Notes du passé: Reconnaissance européenne pour Radama II

Publié le par Alain GYRE

Reconnaissance européenne pour Radama II

27.04.2016 Notes du passé

Notes du passé: Reconnaissance européenne pour Radama II

Si Radama Ier est le premier à choisir une politique d’ouverture à l’égard des Européens pour le « développement » du pays, la politique de sa femme Ranavalona Ire au contraire se caractérise par la tentative de fermer le pays à toute influence étrangère. Tous les auteurs étrangers sont unanimes à le souligner, certains relevés par l’archiviste paléographe Razoharinoro Randriamboavonjy.

Aussi l’accession au trône de Radama II, fils de Ranavalona Ire, est-elle accueillie très favorablement par les Européens. Le nouveau souverain et ses ministres sont considérés comme des « hommes du progrès » décidés à reprendre les relations avec les puissances européennes. Le roi est préparé dès son plus jeune âge à adopter une telle politique, grâce à l’éducation qu’il reçoit de Jean Laborde en particulier, et « grâce aussi à son tempérament qui avait en horreur les méthodes de sa mère Ranavalona ». Les Vazaha, Laborde d’abord, le père Finaz, Ellis et Lambert ensuite resteront des conseillers « occultes et efficaces » tout au long du règne très (voire trop) libéral de Radama II. Sans compter qu’il nomme des étrangers à des postes officiels: Clément Laborde au secrétariat des Affaires étrangères, William Marks pendant un certain temps succèdera à Rahaniraka au même ministère, à la mort de ce dernier.

En outre, dès 1862 Jean Laborde est reconnu consul de France avec résidence à Toamasina et Thomas Connoly Pakenham celui de la reine d’Angleterre. « Les deux puissances européennes antagonistes avaient désormais leur représentant en titre à Madagascar. » Représentation qui a toujours été formellement refusée par Ranavalona, méfiante quant aux relation à venir.

Enfin, les droits de douanes sont supprimés à l’exportation comme à l’importation « pour encourager le commerce » et parce que le roi « n’en avait plus besoin, sa mère lui ayant laissé suffisamment pour vivre ».

Ainsi, les grandes puissances s’empressent de témoigner à Radama II « leur faveur et leur joie ». Des missions arrivent de Maurice, de France et d’Angleterre pour féliciter le nouveau roi, lui apporter des cadeaux et « prendre connaissance des conditions nouvelles de leur pénétration à Madagascar ». Middleton conduit l’importante délégation mauricienne. Brossard de Corbigny arrive en avril 1862, avec des cadeaux de l’Empereur des Français. Le général Johnstone, envoyé de la reine d’Angleterre, le suit de près. En même temps, les missionnaires des diverses confessions affluent. Les catholiques vont entamer leur travail sur les Plateaux. Les protestants ne font que reprendre le leur. La concurrence dans le domaine religieux commence âprement. « La rivalité franco-anglaise se manifestera non seulement sur le plan du prosélytisme très zélé des missionnaires respectifs, mais aussi dans la recherche de l’extension des zones d’influence. »

Ainsi dès 1862, Lambert qui fait partie du groupe des « conseillers occultes étrangers » du souverain obtient la ratification de sa fameuse et exorbitante charte octroyée en secret par le prince héritier en 1855. Puis malgré l’hostilité de l’entourage du roi et des conseillers de droit, un traité est conclu avec la France.

« Dans ce traité, on oublia provisoirement les fameux droits de la France sur Madagascar et Radama s’engagea à ne céder aucun territoire à une puissance étrangère. » Parallèlement, l’Angleterre par le biais de son consul Pakenham « était alors décidée à défendre l’indépendance de Madagascar pour le grand bien de Maurice et à promouvoir la propagation de la religion chrétienne dans l’égalité de toutes les confessions devant la loi du pays ». À l’instar de Lambert, l’Anglais Caldwell obtient aussi sa charte!

Mais outre le traité, une «convention secrète» avec la France stipule, entre autres, que « l’Empereur des Français, se fiant au caractère général et aux intentions amicales du successeur de Ranavalona Ire, reconnaît Radama II roi de Madagascar et renonce aux droits que la France avait proclamés jusqu’à ce jour concernant sa souveraineté sur l’île… Le roi Radama, pour sa part, reconnaît les droits spéciaux de la France sur ses anciens établissements ou sur les parties du territoire acquises par elle en vertu de traités particuliers conclus avec des chefs indépendants, antérieurement à la présente convention ». » Celle-ci, élaborée à l’époque du ministre français des Affaires étrangères Thouvenel, est annulée par son successeur Drouhyn de Lhuis. « Elle avait été le résultat du travail de Jean Laborde et de Dupré. » Si les Européens sont très contents de la politique d’ouverture de Radama II à la « civilisation » et au « développement », il en est autrement en ce qui concerne la plupart des élites malgaches.

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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