Notes du passé: Trois périodes pour développer les institutions royales

Publié le par Alain GYRE

Trois périodes pour développer les institutions royales

24.03.2016 Notes du passé

Notes du passé: Trois périodes pour développer les institutions royales

En Imerina, la « monarchie » apparait au début du XVIe siècle avec l’avènement d’Andriamanelo. Dans un extrait de son étude sur « Les fondements du pouvoir royal en Imerina », qu’il publie dans le Bulletin de Madagascar (avril 1972), G. Lejamble affirme que le système évoluera avec le programme d’extension du royaume et de son organisation. L’auteur distingue ainsi trois périodes qui caractérisent l’état des institutions royales, d’Andria­manelo à Andrianampoinimerina, ce dernier et son successeur Radama Ier, et à partir de Ranavalona Ire.

Andriamanelo dispose de moyens matériels considérables pour étendre son hégémonie, comparé à ceux des autres clans de la région. En particulier, l’art du fer qui va lui permettre de perfectionner les méthodes culturales pour l’usage de la bêche, de creuser des fossés de fortifications et de disposer d’une arme efficace dont le javelot à pointe de fer. « La concurrence va donc devenir très inégale avec les clans qui pratiquent une agriculture rudimentaire. Leurs armes sont aussi rudimentaires : l’épieu à pointe de terre cuite, rarement à pointe de fer, pas de fossés. »

C’est sur ce fondement « technologique » qu’Andriamanelo et ses successeurs peuvent réaliser un programme d’extension qui se développe, notamment avec Ralambo et Andriamasinavalona. En même temps, diverses innovations culturelles sont introduites, telles le calendrier arabe, le « sikidy », certains éléments du « Fandroana », la circoncision. « Jointes aux innovations technologiques, elles devaient entrainer et nécessiter un développement parallèle du pouvoir royal… » D’après Lejamble, J. W. Lapierre, dans « Le fondement du pouvoir politique », le montre bien. « La dynastie doit sa fortune à son dynamisme novateur. »

Dès cette époque, les organes de développement du pouvoir sont d’abord l’assemblée populaire, survivance de l’époque pré-monarchique et qui sera appelée, à toutes époques, à entériner (parfois à refuser) les décisions royales. C’est ainsi que sont entrepris les grands travaux d’hydraulique agricole pour endiguer les rivières, de même que la levée en masse de la population pour les expéditions guerrières.

Ensuite, il y a les conseillers du roi, chefs principaux de la population roturière. Ils assurent un contrôle permanent de l’exercice de pouvoir et influent sur le choix du successeur.

Enfin, les classes nobiliaires organisées pour la première fois, par Ralambo, comprennent les lignages de ses descendants, de son cousin Andrianamboninolona, d’Andrian­dranando, son cousin éloigné, et d’Andriantompokoindrindra, son fils ainé.

Avec Andrianampoinimerina, on assiste à une renaissance du pouvoir royal et de la royauté merina, en déclin pendant trois quarts de siècle. « L’anarchie engendrée par les guerres intestines consécutives à l’éviction d’Andriamasinavalona par ses fils, entraine une réaction des notables roturiers, notamment ceux des Tsimahafotsy (région d’Ambohimanga), inquiets de voir décliner, de ce fait, le commerce fructueux des bœufs et des esclaves avec l’extérieur. »

Ils portent au trône Imboasalama, prince populaire énergique et habile. Ils vont à la fois accroitre le pouvoir royal nécessaire à un programme de reconquête de l’Imerina puis d’extension de ses limites, et développer leur influence en tant que conseillers de la couronne et grands commis du roi. Les classes nobiliaires sont réorganisées et leur séparation des roturiers accentuée par le rappel des distinctions et privilèges. Elles sont appelée à conduire les expéditions militaires.

L’armée, renforcée, trouvera son organisation définitive avec Radama Ier. Ce dernier crée les grades lesquels concernent aussi les dignitaires civils qui forment avec les officiers une seule hiérarchie. En même temps, le jeune roi organise la population en centaines et en milliers, sur un modèle militaire.

Déjà perceptible à l’époque précédente, « l’ascension des roturiers » se développe davantage sous le règne de Ranavalona Ire en partie portée au trône par les conseillers. Elle épousera aussi l’un d’eux et créera pour lui la charge de Premier ministre. « À sa mort, un autre conseiller le remplacera dans ce double office. » Toutefois, « l’apogée des roturiers » et le « déclin relatif de la royauté » se produisent à partir du règne de Rasoherina. Désormais, le Premier ministre est le « véritable souverain ». Il ne laisse plus à la reine que les apparences du pouvoir, dont les éléments de caractère religieux forment l’essentiel.

Certains caractères du pouvoir demeurent néanmoins permanents.

Entre autres, le pouvoir royal ne se dégagera jamais complètement de ses origines communautaires. À l’apogée de l’absolutisme, le souverain (ou la reine) aura toujours soin de rappeler dans ses proclamations qu’il n’est pas seul détenteur du pouvoir, il le partage avec le peuple. C’est celui-ci qui souhaite l’avènement du roi et le reçoit. « Pures formules du XIXe siècle, ces déclarations n’en sont pas moins révélatrices des sources du pouvoir et de son principe sous-jacent. »

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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