Notes du passé: Des gisements cuprifères jugés inexploitables

Publié le par Alain GYRE

Des gisements cuprifères jugés inexploitables

20.05.2016 Notes du passé

Notes du passé: Des gisements cuprifères jugés inexploitables

De nombreuses manifestations cuprifères sont connues à Mada­gascar. L’on peut même parler de « provinces cuprifères », telles Vohibory dans le Sud-ouest de l’ile et Vohémar dans le Nord-est. Pourtant, sous la colonisation, d’importants et longs travaux du Bureau minier et foncier de la France d’Outremer, succédant aux recherches du Service des mines et du Service géologique, ne mettent pas en évidence de gisements exploitables. Le BRGM poursuit dans les années 60 des recherches de gisements stratoïdes dans les terrains sédimentaires. Selon Henri Besairie (Gites minéraux de Madagascar), on ne peut retenir que « deux petits gisements inexploitables du fait de réserves et de teneurs insuffisantes». L’auteur cite ainsi Besakoa à Vohibory et Ambatovarahina à Ambatofinandrahana.

C’est en 1884 que le gouvernement merina fait prospecter cette dernière région, dans le centre de l’ile, pour se procurer du cuivre et du plomb pour les besoins de son armée. L’exploitation commence peu après, dirigée par Rigaud. Les deux gisements travaillés sont Ambatovarahina et Ambato­fangehana, mais on gratte aussi des affleurements de plusieurs autres petits gites.

La méthode métallurgique est très primitive. Au moyen du soufflet malgache, fait de deux cylindres à pistons, on active le feu d’un petit fourneau en argile contenant quelques kilos de minerai qui fond et s’écoule par un tuyau. En 1892, il existe à Ambato­varahina une vingtaine de ces fourneaux. Peu après, pour augmenter le rendement, on fait transporter le minerai à Antananarivo par 1 500 corvéables. « Le plomb servait à faire des balles. » L’exploitation s’arrête en 1895. Dès 1898, Gallieni fait procéder par Villaume à un premier inventaire des gisements. Par la suite, de nombreux prospecteurs comme Haag, Holste, Dumas, la Société de l’Anasa, Pachoud et Jamet effectuent diverses recherches.

En décembre 1907, Pachoud devient propriétaire du gisement d’Ambatovarahina, transformé en concession en décembre 1909. En 1908-1909, il commence l’extraction, construit trois fours à soufflerie catalane et produit en 1909, douze tonnes de cuivre qui sont réalisées à Swansea.

En 1910, Levat donne la première description du gisement. Le gouverneur général Picquié fait commencer, l’année suivante, la route Ambositra-Ambatofinan­drahana qui dessert la mine. Lacroix visite le gisement la même année et étudie la géologie régionale. En 1912, Grandjean, professeur à l’École des mines de Paris, envoyé par la banque d’Abbadie, étudie le gisement durant un mois, secondé par le maitre mineur Amiel. À la même époque, en mission du gouvernement général, Perrier de la Bathie se penche sur tous les gisements signalés et établit la première carte géologique.

En 1915, Pachoud, démobilisé, reprend les travaux. L’année suivante, cinq cent tonnes de minerai sont extraites. On construit un four, un canal d’amenée d’eau pour une roue Pelton actionnant un ventilateur. Le chimiste Arrowsmith est engagé en 1917 et livre en février 1918, onze tonnes de cuivre. La même année, Pachoud propose une association au gouvernement général qui, par arrêté du 18 octobre 1918, prend une option sur la mission. Les travaux souterrains comportent alors plus de cinq cents mètres de travers-bancs et galeries. Dès la fin de 1918, les travaux reprennent, dirigés successivement par Lebuy puis Pradier, ingénieurs du Service des mines. En décembre 1922, une récapitulation des travaux est faite alors par l’ingénieur Duclos qui calcule des réserves de mille tonnes de plomb métal.

Cependant, la poursuite des travaux est jugée trop onéreuse pour le budget général et le gisement est mis en adjudication, le 1er octobre 1923. Aucune soumission n’étant présentée, la concession est transférée au nom de Pachoud-Colonie puis mise en sommeil. Par la suite, la région d’Ambatofinandrahana est étudiée par Lenoble puis, après la guerre, par plusieurs géologues, Emberger pour le service géologique, Obelliane pour le CEA, Orloff et Robson pour une étude préliminaire du Bureau minier.

De 1957 à 1959, celui-ci effectue la prospection détaillée d’un permis général de recherches de 1900km², centrée sur Ambato­finandrahana. Il reprend l’étude du gisement d’Ambatovarahina, le plus important, pour arriver à indiquer des réserves probables totales de 550 000 tonnes de minerai à 0,3% Cu. « Soit 1 500 tonnes de cuivre métal ou des réserves probables partielles de 1250 tonnes incluses dans 155 000 tonnes de minerai titrant de 0,7 à 1,1% Cu. Ces chiffres sont jugés insuffisants pour justifier une mise en exploitation. »

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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