Légende de l'anguille à oreilles.

Publié le par Alain GYRE

Légendes et contes populaires malgache ayant trait à la vie dans les eaux, aux poissons et à la pêche

Raha tsy marina izany, tsy izaho no mavandy fa Rantaloha : « Si ce que je dis n'est pas vrai, ce n'est pas moi le menteur, mais les vieillards d'autrefois », ainsi s'exprimaient les vieux Mpitantara, ces conteurs de légendes, équivalents des troubadours du Moyen Age en Europe, devant leur auditoire toujours assoiffé de neuf et de vieux.

Et nous résumerons, ici, à titre d'exemples, quelques légendes recueillies çà et là au milieu de nos propres lectures et auprès de certains vieux pêcheurs. Elles témoigneront de l'Imagination poétique des populations de brousse et nous ferons vivre quelques heures dans ce milieu féerique où évoluent, d'une part, nymphes des eaux, esprits, fées, génie des ondes ... et, d'autre part, nos simples pêcheurs et leurs captures:

Légende de l'anguille à oreilles.

photo: https://fr.wikipedia.org/
photo: https://fr.wikipedia.org/

En beaucoup de régions de l'Ile, l'anguille a toujours fait l'objet de nombreuses légendes et celle

de l'anguille possédant des oreilles est particulièrement .répandue. En effet, chez les gros individus de l'anguille marbrée, les nageoires pectorales ressernblent à de grands pavillons auditifs et le poisson a l'air de « battre des oreilles », ouvrant une grosse gueule menaçante qui maintient à l'écart les curieux venus le contempler. .

Signalons, à ce sujet, que H. Poisson, dans une note publiée -dans le « Bulletin de l'Académie Malgache »(R. 210), met en relief toutes' les affinités et lés ressemblances entre légendes de l'Océanie et légendes de Madagascar.

http://aquatrop.cirad.fr/

Légendes de l'Océanie

Anguilles sacrées, Puhi tari’a, de Huahine

Huahine, les anguilles sacrées

On nous a conté une légende, la légende des anguilles de Huahine…

Il était une fois, une très belle princesse nommée Hina, fille du soleil et de la lune. Elle était si belle que des éclairs de lumière émanaient de son corps. Elle fut promise au roi du lac qui n’était qu’une énorme et repoussante anguille. Hina fuit et se mit sous la protection du grand Maui. Emu par son histoire, le dieu lui promit de l’aider et l’autorisa à se cacher chez lui.

Mais le prince des anguilles retrouva rapidement la trace de sa promise. Dès que Maui le vit, il le captura et le coupa en trois parties. La tête tomba aux pieds de Hina et lui parla ainsi : « un jour viendra où tous ceux qui me détestent finiront par m’embrasser sur la bouche, et toi, Hina, tu seras la première d’entre eux ! Hiro enveloppa la tête de l’anguille dans des feuilles de bananiers et confia le paquet à Hina. « Tu peux rentrer chez toi désormais. Tu enterreras la tête du puhi (anguille) dans ton village, mais ne le pose jamais à terre durant ton voyage de retour car la malédiction pourrait se réaliser ».

Hina prit la route mais en chemin, accablée par la chaleur, s’arrêta au bord de la rivière. N’y tenant plus, elle se baigna, après avoir déposé son paquet à terre.

Aussitôt, la terre trembla et s’ouvrit pour engloutir la tête de l’anguille…

… Une plante jaillit du sol et se mit à grandir. Elle devint un arbre étrange, ressemblant à une immense anguille dressée, la tête vers le soleil : Le cocotier venait de naître !

Les jours passèrent. Une grande sécheresse survint et seul le cocotier résista. Les hommes goûtèrent alors de son fruit qui contenait une eau sucrée et sur lequel apparaissaient trois taches sombres…

…Les yeux et la bouche de l’anguille !

« Un jour, tu prendras ma tête dans tes mains, tes yeux chercheront mes yeux et tes lèvres se poseront sur ma bouche ».

http://4sakado1aventure.canalblog.com/

Anguilles sacrées de Huahine à Faie Rivière des anguilles sacrées de Huahine à Faie

Légende de l'anguille à oreilles.

A Fā’ie, au cœur du petit village, une petite communauté de puhi tari’a géants ou anguilles à oreilles ont élu domicile dans les racines immergées des māpē (châtaigniers tahitiens) dans un petit ruisseau que traverse la route de ceinture. Elles font le bonheur des enfants et des touristes ébahis et impressionnés par leur taille et leurs grandes et puissantes ondulations.

La population interprète leur présence comme un don divin et la promesse d’une vie d’abondance.

Et pour la petite anecdote, une petite échoppe s’est installée tout près du petit pont, depuis lequel on peut observer ces superbes créatures, et elle vend aux touristes des boîtes de maquereaux pour nourrir ces êtres merveilleux et s’esclaffer de joie à la vue des torsades et entortillements qu’elles réalisent, provoquant des gerbes d’eau spectaculaires alors qu’elle se jètent sur les filets de maquereaux qu’elles raffolent.

L’anguille à oreilles ou puhi tari’a est un motif culturel qui occupe une place prépondérante dans la mythologie polynésienne. Ainsi, plusieurs versions racontent l’origine du cocotier au travers du thème d’une anguille divine, donc prestigieuse et sacrée, de la tête de laquelle aurait germé le premier cocotier, arbre de vie par excellence aux usages multiples et bienfaiteurs.

Puhi en tahitien est une notion qui renvoie au concept de matrice (pū) d’où jaillit (hī) la matière, les éléments, les êtres. L’anguille serait donc perçue tel un réceptacle d’où jaillirait la vie, et qui aurait été originellement créée in illo tempore, à partir des intestins de Ta’aroa, divinité première et tutélaire qui créa l’Univers polynésien, toute chose et tout être. Manavā en tahitien, les intestins, les entrailles, sont considérés par les Polynésiens comme étant le siège des émotions les plus fortes, de la toute puissance spirituelle et vitale de l’individu.

Préservées, choyées voire divinisées par les Polynésiens, la présence de puhi tari’a dans un ruisseau, un cours d’eau, une source, etc, est signe de vie et d’abondance, celles-ci participant d’ailleurs à la pureté de l’eau qu’elles filtrent tout comme les « chevrettes » ou crevettes d’eau douce locales.

Tahiti Heritage

Commenter cet article