Conte: Le crocodile et le sanglier

Publié le par Alain GYRE

Le crocodile et le sanglier

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Un jour, au bord d’une rivière, le plus gros des sangliers rencontra le plus grand des crocodiles.

« Salut, Sanglier. Ouille ! Que tu es gros ! »

« Salut, Crocodile. Aïe ! Que tu es long ! » Répondit l’autre.

Et ils devinrent amis, du moins pendant quelques temps. Les oiseaux les voyaient tous les jours échanger quelques phrases anodines. Certains se dirent qu’ils avaient fait la paix, et ils s’approchèrent. D’autres se dirent que cette paix n’était que provisoire et ils s’éloignèrent, en regardant les deux géants du coin de l’œil.

Les caméléons appelèrent cette période la Paix Chaude, et les oies la nommèrent la Guerre Froide. Un matin, le grand Sanglier vint à la rivière et salua le grand Crocodile comme à son habitude.

« Salut, Grand Crocodile, dit le Sanglier. Déjà levé ? »

« Comme tu le vois : j’étale mon énorme corps au soleil pour réchauffer mes énormes muscles. Mais toi aussi, dis-moi, tu es bien matinal ! »

« Je viens rincer mes énormes défenses dans l’eau fraîche, comme tu peux le voir. »

Et il fit briller ses défenses au soleil du matin. Le grand Crocodile ouvrit la bouche pour montrer ses dents pointues et puantes. Puis, il cligna de l’œil.

« Il paraît que vous autres sangliers vous ne pouvez lever la tête. Est-ce vrai ? Quelque chose vous gêne ?»

« -Allons donc ! ... Mon ami, ma race est une race de penseurs. C’est pour cela que nous gardons la tête basse. Nous avons toujours dans la tête des pensées profondes et c’est le poids de nos cerveaux et de tout ce qu’il contient de lourd et profond qui nous donne ce noble mais modeste maintien. Mais toi, ami Crocodile, poursuivit le Sanglier, n’es-tu pas fatigué de ramper, ramper toujours et encore et sans cesse te traîner dans la boue ? »

« Ah mon cher ! Tout le monde rampe, un jour ou l’autre : les rois, les amoureux, les vaincus, les malades, les mourants ... Qui n’a pas rampé ? Les plus grands guerriers ou les plus grands hommes politiques ne deviennent grands que s’ils savent ramper. Notre race semble dormir sur le sable ou dans les eaux basses. Mais qui dit que nous sommes un peuple faible ? »

Et il fit claquer ses mâchoires, ce qui résonna très loin et fit s’envoler des centaines d’oiseaux. Le silence se fit soudain… Et tandis que les oiseaux se cachaient au loin dans les branches, et que les caméléons immobiles attentifs et invisibles attendaient la suite, les deux géants se rapprochèrent pied à pied, tout en vantant leurs qualités et leurs mérites ...

Les deux énormes bêtes se touchaient presque ; l’un clignait de l’oeil, l’autre regardait le sol et semblait réfléchir. Et soudain le sanglier sauta sur le crocodile et lui ouvrit le ventre d’un coup de ses terribles défenses. Mais en même temps le crocodile le saisit par le cou et d’un coup de son énorme queue lui brisa les reins. Le crocodile mourut éventré, tandis que le sanglier agonisait au milieu des intestins de son ennemi. Ils moururent en même temps, en croyant avoir vaincu l’autre. Les oiseaux se remirent à chanter.

Les caméléons se remirent à gober des mouches. Les chèvres revinrent à la rivière. Les puissants de ce monde ne s’aiment pas : ils s’allient, fraternisent mais au fond ils se surveillent, essaient de s’impressionner et attendent la bonne occasion de se détruire. Mais il n’est pas rare que la mort de l’un entraîne la mort de l’autre, ce qui n’est pas un mal. Les caméléons disent que l’ambition stupide engendre la puissance (encore plus bête), qui à son tour engendre la crainte. Ils pensent aussi que la crainte engendre la haine, et qu’enfin, en montrant ses dents luisantes, la haine engendre la mort.

Les caméléons ont toujours raison…

Graines de bitume, enfants de la rue, Tana

Mokana, orphelinat à Fianarantsoa

http://www.madalascar.net/

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