Notes du passé: Une alternative à trois faces pour Duchesne

Publié le par Alain GYRE

Une alternative à trois faces pour Duchesne

14.04.2016 Notes du passé

Notes du passé: Une alternative à trois faces pour Duchesne

La dernière partie du « Livre jaune » français renferme les instructions adressées au général Duchesne, commandant en chef du corps expéditionnaire, et à Ronchot, délégué du ministère des Affaires étrangères. Le « Livre jaune » est le recueil de différents documents sur les affaires de Madagascar distribué au Parlement français (lire précédentes Notes).

Ces instructions parlent du second Traité- le premier date de 1885- à imposer à la reine Ranavalona III et de la ligne de conduite à observer au cours de la campagne si le gouvernement malgache cherche à ouvrir des négociations.

D’après le ministre des Affaires étrangères, M. Hanotaux, « ou bien le gouvernement malgache, venant immédiatement à résipiscence, s’efforcera de traiter au cours de votre marche sur Tananarive; ou bien il attendra pour se soumettre que nos troupes se soient emparées de cette ville; ou bien encore, poussant la résistance jusqu’à ses dernières limites, il abandonnera la capitale pour se retirer dans le Sud ».

Des actions sont donc à mener en fonction de cette alternative.

Dans le premier cas, Duchesne et Ronchot signeront le traité à condition que leurs vis-à-vis malgaches, envoyés par la reine et le Premier ministre, soient munis de pouvoirs réguliers et autorisés à signer pour la partie malgache. Cela ne doit pas pour autant interrompre la montée du corps expéditionnaire français vers l’Imerina, car « quelles que soient les dispositions du gouvernement hova, la prise de possession de Tananarive doit être la première condition de paix ».

Dans la deuxième option, si les troupes de l’expédition arrive à Antananarivo et se trouve en présence d’un pouvoir régulièrement constitué, Duchesne devra faire signer le traité par celui-ci et une garnison sera installée dans la ville.

Si la Cour abandonne la capitale, les troupes françaises auront à la poursuivre et à la rattraper.

« Affaiblie par l’effet moral qu’aurait produit sur la population l’entrée de notre troupe dans la capitale, manquant probablement de vivres, peu apte à prendre des décisions et à s’organiser au milieu d’évènements aussi graves, elle prolongera d’autant moins sa résistance qu’on ne lui laisserait pas le temps de se reconnaître. »

Dans les trois cas de figure, la marche du corps expéditionnaire doit être rapide et se faire pendant la saison sèche pour ne pas éreinter et affaiblir les soldats.

Concernant la signature de la convention (ou du traité), les instructions de Duchesne mettent également l’accent sur la nécessité de traiter avec un @

« Vous ne devrez donc rien tenter pour enlever son trône à la reine Ranavalona. Il n’y aurait même que des avantages à ce que ce fût la souveraine elle-même qui prit l’initiative des pourparlers devant amener la soumission des Hovas… »

Bref, le ministre Hanotaux recommande expressément à Duchesne d’éviter, autant que faire se peut, de porter atteinte à l’état des choses existant à Madagascar. Il prévoit déjà d’utiliser l’organisation politique et administrative de la Grande île pour le fonctionnement du protectorat à ses débuts.

Il insiste aussi à ce que les populations locales soient traitées « avec un grand esprit de justice » et qu’il leur soit témoigné « toute la bienveillance » conciliable avec le souci de la sécurité des troupes françaises et exigences des opérations militaires. « Il sera impolitique de froisser sans nécessité leurs mœurs, leurs intérêts et même leurs préjugés… »

Les instructions abordent aussi le cas des Sakalava, en particulier, celui des « populations indépendantes ou semi-indépendantes » en général. Les Français devront « se tenir envers elles sur une grande réserve ». Ils doivent surtout éviter de leur faire des promesses « que peut-être nous ne pourrions tenir à l’avenir ».

Le ministre Hanotaux parle enfin des premières réformes à réaliser concernant « l’amélioration du régime de la corvée, la suppression progressive de l’esclavage et l’organisation de l’administration judiciaire ».

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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