Notes du passé: L’ordre de succession au trône plus ou moins respecté

Publié le par Alain GYRE

L’ordre de succession au trône plus ou moins respecté

26.03.2016 Notes du passé

Notes du passé: L’ordre de succession au trône plus ou moins respecté

Ce sont les deux reines vazimba, Rafohy et Rangita, au début du XVIe siècle, qui formulent les premiers principes de la transmission du pouvoir, comme l’indique G. Lejamble (extrait de l’étude sur « Les fondements du pouvoir royal en Imerina », paru dans le Bulletin de Madagascar, avril 1972). Début XVIIIe siècle, le système d’Andriamasinavalona concerne deux générations.

« Soucieux d’en finir avec les rivalités entre ses fils, ce souverain les désigne, au moins certains d’entre eux, comme ses successeurs, mais un successeur est désigné à ceux-ci qui n’est pas un de leur fils, mais le fils d’une sœur du roi (zanak’anabavy devenu synonyme d’héritier). Seul celui-ci possède le droit de désigner ses successeurs, ce qui revient à dire que le pouvoir se transmet par les femmes et aussi que les garçons sont préférés aux filles sur le trône. Autre conséquence, l’ainé des fils de la femme principale perd le droit de désignation. »

Pourtant, cette nouvelle règle de succession ne règle pas le problème, contrairement à l’attente d’Andriamasinavalona qui s’en aperçoit de son vivant. Ses fils cherchent à lui prendre le pouvoir et l’un d’eux le maintient même prisonnier pendant sept ans. En effet, non seulement les fils sont en conflit entre eux, mais ils cherchent à transmettre le pouvoir à leurs héritiers, contrairement à la règle.

En outre, dans l’application qui est faite de la règle par les successeurs d’Andrianampoinimerina, le dernier désigné sera « non le neveu utérin du souverain désignant, mais celui des premiers héritiers désignés ». En principe, le royaume partagé entre les fils aurait dû se trouver réunifié sous le règne du neveu ou du petit-fils. L’ambition des fils empêche ce dessein de se réaliser. La réunification opérée par Andrianampoinimerina, se fera alors par la force.

La succession de ce dernier montre encore un affaiblissement du droit d’ainesse et du droit du fils de la femme principale. De plus, un seul fils sera désigné en premier et une nièce utérine (adoptive) en dernier. Le roi unificateur, afin d’éviter les risques du partage, préfèrera sacrifier physiquement ses autres fils, laissant le pouvoir au seul Radama, fils d’une épouse secondaire.

La succession de Radama montre une nouvelle hésitation de la tradition concernant le deuxième successeur, entre la nièce du roi désignant et le neveu du premier désigné. Rakotobe, neveu utérin du souverain, « prétend » au trône « et y a peut-être quelque droit puisqu’il est supprimé le jour même de l’accession de la princesse Ramavo, nièce utérine d’Andrianampoinimerina ». Et une fille de Radama, Raketaka, est présentée par les contemporains comme étant désignée par Radama pour lui succéder.

« D’ailleurs, le fait même que l’on ait éprouvé le besoin au palais le 1er aout 1828, quatre jours après la mort du roi, de débattre de ses dernières volontés, montre l’affaiblissement des traditions : selon celles-ci, en effet, Radama n’avait aucun droit à désigner son successeur. »

Par la suite, de plus en plus, l’opportunité politique et l’ambition prennent le pas. Certes, le successeur de Radama, « selon les sources les plus sûres », devrait être un enfant de Ranavalona Ire et à défaut, celle-ci elle-même. Quand elle tourne le dos, il est logique que son fils lui succède, même s’il n’est pas celui de Radama Ier. Mais si la tradition est respectée jusque là tant bien que mal, l’assassinat de Radama II marque une rupture et l’installation d’un système nouveau.

Et l’on arrive au régime d’Andafiavaratra. La famille de Rainiharo est souvent appelée, « ceux d’Andafiavaratra ». Et ce, pour la petite histoire, par référence au palais qu’ils érigent sur un terrain qui est donné à leur aïeul Andriantsilavo par Andrianampoinimerina, sur l’emplacement de la résidence de leur ancêtre Andriampirokana chassé par Andrianjaka (début du XVIIe siècle). Rainiharo, fils d’Andriantsilavo, est le Premier ministre de Ranavalona Ire.

C’est cette famille d’Andafiavaratra qui dirige le coup d’État de mai 1863, et entend conserver le pouvoir tout en maintenant la fiction du trône. Rainivoninahitriniony autrement appelé Raharo, fils ainé de Rainiharo, met bien sur le trône la princesse Rabodo, femme principale de Radama II, « selon les vœux, semble-t-il, de Ranavalona Ire ». Mais là s’arrête l’analogie avec les successions précédentes. C’est « une véritable révolution politique » qui instaure le Premier ministre (G. S. Chapus et G. Mondain, « Rainilaiarivony, homme d’État malgache », 1953). Désormais, le pouvoir royal est contrôlé par les Grands. La reine prend pour époux le Premier ministre, tout comme Ranavalona Ire, mais « cette fois, les rôles sont inversés ». La réalité du pouvoir appartient au Premier ministre qui, par la suite, désignera les reines successives.

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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