Accès a l’eau potable: Les bidons de la pauvreté, un mal nécessaire

Publié le par Alain GYRE

Accès a l’eau potable: Les bidons de la pauvreté, un mal nécessaire

Publication : 23 avril 2016

Photo: www.rfi.fr
Photo: www.rfi.fr

« Il n’y a pas de vie sans eau. Tous nos efforts pour atteindre un développement durable dépendent de l’accès à l’eau » a dit le Président en exercice de l’ONU-Eau, lors de la célébration de la journée mondiale de l’eau le 22 mars dernier. Alors que dans les pays développés, l’accès à l’eau est un des droits les plus fondamentaux, dans les pays pauvres comme Madagascar, cela reste un luxe. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ayant été, pour Madagascar, un échec absolu, aujourd’hui, place aux Objectifs de Développement Durable (ODD) dont le n°6 est de « Garantir l’accès de tous à l’eau… ». La situation actuelle à Antananarivo étant que seuls 66.000 foyers, soit environ 400.000 personnes sur les 1,9 million habitants la capitale, ont de l’eau courante à domicile (selon la JIRAMA). Les autres doivent se contenter des quelques 900 bornes fontaines disponibles dans toute la ville.

Plus d’un million de personnes n’ont pas d’eau courante à domicile. Ce qui les contraint à rejoindre les bornes fontaines qui sont, la plupart du temps, éloignées des logis. Ainsi, pour optimiser l’approvisionnement en eau et pour diminuer le nombre d’aller et venue entre ces deux points, les gens adoptent les bidons. Originalement contenant de l’huile alimentaire, ces bidons sont vitaux pour la population, ayant une capacité de 50 litres, ils permettent de porter d’un seul coup 100 litre d’eau (2 bidons à chaque trajet). Tous les jours, ainsi, nos yeux n’échappent pas à la longue file de bidons jaunes que les chercheurs d’eau (particuliers ou professionnels) font disposer en colonne devant la borne, il arrive même parfois que la file contienne 2 à 3 colonnes.

Pour leur transport, certains ont inventé des stratégies innovantes comme le traineau de bidons où une quinzaine de bidons (encore vides) est reliée en deux rangées par des cordes permettant une économie de temps et d’énergie, pour aller les remplir auprès de la borne fontaine. Cependant, cela n’est pas réversible, c’est-à-dire qu’une fois remplis, les bidons doivent être transportés 2 par 2, vu leur poids. D’autres ont construit des chariots en bois pour pouvoir transporter 5 à 6 bidons par trajet. Mais ceci n’est pas valable pour les quartiers à couloirs exigus.

Mais encore, l’accès à l’eau n’est pas gratuit. Il faut payer pour en avoir. Aujourd’hui, le prix est de 50 Ar le bidon (dans d’autres quartiers, 50 Ar vaut 2 bidons).

Il faut évoquer quand même le fait que le manque d’eau -bien que cela soit pénible- génère beaucoup de travail. Plusieurs familles vivent des métiers liés à l’eau comme celui des lavandières ou encore de chercheurs d’eau professionnels. Ils sont des milliers à exercer ce métier. De plus, ces gens sont très utiles. S’il n’y avait pas ces chercheurs d’eau ou ces lavandières, comment est-ce que les gens occupés ou incapables de faire ces corvées eux-mêmes feraient ? Mais également, si tout le monde avait de l’eau courante à domicile, quel métier exerceraient ces professionnels de l’eau ?

Ce qui nous donne à dire que, bien que l’accès à l’eau potable soit un véritable problème à Tana, et que les bidons jaunes soient une marque de la pauvreté donc une honte pour l’image de la capitale, ils y constituent néanmoins le gagne-pain de beaucoup de personnes.

Aina A.

http://www.lagazette-dgi.com/

Publié dans Société, Eau

Commenter cet article