Notes du passé: La reprise de ses anciennes possessions par la France

Publié le par Alain GYRE

La reprise de ses anciennes possessions par la France

23.04.2016 Notes du passé

Notes du passé: La reprise de ses anciennes possessions par la France

Chargé de coopérer avec l’ingénieur géographe, le capitaine du génie Schneider, au levé des plans de différentes parties de Madagascar en 1818, surtout sur la côte Est et Sainte-Marie, l’arpenteur du roi, Petit de la Rhodière, en profite pour rédiger un rapport sur la topographie physique, la statistique et l’historique de ces endroits. C’est en fait un mémoire dans lequel il rassemble une suite d’observations. Ce rapport est publié en 1962, par l’archiviste-paléographe Jean Valette, dans les numéros 189 et 190 du Bulletin de Madagascar.

Dans sa conclusion, Petit de la Rhodière déclare la raison de sa mission qui est « la nécessité d’une nouvelle colonie dans ce pays ». Cette nécessité est démontrée par « les soins qu’on s’est donné en France pour la reprise de possession de nos anciennes propriétés de Madagascar et l’expédition qu’on y a envoyée à cet objet ».

De prime abord, l’arpenteur du roi souligne que, de tous les points qu’il parcourt, Sainte-Marie lui semble le plus adéquat pour faciliter les débuts d’un tel établissement. D’abord, sa position lui permet d’être défendue avec peu de moyens contre les autochtones et contre des ennemis plus puissants. Ensuite, sa structure peut être assainie avec peu de travaux. Enfin, les défrichements réalisés depuis longtemps lui permettent d’être mis en valeur de suite. Il estime que « l’humanité et les dépenses » doivent être les deux principales bases des moyens à employer pour les principes de cette colonisation.

« On ne peut pas malheureusement compter sur les habitants qui y sont déjà établis. » Pourtant, il suggère que l’on n’envoie pas immédiatement de France des hommes destinés à cultiver cette nouvelle terre et « à ouvrir à la Métropole une source de nouveaux avantages ». Selon lui, cela évitera les nombreux risques de voir périr des « hommes précieux » au milieu des travaux pénibles qu’ils devraient accomplir dans un climat auquel ils ne sont pas habitués. Aussi propose-t-il d’utiliser les peuples de l’intérieur de la Grande terre, plus soumis à leurs chefs à une obéissance servile. Ces chefs, dont plusieurs sont assez puissants, précise-t-il, ne font en général la guerre que pour avoir des esclaves.

Mais l’abolition de la traite décrétée par le roi merina, Radama Ier, les empêche de s’en défaire. Ces hommes restent alors exposés aux mauvais traitements, à la mort même, quand leurs maitres ne peuvent en tirer parti. Ainsi, les Français pourraient « en louer » un certain nombre pendant l’étape des premiers travaux.

« Les chefs s’y prêteraient, je pense, avec plaisir. Les frais seraient moindres et les gens les plus opposés au commerce des Noirs n’auraient, je crois, aucune objection à faire contre ces arrangements. »

Petit de la Rhodière apporte une précision. Une fois les terrains et l’atmosphère assainis par les assèchements, les logements indispensables construits, les vivres pour une ou deux années plantées et même récoltées, il serait temps d’envoyer de nouveaux colons. Ils auraient alors le temps de s’acclimater, avant même d’entreprendre les moindres travaux.

Lorsque la colonie de Sainte-Marie serait bien établie, elle pourrait facilement s’étendre à la Grande terre, dans les environs de Tintingue. « Alors de quelle utilité ne serait-elle pas pour les expéditions que la Métropole pourrait entreprendre : un port sûr et commode, susceptible de contenir des flottes nombreuses, protégé par une passe commode pour nos navires, impraticable pour un ennemi, des moyens d’avitaillement et de réparations quelques fortes qu’elles fussent, et une position de l’avantage de laquelle il est inutile de parler. »

Les populations autochtones sont les seuls ennemis à craindre, ajoute-t-il, et toutes les forces dont on peut entourer ce nouvel établissement ne garantiraient pas les plantations qu’ils peuvent facilement pillées. « On aurait, il est vrai, en cas d’infériorité, la ressource de se retirer à Sainte-Marie où le moindre navire ferait échouer tous les efforts, mais alors on perdrait les fruits de ses travaux et on les encouragerait à de nouveaux pillages. »

C’est pourquoi l’arpenteur du roi suggère, pour contourner ce problème, de former alliance avec un souverain dont la puissance influe déjà sur les peuples du pays. Il veut parler du roi merina, Radama Ier, qui, d’après lui, conviendrait à ce rôle sous tous les rapports. Fils d’Andrianampoinimerina, à peine âgé de 23 ans en 1818, depuis 1814 il a presque doublé le royaume que son père lui laisse.

Il n’y a qu’une alternative, ajoute-t-il, ou détruire Radama ou se lier à lui. La première solution est faisable, mais « nécessiterait quelques frais et l’envoi d’une petite troupe qui, réunie aux Sakalava et commandée par un homme expérimenté, en viendrait sans doute à bout ». La deuxième solution qui convient le mieux, « s’exécuterait avec d’autant plus de facilité qu’outre la préférence marquée qu’il a toujours donnée aux Français, on a plusieurs fois éprouvé avec quelle fidélité il remplissait des engagements de cette nature. »

À ne pas oublier qu’à l’époque, Radama, grand admirateur de Napoléon, tient déjà les engagements qu’il prend vis-à-vis du gouverneur de Maurice.

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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