Notes du passé: Des offres d’aides privées américaines à la Grande ile

Publié le par Alain GYRE

Des offres d’aides privées américaines à la Grande île

14.03.2016 Notes du passé

Notes du passé: Des offres d’aides privées américaines à la Grande ile

Une fois signé le premier traité de paix franco-malgache du 16 décembre 1885, une de ses grandes difficultés d’application réside dans l’interprétation de son article II concernant l’autorité qui doit délivrer les exequatur. La question se pose pour les États-Unis lors de la nomination du consul John P. Campbell qui remplace W. Robinson début 1887. Elle entraine quelques difficultés, précise Jean Valette, archiviste-paléographe, qui donne une conférence sur les relations américano-malgaches d’avant la colonisation française, à l’occasion de la célébration de leur centième anniversaire.

En effet, le Premier ministre se hâte de délivrer directement l’exequatur à Campbell, provoquant une protestation vigoureuse du résident de France, Le Myre de Vilers, et des négociations entre les gouvernements de Paris et de Washington. L’interprétation française est acceptée par le département d’État, et le 28 juillet, Campbell renouvelle sa demande en s’adressant au résident général qui la transmet au Premier ministre pour la faire viser par Ranavalona III.

Rainilaiarivony prend très mal la chose et par lettre du 19 août, il fait savoir au consul américain qu’il doit retirer sa demande qu’il a adressée à Le Myre de Vilers, sinon le gouvernement malgache n’accorderait aucune protection aux intérêts américains dans la Grande ile.

L’affaire prend mauvaise tournure. Les négociations piétinent et le résident général français annonce, le 19 septembre, qu’il rompt les relations avec Rainilaiarivony. « Amenant le pavillon français, il donnait le même jour ordre à son escorte d’évacuer Tananarive. Ce départ subit de l’escorte impressionna le Premier ministre qui demanda à renouer les conversations. »

D’après Alfred Grandidier, le 24 septembre, il est décidé que les exequatur seraient délivrés par le Premier ministre, avec la mention « que les affaires entre le gouvernement malgache et les puissances étrangères ayant un caractère politique seraient présidées par le résident français ». Mais Jean Valette indique que la date du 24 avancée par Grandidier est « certainement fausse ». Car dès le 23 septembre, Rainilaiarivony fait parvenir à Campbell son exequatur, dont ce dernier accuse réception le 5 octobre. Le consul américain ne manque pas de regretter que « cette question qui lui était étrangère », ait pu troubler les relations américano-malgaches.

Les années qui suivent 1887 sont peu propices aux activités diplomatiques en raison de l’application du traité de 1885 et peu d’évènements extérieurs les marquent. L’archiviste-paléographe note, néanmoins, quelques mutations dans le personnel, en particulier la nomination de John Waller, un Afro-américain, le 4 mai 1891, pour remplacer Campbell, et la lettre du négociant bostonien Cees Hahh Adams, du 14 mai 1887, qui sollicite la charge de consul général de Madagascar aux États-Unis.

Pourtant, selon Jean Valette, « les prodromes du heurt majeur entre Madagascar et la France s’annonçaient déjà ». Aucune tentative américaine officielle de médiation n’est pourtant pas constatée. Toutefois, des offres privées se proposent pour venir au secours de Madagascar, sans que l’on sache encore exactement jusqu’à quel point, elles sont sérieuses, en particulier celle d’un certain Woodford qui séjourne à Madagascar en 1891 puis en 1895.

Débarquant à Vatomandry, début avril 1895, il écrit dès le 9 avril à Rainilaiarivony pour lui demander un entretien durant lequel il compte présenter ses projets. Il ne manque pas de lui rappeler leur précédente entrevue en 1891, avant son retour aux États-Unis. Le 16 avril, il arrive à Antananarivo et renouvelle sa demande d’audience, le 20 avril, « annonçant son départ pour le 27 du mois ».

N’obtenant aucune réponse le 24 avril, il se décide à lui exposer par lettre le plan qu’il imagine pour venir en aide à Madagascar, « un plan grandiose certes, mais qui semble manquer de réalisme ». D’après Jean Valette, l’idée essentielle en est que la France revendique le droit d’obtenir de vastes concessions à Madagascar et qu’elle est en train d’envoyer, pour appuyer ses revendications, une armée de 20 000 hommes.

En réponse à ces « prétentions françaises », Woodford propose simplement que les concessions réclamées par la France lui soient accordées. « Les États-Unis ont l’habitude de défendre les droits de leurs citoyens et ils sont suffisamment forts pour en imposer à la France. Aussi peut-on penser que ce dernier pays serait amené à cesser les hostilités contre Madagascar, la cause principale du conflit ayant cessé. »

Au cas où Rainilaiarivony accepte « ces prémices », l’Américain demande que lui soient accordés une dizaine de privilèges qui lui confèrent un véritable monopole économique sur Madagascar. En contrepartie, il s’engage sur plusieurs points. Mais le Premier ministre ne semble pas répondre à sa lettre puisque le 7 mai 1895, il croit devoir faire de nouvelles propositions.

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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