Fermeture du Consulat de Diego Suarez : « Françaises, Français : débrouillez vous… »

Publié le par Alain GYRE

Fermeture du Consulat de Diego Suarez : « Françaises, Français : débrouillez vous… »

Écrit par Philippe Zénone Publication : 3 décembre 2015

Fermeture du Consulat de Diego Suarez : « Françaises, Français : débrouillez vous… »

« Ayez foi en ceux qui vous administrent...»

Le Consul Général de France était en visite à Diego Suarez pour discuter avec les français résidents des conséquences de la fermeture annoncée du Consulat de France à Diego Suarez en aout 2016. Une décision lourde de conséquences pour la région, Madagascar, et la France

Ainsi donc, ces Messieurs de Paris l’ont décidé, il n’y aura plus de Consulat à Diego Suarez à compter du 31 août 2016. Et c’est devant une assemblée particulièrement désabusée que M. Etienne Leandre, le nouveau Consul Général de France à Tananarive – homme tout à fait charmant au demeurant que l’on plaint d’avoir eu à assumer cette tâche –, a détaillé les modalités qui seront mises en place pour remplacer les services consulaires. C’est avec le même aplomb que ses prédécesseurs venus affirmer ces dernières années qu’il ne saurait être question de fermeture du Lycée Français, puis de celle du Consulat, qu’il a posément détaillé comment un consul honoraire bénévole assisté par un agent à temps plein (recruté localement) serait désormais à même de fournir les mêmes services que l’actuel consul, diplomate professionnel (qui appréciera), et ses sept assistants. Une permanence sera assurée dans un local dont l’emplacement reste à définir, et des missions d’agents du Consulat Général de Tananarive se rendront à Diego Suarez deux ou trois fois par an pour effectuer des formalités administratives. Une mission d’agents de la commission des bourses sera également effectuée pour aider à la constitution des dossiers (et non plus seulement pour chercher à débusquer les fraudeurs comme c’est actuellement le cas).

Ce nouveau dispositif présentera l’immense avantage pour les services du Ministère des Affaires Etrangères de pouvoir annoncer la suppression de deux postes d’expatriés à son terrible pair : le Ministère des Finances. Mais ce sera bien le seul.

La rumeur explique que le précédent Consul Général, M. Polonceaux (oui, celui qui nous affirmait la main sur le cœur qu’il n’était question de fermetures ni du Lycée, ni du Consulat), voulait, en poussant à la fermeture des consulats dans les régions, récupérer les budgets pour celui de Tananarive. Il n’a été que partiellement entendu puisque si les fermetures sont effectives, les postes eux n’ont pas été réaffectés : à effectif constant, le Consulat Général ne récupère que la charge de travail. Ses employés apprécieront...

Pour tenter de faire comprendre la spécificité de Diego Suarez à quelqu’un qui ne s’y est jamais rendu, on peut oser cette analogie : quand vous êtes à Diego Suarez, vous êtes autant à Madagascar que vous êtes en France quand vous êtes à Marseille (Bastia ?). Vous y êtes bien, mais plus tout à fait. Diego Suarez depuis son origine est incontestablement la ville la plus francophile et francophone de Madagascar. Ceci, ajouté à l’antagonisme séculaire qui oppose les habitants des plateaux à ceux des côtes, explique sans doute que depuis l’Indépendance en 1960 elle soit devenue le « parent pauvre » du pays. La manifestation la plus flagrante en est la seule route qui relie la région au reste du pays –et quelle route ! Incontestablement la plus mauvaise du pays. Alors qu’elle devrait en être la colonne vertébrale, elle ne mériterait qu’à peine l’appellation de chemin communal en France. Actuellement, il faut compter cinq heures pour faire les 120 km qui séparent Diego Suarez d’Ambilobe, au sud.

Sa francophilie et sa francophonie expliquent aussi qu’elle accueille la plus forte communauté de français expatriés en province à Madagascar. Des retraités pour la plupart, mais aussi des membres actifs de la société civile œuvrant principalement dans le domaine du tourisme, et dont les poids cumulé en font les premiers acteurs de l’économie de la région, ainsi que les principaux pourvoyeurs de devises.

Tout ceci pour en venir là : annoncer à un retraité français installé à Diego Suarez qu’il devra se rendre à Antananarivo pour accomplir les formalités relatives à sa retraite, ou à un jeune étudiant désireux de se rendre en France, revient à annoncer à un marseillais (ou mieux, à un habitant de Bastia –la distance est exactement la même) qu’il devra se rendre à Paris pour accomplir ces formalités. En empruntant qui plus est une piste infernale pour un trajet d’au minimum 24 heures ou, c’est au choix, en dépensant une part conséquente de sa pension mensuelle pour faire le trajet en avion. Ces Messieurs de Paris s’y risqueraient–ils ? Permettez–moi d’en douter.

Certes, rien n’oblige dans ce cas ce retraité à rester à Diego Suarez (où, soit dit en passant, il coûte moins cher à la communauté tout en vivant mieux). Il est donc effectivement probable qu’après les familles de jeunes entrepreneurs qui ont déserté la région suite à la fermeture du Lycée et de la possibilité pour eux d’y faire étudier leurs enfants, ce sont maintenant les retraités qui vont fuir en masse la région, emportant avec eux la source de devises qu’ils représentent.

Après avoir déjà renoncé au puissant levier que constituait le Lycée Français de Diego Suarez, pôle d’excellence en charge de la formation des futures élites régionales, la France renonce ainsi à soutenir sa présence dans l’économie de la région qui lui était la plus attachée.

En perdant pied dans le nord de Madagascar, l’influence française ne pourra que décliner dans le reste du pays qui, avec ses deux millions d’hectares de terres fertiles et sa population de plus de 22 millions d’habitants, représente sans aucun doute le futur de l’économie de cette zone de l’Océan Indien et un débouché naturel pour des entreprises de pointe basées dans les îles françaises de la région. La nature ayant horreur du vide, ce sont vers les Américains et les Chinois que se tourneront alors les habitants du pays — comme c’est déjà le cas. Américains et Chinois qui ont bien compris que la ligne de partage de leur influence sur la planète passe d’ores et déjà par Madagascar. Et pendant ce temps la France continuera à financer les minimums sociaux à Mayotte et à la Réunion.

Les attributions du Consul honoraire

- Représentation française auprès des autorités locales en général.

- Intermédiaire entre ces autorités et les français résidents le cas échéant.

- Sécurité des ressortissants français sur Diego Suarez.

- Assurer la navette de la valise diplomatique avec le Consulat Général selon des fréquences annuelles à définir.

- Permanence : ouverture d’un bureau, présence de l'agent consulaire aux mêmes horaires que l'actuelle chancellerie.

- Délivrance ou authentification des certificats de vie.

- Collationnement des dossiers à transmettre au Consulat Général soit par valise diplomatique, soit aux vacataires du Consulat Général lors de leur missions ponctuelles sur Diego Suarez (passeports - CNI - État-civil). Pour certains dossiers, il sera toujours obligatoire d'obtenir un rendez-vous au Consulat Général. (Acquisition nationalité... Visas... Mariages... Etc).

- Intervention dans l'urgence pour la délivrance d'actes nécessaires aux rapatriements sanitaires ou autres. Pour ces actions dans l'urgence, le Consul honoraire sera conseillé directement par le CG à Tana.

- Gestion et conservation post mortem des français résidents décédés dans l'attente de la venue des familles ou de l'exécution des dernières volontés. Notamment en matière de dispositions mortuaires.

■ PZ

http://latribune.cyber-diego.com/

Publié dans Revue de presse

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