Steeve Goodman ou la démocratisation des sciences naturelles

Publié le par Alain GYRE

Steeve Goodman ou la démocratisation des sciences naturelles

Publié par : APOI 29 septembre 2015

 Steeve Goodman ou la démocratisation des sciences naturelles

Steeve Goodman est une référence mondiale dans certains domaines des sciences naturelles comme l’étude des chauves souris. Ce titulaire d’une chaire permanente au Field Museum of Natural History Chicago a fait de Madagascar sa deuxième patrie en y fondant une famille et en s’impliquant dans des actions de sensibilisation sur le terrain et dans les universités.

Steeve Goodman porte bien son nom. Il fait partie de ces hommes bons qui s’impliquent dans la protection du pays et de ses habitants, pourtant loin des projecteurs.

Dans le pays depuis 1988, ce chercheur américain a commencé comme beaucoup d’autres par des missions pour le compte de grandes ONG de protection de la nature comme le WWF. Les études d’impacts du grand projet minier QMM (Qit Mineral Madagascar) au sud du pays, font aussi partie de ses travaux les plus notables. Chercheur pendant 16 ans pour le compte du programme ETP (Ecology Training Program) aux côtés d’Achille Raselimanana, alors étudiant en DEA, Steeve passe le relais à l’étudiant doctorant dès 1995 afin de s’impliquer davantage dans des actions plus concrètes sur le terrain : « le problème avec les grandes ONG mondiales, c’est souvent la gestion trop lourde des dossiers. Même si leurs actions sont souvent remarquables, j’ai préféré m’engager sur des actions plus concrètes à deux niveaux. D’abord travailler avec les étudiants, et parallèlement travailler sur le terrain pour sensibiliser les villageois à protéger leur milieu naturel ».

L’association Vahatra (littéralement « Raçines ») naît à ce moment-là avec pour objectif d’impliquer beaucoup plus les Malgaches dans les processus de recherche et de sensibilisation. Vingt ans plus tard le pari est en phase d’être gagné grâce à l’abnégation de l’équipe de neuf personnes de l’association (dont quatre sciebntifiques) mais aussi grâce aux levées de fonds que Steeve a pu réaliser : « il faut savoir qu’aux Etats unis, un système de prélèvement fiscal obligatoire pour la nature permet de lever des fonds chaque année. Ensuite, un travail de lobbying a permis de bénéficier d’environ 1,5 million US$ avec des bourses et des fonds privés. Des fonds qui nous ont permis d’acheter nos locaux à Ankatso, à deux pas de l’université, ainsi que nos véhicules et tout le matériel nécessaire à nos actions de recherche et de sensibilisation ».

En permanence, une quinzaine d’étudiants sont formés par Steeve via son association. Sur le terrain, c’est le nord du pays qui a été choisi pour sa biodiversité exceptionnelle mais aussi pour les grandes menaces qui pèsent sur elles. Déforestation et cultures sur brulis y font des ravages. Des drames écologiques qui sont enrayés autour des vingt villages où Vahatra intervient : « nous formons des guides scientifiques qui ont à la fois un rôle important auprès des touristes mais aussi des populations locales. Du côté d’Antsohy par exemple, nos soutiens techniques et matériels ont permis de booster la productivité à l’hectare et ainsi de limiter les déprédations habituellement constatées. Nous travaillons aussi beaucoup auprès des associations de femmes qui sont les meilleurs relais auprès des villages ».

Ce chercheur a vite constaté que la bibliographie disponible est certes abondantes pour les scientifiques comme lui, mais peu vulgarisée auprès du grand public et des scolaires. Il lance alors une série d’éditions spécialisées et bon marché afin de satisfaire une demande en connaissances des écosystèmes malgaches si riches et pourtant si méconnus par les Malgaches eux-mêmes. A ce jour Vahatra a édité six livres à 1500 exemplaires dont un étonnant ouvrage sur les espèces disparues. A la fois hommage à ces créatures merveilleuses, préhistoriques et pourtant éradiquées par l’homme récemment, et mise en garde pour nos espèces si mal protégées qui risquent de disparaitre à leur tour. Des éditons qui sont largement diffusées auprès des populations concernées (gratuitement auprès d’écoles, ONG…) et à tarif préférentiel auprès des étudiants. Toujours en édition, une revue annuelle « Malagasy Nature » en est à son neuvième numéro et peut être consultée en ligne.

La bibliothèque de Vahatra est la plus fournie du pays avec ses 350 ouvrages spécialisés qui sont en consultation libre pour les étudiants de Tana mais aussi de province quand ils sont de passage dans la capitale.

http://www.agencepresse-oi.com/

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