Bora : Du hanneton au menu

Publié le par Alain GYRE

Bora : Du hanneton au menu

Chaque peuple a ses bizarreries culinaires, un goût pour des aliments particuliers qu’il cultive discrètement mais avec passion. En pays betsileo on apprécie les bora, des larves de hannetons, une denrée rare et visiblement savoureuse.

Bora : Du hanneton au menu

Le lundi à Ivoamba circulent tous les produits qui vont alimenter Fianarantsoa. Ce vaste marché est le Rungis local où les paysans des environs apportent leurs productions, se retrouvent, discutent du temps (mauvais, forcément), des prix (trop bas) et de ce qu’ils vont vendre. On y trouve fruits et légumes, viandes et poissons, toutes sortes de fèves, pois, brèdes diverses, et parfois des bora, des larves de hannetons…

Bora : Du hanneton au menu

Ils arrivent par panier en septembre, se vendent au kapoaka en octobre et disparaissent ensuite des étals. « En novembre c’est presque trop tard. Après les premières pluies, ils se transforment en hannetons, les voangory, et c’est nettement moins bon », explique Joseph, l’air amusé. Il est arrivé ce matin, après plusieurs heures de marche, pour vendre ses légumes et quelques bora qu’il a trouvés en retournant la terre.

L’arrivage de ces grosses larves jaunes, dont certaines peuvent atteindre la longueur et l’épaisseur de l’index, entraîne des explosions de joie, particulièrement chez les enfants. « Ca croque comme du manioc frit », explique l’un d’eux. « Avec un petit arrière-goût de gibier », rajoute sa mère, les yeux brillants. « Mais il faut d’abord les faire tremper au moins deux heures pour enlever le goût de terre ». Puis on les fait frire dans l’huile avec un peu de sel. « C’est bon et ça se vend cher », résume sobrement Joseph.

Bora : Du hanneton au menu

Car la saison des bora est courte et correspond à la période de soudure. Ils se développent quand le riz, les fruits, les légumes et l’argent se font rares. On les trouve dans les terres humides au bord des rivières, quand on laboure les champs en prévision des semailles.

« C’est à chaque fois une bonne surprise : tu retournes la terre, tu travailles dur et parfois tu vois un bora qui t’attend. Une récompense. Un cadeau du ciel. »

Spécialité des campagnes, les bora sont moins appréciés en ville : « ça a un goût de terre et c’est vite spongieux », explique un vendeur au marché de Fianarantsoa. « C’est parce que ce n’est pas frais », rétorque Joseph, visiblement choqué. Et, sentencieux, il cite ce proverbe betsileo Koretaka tahaka ny bora potsika (plaintif comme un bora pourri). L’entomophagie (l’art de se nourrir d’insectes) existe depuis la nuit des temps et certains l’annoncent même comme un régime d’avenir. Mais la saison des bora est maintenant terminée, et pour goûter cette spécialité il faudra attendre l’année prochaine.

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Publié dans Revue de presse

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