Notes du passé: Antananarivo, le centre des affaires de l’île

Publié le par Alain GYRE

Antananarivo, le centre des affaires de l’île

11.05.2016 Notes du passé

Notes du passé: Antananarivo, le centre des affaires de l’île

L’ouverture des voies de communication au début du XXe siècle transforme complètement le rôle commercial d’Antananarivo, jusque-là assez limité. Cinquante ans plus tard, la capitale devient le principal centre des affaires de Madagascar.

Plusieurs raisons l’expliquent. Entre autres, c’est la région la plus peuplée; et par son association avec le grand port de l’Est, grâce au développement des systèmes ferroviaire et routier, elle se trouve régler le trafic de la plus grande partie des Hautes terres qui compte environ le tiers de la population de l’ile. « Et le tiers le plus doué, le plus évolué, le plus laborieux » (Charles Rouquain). Ainsi, « Tananarive au milieu de cette masse de producteurs et de consommateurs était bien placée pour concentrer et pour distribuer ».

Au fur et à mesure de sa croissance, la ville doit faire appel à des régions de plus en plus éloignées pour assurer son ravitaillement.

« Le temps est loin où nobles et propriétaires vivaient des redevances qu’on leur apportait. Il faut maintenant échanger et pour obtenir ce dont elle a besoin, la ville doit proposer à ses fournisseurs des marchandises contre lesquelles ils consentiront à livrer leurs produits. » C’est le marché de l’esplanade d’Analakely, et notamment celui hebdomadaire du Zoma, qui reçoit des milliers de marchands pour exposer leurs produits, depuis les fleurs jusqu’à l’ameublement et la confection en passant par les légumes, les fruits et surtout le riz. Mais aussi les produits de l’élevage et laitiers, le bois de construction, de chauffe et le charbon, etc.

À la capitale en retour de distribuer les produits importés d’Outre-mer, l’une de ses plus fructueuses activités. En premier lieu, ils sont représentés par des tissus de coton en particulier. Ensuite, les ouvrages en métaux: pièces de charpente pour la construction, machines et mécaniques, outillage et toute la quincaillerie et bimbeloterie « qui prend une place de plus en plus grande dans le mobilier des Malgaches. »

Les opérations d’import-export sont pratiquées par des sociétés, dont plusieurs ont leur siège social en France: la Compagnie lyonnaise de Madagascar; la Compagnie marseillaise de Madagascar; la Société industrielle et commerciale de l’Emyrne; la Compagnie coloniale; la Compagnie générale; les Établissements Gratry. A ces grandes entreprises, sociétés anonymes aux actions cotées en Bourse, il faut ajouter un assez grand nombre de sociétés de personnes ou à responsabilité limitée qui ont leur siège à Antananarivo et dont l’activité est assez importante pour atteindre voire dépasser des chiffres d’affaires de l’ordre d’un milliard de francs CFA.

Le trait caractéristique du commerce de la capitale est, en effet, « son aptitude à négocier des marchandises de toutes natures, à se livrer à des opérations diverses et à étendre son rayon d’action à l’ile entière. Ainsi s’explique le volume considérable des opérations et transactions comptabilisées à Antananarivo, où s’interpénètrent souvent le produit d’activités multiples à la fois commerciales, industrielles et agricoles ».

Ces affaires de très grande envergure s’appuient sur un système bancaire très concentré. Le doyen des établissements de crédit est le Comptoir national d’escompte de Paris qui, en 1888, a ouvert une succursale dans la capitale à la demande du gouvernement français. Il opèrera seul longtemps. L’organisation bancaire sera renforcée par la création du Crédit foncier de Madagascar en 1919, par l’ouverture de la Banque de Madagascar en 1925, par la réorganisation du Crédit agricole en 1939, par l’installation, en 1944 d’un représentant de la Caisse centrale de la France d’Outre-mer, par la création du Crédit de Madagascar et de la Société immobilière de Mada­gascar en 1951.

Le système est entièrement dirigé à Antananarivo et cette centralisation bancaire est née de celle de l’Administration et génère celle du commerce. La Banque de Madagascar, institut qui détient le privilège d’émettre le papier-monnaie ayant seul cours dans l’ile, est la clé de voute du système bancaire, en particulier parce qu’elle réescompte les effets des autres banques de la place.

« En définitive, tout ce qui s’intéresse à la circulation des marchandises dans Madagascar, se doit d’être représenté à Antananarivo. » C’est ainsi que les compagnies de navigation et celles aériennes y établissent leur direction, pour toute l’ile. De même, les compagnies d’assurances maritimes s’y installent aussi. « Tananarive est devenue le premier centre commercial de Madagascar avec des ramifications sans cesse plus nombreuses vers les pays voisins. »

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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