Notes du Passé: Conflit cultivateurs-éleveurs, un problème foncier rural

Publié le par Alain GYRE

Conflit cultivateurs-éleveurs, un problème foncier rural

07.04.2016 Notes du passé

 Notes du Passé: Conflit cultivateurs-éleveurs, un problème foncier rural

Pour régler le surpeuplement dans certaines zones rurales, à certaine époque, la migration définitive est la solution envisagée, car les régions ne manquent pas pour recevoir les immigrants agricoles. L’Ouest et le Moyen-Ouest constitueraient les exutoires noirs du trop plein d’habitants des Plateaux. Pour la lutte contre les « tavy » également, on a pensé à faire descendre sur les marais aménagés de la côte Est des populations de la zone forestière.

Dans son écrit sur « La société rurale malgache face aux exigences du droit agricole » (Bulletin de Madagascar, avril 1970), Jacques Dez précise que, dans ce dernier cas, une bonne partie des marais doivent leur existence au fait que leur niveau est inférieur à celui des rivières qui aboutissent à la côte. « Si bien qu’il est impossible de les drainer. Pour les récupérer, il faudrait les transformer en polders, et on n’en est pas encore là. »

En outre, lorsqu’une terre de marais vient d’être mise en culture, pendant quelques années avant qu’elle ne soit vraiment bonifiée, ses rendements sont très faibles. Ainsi, les nouveaux colons doivent être sérieusement encadrés et soutenus durant cette période. Toutefois, « malgré une forte assistance des pouvoirs publics », il est difficile de les maintenir sur les exploitations qu’on leur confie. La cause donnée en est toujours la même, ce seraient les « répugnances manifestées par des paysans sollicités d’émigrer et qui refusent à le faire ».

Pour Jacques Dez, cette explication cache les vraies raisons d’une telle situation car avant l’indépendance, par exemple, on observe à une mise en valeur de nombreuses régions, grâce à un peuplement d’immigrants venus d’autres parties de l’ile.

C’est ainsi qu’au XVIIIe siècle, le Vakinankaratra est peuplé de paysans venus du sud d’Antananarivo, puis au XIXe siècle de ces mêmes zones et de pays situés à l’ouest de la capitale. En effet, les souverains merina entreprennent à partir de la fin du XVIIIe siècle, une politique délibérée de colonisation agricole dans toutes les directions, à partir du centre de l’Imerina. Jamais l’attachement au tombeau ne peut retenir les sujets ou s’opposer aux décisions du pouvoir royal. « Les émigrants emportaient les corps de leurs ancêtres qu’ils ne voulaient pas laisser au pays d’origine et construisaient de nouveaux tombeaux là où ils s’installaient. »

Une partie de cette colonisation agricole ancienne se fait dans des régions où les populations, les Vazimba, sont clairsemées et vivent de chasse, de cueillette et de quelques rudimentaires cultures sèches. « Ces Vazimba ont été éliminés, massacrés ou expulsés, parfois assimilés. » Mais il n’en est pas toujours ainsi.

Dans des régions comme le Vakinankaratra, le peuplement s’effectue par groupes d’immigrants qui pratiquent la riziculture et sont à la recherche de vallées laissées libres par les précédents arrivants. « Il n’y a pas de conflit entre eux. La riziculture exigeant la sédentarité, les différents groupes s’installaient les uns à côté des autres sans empiéter sur leurs territoires respectifs. »

Dans le dernier tiers du XXe siècle, la population se développe dans toutes les parties de l’ile. Si des terres libres existent, des groupements humains déjà établis émettent des prétentions à leur propriété et considèrent que l’installation d’immigrants les frustre de leurs droits.

« Les sentiments sont particulièrement aigus dans les régions d’élevage de l’Ouest où des superficies étendues de pâturages de colline et de bas-fonds humides sont nécessaires aux troupeaux nomadisant, à la recherche de leur pâturage sur des trajets parfois considérables. »

De ce fait, toute installation d’immigrants ouvre un conflit entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires. Les premiers réagissent en laissant leur bétail divaguer et dévaster les cultures ou en volant les bœufs des agriculteurs. « Procédés radicaux » qui empêchent la colonisation agricole de s’implanter durablement.

C’est ainsi que les Sakalava et les Bara conquièrent, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe jusque vers 1920, des terrains de pâturages sur la colonisation agricole des Betsileo et des Merina. Ces derniers sont aussitôt refoulés vers le centre des Hautes terres.

Faut-il alors leur reprocher d’hésiter sinon de refuser de participer à une émigration agricole Ou faut-il pour les rassurer de les faire accompagner de forces militaires pour les défendre dans leurs efforts d’établir des exploitations agricoles, contribuant ainsi la mise en valeur de terres arables, et ainsi, au développement économique du pays Cela aurait permis d’éradiquer certains fléaux actuels comme la sous-nutrition et la malnutrition qui touchent une grande partie de la population, surtout les plus vulnérables.

L'Express de Madagascar

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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