Notes du passé: Des compagnies au programme imprécis

Publié le par Alain GYRE

Des compagnies au programme imprécis

18.05.2016 Notes du passé

Notes du passé: Des compagnies au programme imprécis

Pronis, en route pour Fort-Dauphin est chargé de la direction de la Colonie et en mai 1643, avec le premier navire armé par la Compagnie, il reçoit le pouvoir de parler au nom du roi. « Ce qu’on recherche en vain dans l’acte de société, c’est le programme précis de l’exploitation des richesses qu’on allait transférer de Madagascar en France; on n’y trouve même pas une allusion à la nature de ces richesses » (Edmond François, lire notre précédente Note). Une imprécision qui provoque l’échec de l’entreprise.

« On conçoit sans peine l’incertitude, les inquiétudes des premiers chefs venus dans un pays inconnu, sans programme et à peu près sans moyens pour charger des navires qui devaient, tous les quatre ou six mois, emporter vers la France des richesses de toutes natures. » Les Antanosy sont habitués à échanger avec des équipages européens bœufs, riz et fruits contre perles ou miroirs. Mais il faut tirer de « ces procédés amicaux » la matière de cargaisons à livrer à périodes fixes et devant totaliser « un millier de tonnes ». L’inventaire des richesses « visiblement exploitables » est vite fait et après quelques livraisons d’essai, on constate que les chargements se constituent de bois, de gommes, de cire d’abeille et surtout de peaux.

Mais les bœufs ne sont pas nombreux en Anosy et les habitants se refusent à s’en séparer.

« Les roitelets qui se partageaient l’autorité et le terrain, prélevèrent bien sur leurs troupeaux la rémunération des soldats français qui les aidaient à battre les chefs voisins, mais cela ne pouvait faire au total qu’un maigre troupeau. » Les directeurs doivent ainsi en venir à la réquisition « en vertu d’une autorité que les indigènes ne pouvaient concevoir ». Il faut donc user de la force, mais la guerre et la répression ne peuvent pas non plus faire vivre la Colonie. Le gouverneur doit organiser des expéditions lointaines jusqu’aux troupeaux de l’Androy et du pays mahafaly.

En France, les dirigeants de la Compagnie prévoient bientôt « une autre forme d’exploitation plus logique et en apparence plus sûre ». Chaque navire amène de France ouvriers et paysans avec leurs outils et des semences. Mais toujours pas de programme, hormis l’instruction en 1644 de produire du tabac. Résultat: les « exilés doivent bien vite laisser leurs outils pour prendre les armes tombées des mains des soldats, car la mort fauchait largement parmi ces pionniers». Décès provoqués surtout par la fièvre et la dysenterie. Rue de la Verrerie, on ne se rend pas compte de la situation exacte et on accuse vite « l’incapacité et l’esprit de lucre des directeurs » de tous les insuccès. Directeurs et actionnaires persévèrent néanmoins durant douze ans, au terme desquels ils procèdent à une refonte de la société.

Cependant depuis 1653, celle-ci trouve un concurrent, le duc de La Meilleraye, un grand ami de Fouquet. Il souhaite se substituer à la « Compagnie dépérissante ». On tente alors un « amalgame » de ces deux parties sans parvenir à un accord. Ainsi, une troisième Compagnie des Indes et La Meilleraye envoient chacun de son côté des navires à Fort-Dauphin et se disputent le personnel et les directeurs de la Colonie sans pour autant la rendre prospère et en tirer le bénéfice des capitaux investis. Au contraire, elle connaît les pires difficultés: pas de ravitaillement et donc rien à attendre des Antanosy. Mais si les actionnaires de la Compagnie se découragent, La Meilleraye, lui, persiste dans son entreprise. En 1663, il arrive à convaincre Colbert de créer à Madagascar et « ses satellites Bourbon et les Comores », un vaste établissement qui fournira du coton, de la soie, du cristal de roche, de l’ébène et du riz.

En outre, la Colonie mettra à la disposition de la flotte commerciale assurant la liaison avec les Indes, une base sûre et un point de relâche protégé. « Il suffisait, dit-il, d’une flotte de six navires pour assurer la continuité de la France avec sa colonie de l’océan Indien. » Ce projet préconise aussi l’installation de 750 soldats et colons pour garder et défendre la Colonie. La mort de La Meilleraye vient interrompre la réalisation de ses projets. Mais le nouveau roi « qui profite de cette disparition » fait siens les buts de Louis XIII et de Richelieu et « revivifie » la Compagnie des Indes. Louis XIV est, de plus, encouragé par un groupe de marchands de la Rochelle, de Tours, de Nantes qui lui présentent un autre projet de Compagnie des Indes au capital de 100 000 écus et lui demandent de s’associer à leur entreprise et d’accorder à la société « le monopole du commerce à Mada­gascar, le droit d’armer leurs navires contre les corsaires et d’interdire aux étrangers la navigation dans les eaux de Madagascar ».

« On substituerait un trafic français au commerce des Hollandais qui fournissaient chaque année à la France trois millions de livres d’épices et deux millions de soieries. » Le roi veut pourtant rester le maître en cette affaire pour que la Compagnie ne néglige pas « l’intérêt national ». Tout est donc fait pour intéresser le plus grand nombre d’actionnaires et l’intervention directe de Louis XIV ainsi que la publicité mise en œuvre provoquent « une grande agitation »: hommes de cour et marchands prennent contact pour l’étude des voies et moyens de « cette croisade nationale ».

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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