Notes du passé: Un immense réseau ferroviaire pour une Grande île

Publié le par Alain GYRE

Un immense réseau ferroviaire pour une Grande île

21.04.2016 Notes du passé

Notes du passé: Un immense réseau ferroviaire pour une Grande île

Dès 1898, la question de la création des chemins de fer occupe les conversations des Français en toute circonstance. C’est le cas lors du second dîner mensuel de l’Union coloniale et du Comité de Madagascar, le 28 janvier à l’hôtel Terminus, à Analakely, animé par M. Grosclaude.

À cette époque, deux des nombreux projets proposés retiennent l’attention des convives. Le premier relie Toamasina à Antananarivo. Le travail accompli par les auteurs (Duportal, Vieutemps, le colonel Marmier et les commandants Goudard et Roques) est des plus complets et ne devrait plus nécessiter d’études nouvelles pour être exécuté.

Le second porte sur la voie qui partira de Fianarantsoa pour rejoindre la côte Est. Et de la capitale du Betsileo, elle pourrait se prolonger au Nord jusqu’à Antananarivo. « Ce tracé d’une voie traversant le riche pays du Betsileo est très séduisant, surtout si l’on conçoit qu’il puisse être complété jusqu’à la capitale, d’où se détachera un embranchement allant vers la côte Ouest. »

Complétant cette conception, M. Grosclaude parle d’une voie qui relierait ce réseau à Antsiranana, « la tête de ce grand organisme qu’est Madagascar ».

Si le réseau oriental est jugé prioritaire, la possibilité d’atteindre la côte Ouest mérite néanmoins d’être étudiée, le littoral n’étant séparé de l’Afrique du Sud que par le canal de Mozambique. Ceci est d’autant plus intéressant que l’Afrique du Sud est « un immense territoire de consommation » et des rapports commerciaux s’établiront inévitablement, tôt ou tard, entre le continent et la Grande ile. Relations qui existent déjà à travers « les boutres qui, au hasard des razzias des chefs sakalava, venaient s’approvisionner à la côte malgache ».

Grosclaude entre ensuite dans le domaine pratique en abordant les deux propositions de réalisation du projet. La première est la méthode américaine: elle comporte une option aux termes de laquelle si, après études, on passe à l’exécution, le capital recevra comme rémunération des concessions territoriales de très grande étendue.

Mais l’orateur n’en cache pas les inconvénients: aucune certitude d’exécution et dans le cas où le contrat aurait une suite, immobilisation entre les mains de la compagnie concessionnaire d’immenses territoires à son choix. Ce qui ne laissera presque plus rien aux colons.

La seconde proposition est basée sur une garantie d’intérêts accordée par la Métropole au capital engagé. Cependant, le terme « garantie d’intérêt » soulève des objections, car « on a pu craindre que le Parlement répugnât à assumer la responsabilité d’une garantie supportée par le budget métropolitain ». Mais les auteurs de la proposition accepteraient une « simple garantie de trafic ».

Quant au commandant Roques, il intervient pour soumettre des observations sur les conditions techniques d’établissement des chemins de fer.

Quatre éléments principaux sont à prendre en compte dans la construction de toute voie ferrée. À commencer par la constitution minéralogique des terrains que traverse le tracé. Selon que ces terrains opposeront à l’outil une plus ou moins grande résistance, selon que les remblais qu’ils fourniront ou que les tranchées qui y seront creusées, seront plus ou moins faciles à consolider ou à entretenir, les travaux de terrassement seront plus ou moins coûteux.

Vient ensuite la configuration topographique des régions dans lesquelles se développera la ligne projetée. C’est de cet élément que dépendront le cube des terrassements et le nombre ainsi que l’importance des ouvrages d’art.

Enfin, il y a la différence de niveau à franchir et la distance à parcourir.

Ainsi, étant donné la configuration générale et la constitution géologique de la Grande ile, « quel que soit le point de la côte d’où l’on partira pour atteindre le plateau central, quelle que soit l’ingéniosité que l’on dépensera à choisir son itinéraire, il faudra toujours, sauf dans les environs immédiats de la côte, circuler dans cette argile dont la couleur a valu à notre colonie son surnom de Terre rouge. » Enfin, quel que soit le tracé adopté,« les flancs des collines sur lesquels il cheminera auront toujours la même raideur qui est celle des anciennes pentes rocheuses et seront coupés de ravins aussi nombreux et profonds ».

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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