Note du Passé: La carotte et le bâton pour Rainilaiarivony

Publié le par Alain GYRE

La carotte et le bâton pour Rainilaiarivony

13.04.2016 Notes du passé

Note du Passé: La carotte et le bâton pour Rainilaiarivony

En 1895, Le Myre de Vilers est envoyé en mission dans la Grande île pour mettre en demeure le Premier ministre Rainilaiarivony d’expliquer, dans un délai déterminé, son insistance à vouloir commander des armements. Son silence sera considéré comme « une fin de non-recevoir ».

De ce fait, « le pavillon (français) serait amené, l’évacuation (des résidents français) prescrite et le représentant de la France gagnerait la côte pour se mettre en communication avec le gouvernement ». C’est ce que l’on lit dans un des documents contenus dans le « Livre jaune » que le gouvernement français distribue au Parlement en 1896.

La cause de cette situation remonte à dix ans. Dans le traité de 1885, il est spécifié que le gouvernement de Ranavalona III s’interdit d’entretenir des relations avec les pays étrangers et leurs agents, par-dessus le résident général de la France. Toute concession faite par le gouvernement de la reine, directement ou indirectement, à des Français ou d’autres étrangers, devra être enregistrée pour approbation à la résidence générale sous peine de nullité.

En revanche, le gouvernement français aura le droit d’entretenir à Madagascar les forces qu’il jugera nécessaires pour assurer la sécurité de ses ressortissants et des résidents étrangers. De même, il pourra entreprendre les « travaux d’utilité publique », tels que les ports, les voies de communication, des réseaux de télégraphie, des canaux… L’objectif étant la prospérité du pays et la perception des taxes « qui en seront la conséquence lorsque le gouvernement royal ne se chargera pas lui-même de l’exécution desdits travaux ». Et en cas de difficulté d’interprétation, « le texte français fera seule loi ».

Mais c’était sans compter sans le Premier ministre. Rainilaiarivony répond par un contre-projet où, selon les Français, il n’a pas fait preuve « de son habileté coutumière ».

Dix ans plus tard, à la suite de son ultimatum concernant la commande d’armes faite par le Premier ministre, une conférence est organisée au Palais d’Argent, dans le Rova d’Antananarivo, mais sans résultat. Le Myre de Vilers déclare au chef du gouvernement de Ranavalona III que la situation est excessivement grave.

« Le gouvernement de la République ne désire pas intervenir dans l’administration intérieure du royaume. Il ne veut pas toucher à la question de propriété ni à celle du travail, mais il tient essentiellement à assurer aux Vazaha de toutes nationalités une protection efficace. »

Le chef de mission français tient aussi à préciser que lorsque la guerre aura été déclarée, les Français ne pourront plus en arrêter le cours. « Et par la force des choses, nous devrons vous imposer notre domination. »

Précision qui s’accompagne d’une prévision très réaliste: « Le résultat du conflit n’est pas douteux; ce sera l’écrasement des Malgaches. » Et d’une menace: « Les armées européennes sont actuellement organisées de telle façon que la résistance n’est pas possible sans une longue et savante préparation et sans armement perfectionné. »

Le Myre de Vilers insiste auprès de Rainilaiarivony- « en toute amitié parce que j’ai pour Votre Excellence beaucoup d’affection »- que, dans tous les cas, ce sera pour le peuple malgache un désastre. Il se fait même pressant: « Si je vous parle ainsi, ce n’est pas par mépris pour les Malgaches; vos soldats pourront être aussi braves que possible, ils n’en seront pas moins battus inévitablement. »

Là encore, le conseil se teinte d’une menace: « Jamais chef d’État n’a été dans une situation plus périlleuse. Si Votre Excellence ne peut s’entendre avec moi, sa perte, celle de Sa Majesté et celle du royaume s’ensuivront. Au contraire, si elle se met d’accord avec le gouvernement de la République, toutes les difficultés s’aplaniront et le peuple malgache trouvera une prospérité inconnue jusqu’ici. »

Rainilaiarivony « reste sourd » aux propos de l’envoyé spécial du gouvernement français et le

27 octobre 1895, le pavillon français est amené. L’exode des résidents français commence et le 2 novembre, l’évacuation de l’Imerina est faite.

Pela Ravalite

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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