Fisasana : La mort au sens propre

Publié le par Alain GYRE

Fisasana : La mort au sens propre

Après la mort d’un proche, les Malgaches ont l’habitude d’aller se laver et de faire la lessive dans une rivière, histoire de se purifier… et tourner la page. C’est ce qu’on appelle le « fisasana », la toilette des vivants en quelque sorte.

Fisasana : La mort au sens propre

Traduit par l’action de se laver, le fisasana est une tradition toujours vivante. En effet, nombreux sont les Malgaches qui ont encore l’habitude de se rendre sur les rivières bordant la RN 2, route qui va vers Toamasina, pour effectuer un rituel lourd de signification. « Dans toutes les civilisations, la mort est une chose horrible, même si elle est inhérente à la vie. On cherche à l’exorciser par tous les moyens », explique Benoit Andrianasolo, anthropologue et enseignant-chercheur. L’eau est un des moyens par lequel on tente de s’en défaire.

Les personnes venues présenter leurs condoléances ont coutume de dire « azamisosokaalahelointsony » à la famille du défunt, ce qui a à peu près la même signification que le dicton un malheur ne vient jamais seul. Aussi, pour s’éviter un nouveau deuil, on part se purifier dans une rivière, car en s’écoulant, l’eau emmène avec elle le mal. On se lave le corps mais on lave aussi ses vêtements.

Certaines familles procèdent au fisasana le jour même de l’enterrement. Mais la plupart du temps, les proches du défunt se donnent rendez-vous quelques jours après. « Soit le lundi, le mercredi ou le samedi. Mais souvent ils choisissent le mercredi, alarobia en malgache, car cela signifie non-retour », souligne le chercheur.Le choix de l’endroit incombe à la famille. La RN 2 est l’endroit privilégié mais beaucoup choisissent aussi la RN 1, qui va vers Fenoarivo, la seule condition étant que l’eau soit mahery (forte) pour emmener dans ses méandres les ombres de la mort.

Pour le rite, une personne désignée – souvent l’aîné de la famille -, doit emmener avec lui trois choses essentielles : un caillou et deux sortes d’herbe : l’ahibita qui littéralement veut dire « l’herbe de la fin », et le tsiriry qui symbolise la fin du malheur. Et le caillou ? Les Malgaches associent fréquemment la mort au minéral. Lorsqu’une personne perd son conjoint, par exemple, elle lance un caillou dans le tombeau. Le caillou représentant le nouveau mari (ou la nouvelle femme) du (de la) défunt(e), le veuf (ou la veuve) peut alors se remarier.

Selon Benoit Andrianasolo, on relève de nombreuses ressemblances entre les traditions malgaches et les traditions hébraïques : « Le fait de se laver après la mort de quelqu’un pour se purifier est assez commun dans les deux cultures. » D’ailleurs, le signifiant hébreu de la mort, dans la tradition juive, est intrinsèquement lié à l’eau. La mort, une tradition vivante…

DinaRamaromandray

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