Pierrot Men et Rija Solo : « Les photographes doivent se faire payer par le plaisir »

Publié le par Alain GYRE

Pierrot Men et Rija Solo : « Les photographes doivent se faire payer par le plaisir »

Pierrot Men et Rija Solo : « Les photographes doivent se faire payer par le plaisir »

Un récit, une information et un sujet bien précis, ce sont souvent ce que Rija Solo conjugue dans ses photos. Ici, un exemple tiré de sa série « Atsimo ».

02.04.2016

Deux générations de photographes se rencontrent. Pierrot Men et Rija Solo partagent leur vision de l’art de la photographie.

• Comment percevez-vous la photographie à Madagascar ?

Pierrot Men : Quand j’ai commencé la photographie, il y avait peu de photographes dans la Grande ile. Je parle là de photographes d’auteur, comme le fameux Dany Be, entre autres, ou encore RaMily. J’ai donc travaillé pratiquement seul, porté par cet amour de la photographie. Pour moi, c’est une toute autre façon de voir le monde et d’être bien dans ma peau. Avec l’arrivée du numérique, les photographes sont devenus assez nombreux. Ils sont alors devenus forts en techniques, mais en ce qui concerne la photographie d’auteur, il y a toujours eu une carence. Puis une autre catégorie de photographes émerge, comme Rija Solo qui apporte un regard neuf sur le pays et cet art qu’est la photographie. En fait, les vrais photographes professionnels restent, selon moi, trop peu nombreux par rapport à d’autres pays où, au contraire, il y en a tellement.

Pierrot Men et Rija Solo : « Les photographes doivent se faire payer par le plaisir »

Pierrot Men, de son vrai nom Chan Hong Men Pierrot, se plait à immortaliser la vie dans la Grande ile, à travers ses clichés, depuis plus de quarante ans.

Pierrot Men, de son vrai nom Chan Hong Men Pierrot, se plait à immortaliser la vie dans la Grande ile, à travers ses clichés, depuis plus de quarante ans.

Rija Solo: Pierrot Men a bien résumé l’histoire de la photo à Madagascar. Le fait est qu’il fut un temps où plus rien ne s’est passé dans la photographie d’auteur, plus précisément dans les années 1990 et 2000. Quand je suis revenu de France en 2011, il y avait déjà une nouvelle forme de photographie qui s’est découverte, la commerciale amenée par de jeunes photographes. Ils sont effectivement bons en techniques et en studio, mais le problème est qu’il leur manque une culture générale de la photo, voire une culture générale de l’art, pour avoir cette vision d’auteur sur la photo. Au contraire, de plus en plus de jeunes cinéastes malgaches commencent à s’imprégner de cette vision d’auteur. C’est pourquoi le cinéma est bien intégré dans la culture malgache.

• Comment expliquez-vous ces contrastes entre la photographie d’auteur et le photojournalisme ?

Pierrot Men : Quand on parle de photojournalisme, il y a plusieurs façons de l’aborder. Dans ce cas, la photo peut illustrer de manière artistique, mais elle peut aussi relater une information. Cela dépend de la manière de raconter les choses, en tant que photographe. Pour ma part, je reste fidèle à mes premières aspirations, avec cette manière propre que j’ai de voir les choses.

Rija Solo: Une fois encore, je rejoins Pierrot. Le contraste entre les deux réside dans le fait que le photojournalisme se doit de relater une histoire réelle, nécessaire au grand public, tandis que la photographie d’auteur raconte des histoires plus personnelles, intimes et subjectives. L’idée n’est pas de fournir une documentation, contrairement aux photographes de presse qui excellent d’ailleurs dans ce domaine. Ils sont talentueux, mais dans leur majorité, ils sont contraints de se limiter aux seules attentes de leurs organes de presse. Ainsi, sur le plan artistique, le photojournalisme est assez limité. Pourtant, on peut illustrer de manière artistique un reportage, comme je le fais.

Pierrot Men et Rija Solo : « Les photographes doivent se faire payer par le plaisir »

On peut dire de lui qu'il est le jeune protégé de Pierrot Men. Rija Solo est aussi talentueux que créatif dans le domaine du photojournalisme et il a, entre autres, déjà collaboré avec Le Monde, Libération et Jeune Afrique.

On peut dire de lui qu’il est le jeune protégé de Pierrot Men. Rija Solo est aussi talentueux que créatif dans le domaine du photojournalisme et il a, entre autres, déjà collaboré avec Le Monde, Libération et Jeune Afrique.

• Vous représentez deux générations, deux styles particuliers. Quels sont vos sujets de prédilection respectifs ?

Pierrot Men : Je n’ai pas de sujets ou de thématiques spécifiques. Je photographie tout, j’attends que les thèmes viennent à moi. Partout où l’on va, on peut facilement figer plusieurs sujets à travers la photographie. Sous différents angles et points de vue. Qui sait Peut-être à peine serais-je de chez moi que je réaliserais la photo parfaite. C’est ma manière de raconter les choses. Je m’intéresse à la vie de tous les jours et je me plais autant à photographier la nature morte que des paysages ou des portraits.

Rija Solo : Je suis d’une autre génération de photographes, mais cette génération a été influencée par l’illustre Pierrot Men. Cependant, ayant acquis une formation professionnelle de reporter photographe, j’ai besoin d’avoir un sujet, un cadre dans lequel je capte un moment et une histoire en particulier. Des photos qui ne sont pas nécessairement des photos journalistiques, mais peuvent être aussi des photos d’auteur. Si Pierrot est très libre dans ce qu’il fait, moi j’ai surtout besoin d’un sujet à approfondir.

. Que pensez-vous de la génération actuelle ?

Pierrot Men : Ici tout le monde est autodidacte, nous n’avons pas d’écoles de photographie et d’art. Ce qui explique sans doute la passion éprouvée par les jeunes actuels pour la photographie. Mais ils doivent arrêter ce que j’appellerais la « photographie du ventre », les photos de mariage, les photos à seul but commercial, même s’ils peuvent être très bons dans ces domaines. Car il y a tellement d’autres choses à découvrir et à immortaliser dans ce pays. Une photo vaut mille mots et ces jeunes doivent y prendre plaisir. Les photographes doivent se faire payer par le plaisir. Quand une photo est très bonne, elle nourrit son auteur.

Rija Solo: Je suis à 200% d’accord avec Pierrot et j’ajouterais qu’il faut prendre le temps d’échanger et d’aller à la rencontre d’autres photographes. Qu’ils aient des échanges d’idées tout en « éduquant leur œil » pour se documenter. Pour mieux connaitre les normes de la photographie, ainsi que cette culture de l’art qui est important selon moi.

• Vos projets dans l’immédiat

Pierrot Men: Je continuerai toujours la photo aussi longtemps que possible, tout simplement. En ce qui concerne les expositions, d’avril à juin, j’exposerai mes œuvres en Belgique et vers le 26 juin, je serai à Nantes.

Rija Solo: À partir du 5 mai, j’expose ma série de photos intitulée « Atsimo » à l’Is’art Galerie à Ampasanimalo pendant un mois. Le même mois, la revue « Fragment » sortira avec un éditeur de La Réunion qui nous a sélectionnés, Henintsoa Rafaly et moi pour une résidence artistique à Antsiranana, avec un photographe de Mayotte et un autre de La Réunion. Des nouveautés sont ainsi à prévoir.

Andry Patrick Rakotondrazaka

http://www.lexpressmada.com/

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