégrade par manque d'encadrement. Ils montrent l'intérêt des familles rurales pour le produit cacao puisque ces dernières sans appui ni moyens rénovent à leur rythme les cacaoyères par la mise en œuvre de pratiques culturales copiées sur les entreprises industrielles. Les procédés de transformation du cacao par des procédés paysans, principalement en sacs permet d'obtenir lorsque la durée de fermentation est de 5 à 6 jours des produits de qualité équivalente à celle du procédé industriel en bac avec une fermentation de 6 jours.

L'augmentation des produits avec des amandes foncées découle des inter-fécondations avec du matériel de type forastero qu'il convient d'enrayer par la distribution d'un matériel végétal de type trinitario à amande claire. Ce constat milite pour une relance d'un programme de sélection par la recherche qui devra être suivi de la distribution de matériel végétal amélioré en milieu paysan.

Avec 20 000 hectares le verger cacaoyer malgache est l'un des plus petits des pays producteurs de cacao mais de par ses matériels végétaux plantés, l'un des rares qui disposent d'un très bon potentiel qualitatif. Potentiel qui est relativement bien exprimé par les plantations industrielles mais globalement plutôt déprécié par les paysannats.

La production de cacao standard au niveau des familles découlent principalement de trois causes : la forte demande des acheteurs en cacao standard ; la petitesse des surfaces par famille qui les amènent à récolter un nombre de cabosses insuffisant pour permettre une bonne fermentation ; et le non paiement du cacao à la qualité qui favorise la vente en cacao frais aux collecteurs ou aux groupes industriels.

Dans un marché mondial en pleine croissance, du fait de la faim de chocolat des pays émergents, "Brésil, Inde et Chine en tête", qui fait bondir la demande, les cacaos de qualité supérieure sont très recherchés par le négoce. Ces dernières années, la production de cacao a globalement été inférieure à la consommation sur les marchés traditionnels. Si les deux plus grands débouchés pour le cacao restent l'Europe et l'Amérique du nord, la faim de chocolat des pays émergents, "Brésil, Inde et Chine en tête", fait bondir la demande. Selon l’Organisation internationale du cacao (ICCO), la production mondiale du cacao au cours de la campagne 2012- 2013 a été de 3,931 millions de tonnes, pour une demande estimée à 4,091 millions de tonnes. Sur la dernière campagne agricole, l’offre mondiale a été déficitaire de 160 000 tonnes et la demande mondiale devrait atteindre 4,4 millions de tonnes en 2018, selon les estimations. Selon Barry Callebaut, leader mondial des fabricants de produits à base de cacao et de chocolat, ce déficit mondial devrait atteindra un million de tonnes en 2020.

Pour des raisons de paramètres climatiques favorables, il n'est pas envisageable d'étendre significativement la zone de production cacaoyère malgache tout en gardant le potentiel qualitatif. Cependant, sans augmentation de superficie on peut envisager un doublement de la production nationale malgache pour la mise en marché de 12 000 à 15 000 t de cacao marchand. Par des actions d'amélioration de la qualité on peut espérer obtenir 80 % de la production nationale en produits classés de qualité supérieure. L'importance des besoins du marché mondial en cacao de qualité supérieure est-elle que la qualité malgache bien exprimée et négociée bénéficiera d'une plus-value qualité bien supérieure à la prime octroyée par un label équitable.

Aussi, il serait socialement et économiquement profitable d'engager des programmes d'augmentation de la productivité des vergers et d'amélioration de la qualité du cacao dans les paysannats, ce qui ne pourra qu'accroître les revenus des familles rurales qui représentent plus de 80 % des 200 000 habitants du district.

Sur le plan écologique, cette filière d'exportation présente l'indéniable avantage d'une production agroalimentaire sous couvert forestier. Ce dispositif agro-forestier sera préservé de la pratique de l'agriculture sur brulis, écologiquement destructrice, mais communément pratiquée dans de nombreuses régions malgaches tant que cette production cacaoyère sera économiquement plus intéressante pour les familles rurales que les autres productions agro-alimentaires pratiquées dans la zone. Ainsi améliorer la production cacaoyère permettra de maintenir cet espace boisé dans cette zone habitée limitrophe de la Réserve Naturelle Intégrale de Tsaratanana. A contrario la disparition progressive de ce tampon agro-forestier ne pourra que favoriser la pénétration de la population dans la zone protégée qu'est cette réserve.

Mais de tels programmes d'appui technique pour une amélioration des productions cacaoyères ne peuvent s'envisager sans des actions d'organisation des producteurs pour la structuration du milieu paysan qui doit permettre : un renforcement des compétences et des capacités organisationnelles, institutionnelles et managériales en vue de la professionnalisation des Organisations Paysannes ; un renforcement des capacités techniques en vue de la productivité des agricultures familiales et l’accroissement des moyens d’existence des ruraux ; un renforcement des capacités d’information et de communication des Organisations Paysannes ; et la promotion et l'établissement de synergies et de partenariats avec les différents acteurs de développement agricole et rural aux niveaux régional et national dans le but de faciliter l’atteinte des objectifs visés.

Référence :

Frédéric DESCROIX, CIRAD-PERSYST, UMR Qualisud-Co-conception de systèmes agro-alimentaires de qualité, île de la Réunion

http://www.lagazette-dgi.com/

Publié dans Economie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article