Notes du Passé: Un Livre jaune pour le Parlement français

Publié le par Alain GYRE

Un Livre jaune pour le Parlement français

12.04.2016 Notes du passé

Notes du Passé: Un Livre jaune pour le Parlement français

Au moment de la rentrée des Chambres parlementaires en 1896, le gouvernement français fait distribuer un recueil de documents, intitulé « Le Livre jaune», sur les affaires de Madagascar et déjà annoncé deux mois plus tôt.

Il contient une série de documents publiés- pas moins de 71- qui « prouvent la sagesse et la continuité de notre politique dans l’île depuis 1885, en même temps qu’elle justifie le cabinet Ribot des reproches un peu faciles qu’on lui adressa d’avoir sacrifié les intérêts français lors de la conclusion du premier Traité de Tananarive », à l’issue de la guerre franco-merina de 1883-1885.

L’un des premiers documents contient les instructions données par de Freycinet à Le Myre de Vilers, lorsque ce dernier est nommé résident général en 1886. Elles peuvent se résumer en quelques mots: s’abstenir de toute immixtion dans les affaires intérieures de l’île; éviter tout ce qui pourrait inutilement porter ombrage aux Merina; diriger ce peuple par de sages conseils dans la voie du progrès; et ne rien faire qui puisse nourrir les hostilités.

Toutefois, le Livre jaune reste muet sur l’administration ultérieure de Le Myre de Vilers.

Les documents suivants sautent tout de suite en l’année 1891, au moment des difficultés soulevées par la question d’exequatur à accorder en particulier à MM. Tappenbeck, consul d’Allemagne, et Campbell, son homologue des États-Unis. « Le Premier ministre (Rainilaiarivony) consentait bien à recevoir leur demande de la main de notre résident général, mais il se refusait obstinément à répondre par son intermédiaire. »

Puis, il y a un intervalle de deux ans, mais la question de l’exequatur n’est toujours pas réglée ni par Bompard ni par Lacoste, successeurs de Le Myre de Vilers. Dans tous les cas, les Français se sentent menacés de dangers bien plus graves. « Le Premier ministre fait de grandes commandes d’armes en Europe et menace de reprendre la ligne télégraphique qui fonctionne entre Tananarive et Tamatave; il veut nous isoler dans l’intérieur de l’île. »

Larrouy fait des reproches au Premier ministre et lui demande des explications. Rainilaiarivony réplique que les armements ont pour but « de réprimer le banditisme des Fahavales ». Il ajoute de surcroît, qu’il a le droit de commander les armes qui lui conviennent pour finir par refuser toute réponse à la question du résident général.

« La guerre devenait inéluctable. » Le gouvernement français juge d’abord qu’il suffit de renforcer la garnison de Diego-Suarez et de surveiller étroitement les côtes pour empêcher tout débarquement d’armes et ainsi éviter la guerre. Ces mesures n’ont cependant aucune influence sur les dispositions du gouvernement hova. Celui-ci s’obstine à envisager « la perspective d’une action énergique de la France à Madagascar comme fort éloignée et invraisemblable ».

En imaginant le pire, Rainilaiarivony « espérait que, grâce à ses armements et aussi aux difficultés qui s’opposaient à la marche d’une armée européenne sur Tananarive, il parviendrait peut-être à vaincre nos efforts et, dans tous les cas, à les lasser ».

Devant ces dispositions, le cabinet Dupuy n’hésite plus. Pour faciliter le déplacement des résidents français de la capitale, il envoie une mission extraordinaire dont le but est « d’amuser » les Merina et éviter de leur part tout mouvement offensif jusqu’à ce que les Français atteignent la côte.

Confiée à Le Myre de Vilers, la mission a comme instructions d’appliquer « la seule solution pouvant empêcher le retour de tout conflit ». Elles se résument ainsi:

« renforcer, dans la proportion qui nous paraîtrait convenable, l’effectif du détachement stationné dans la capitale; au besoin, pouvoir envoyer dans l’intérieur de l’île ou débarquer sur les côtes des forces suffisantes pour prévenir ou réprimer les désordres dont nos compatriotes pourraient avoir à souffrir dans leurs personnes ou dans leurs biens ».

Les instructions précisent, enfin, que si le gouvernement malgache se dérobe en faisant traîner les discussions, Le Myre de Vilers enverra un ultimatum au Premier ministre pour qu’il donne sa réponse dans un délai déterminé; son silence sera considéré comme « une fin de non-recevoir ».

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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