Notes du passé: Des vice-rois à Fort-Dauphin

Publié le par Alain GYRE

Des vice-rois à Fort-Dauphin

19.05.2016 Notes du passé

Notes du passé: Des vice-rois à Fort-Dauphin

Le 1er septembre 1664, Louis XIV accorde des lettres patentes à la Compagnie des Indes de l’Orient- quatrième du nom- qui reçoit de ce fait « en toute propriété » l’île de Madagascar et bénéficie du privilège de la navigation dans les mers des « Indes de l’Orient » durant cinquante ans, à compter du départ de la première flotte. Cette fois, un décret du 26 octobre 1664 informe des volontés du roi touchant « les méthodes de colonisation à employer, notamment en ce qui concerne la justice qui devrait être rendue aux Malgaches et aux Français sans aucune distinction » (Edmond François, lire précédentes Notes).

Auparavant, le 5 juin, 300 actionnaires s’assemblent et désignent 12 syndics qui fixent à 15 millions le capital et procèdent à l’émission des actions. Grâce à une lettre du roi, on sollicite la Cour, la noblesse, le clergé, les municipalités, les échevins et enfin les fonctionnaires. Le roi annonce qu’il consacre personnellement trois millions pour la formation du capital et « qu’il renonçait à tous intérêts sans pour cela se dérober aux risques de l’affaire».

Peu après on recrute colons et soldats, ouvriers de toutes corporations et cultivateurs à qui on garantit les frais de déplacement, la nourriture pendant la traversée et les trois premiers mois suivant le débarquement, et surtout des salaires ou le moyen d’y gagner leur vie. On décide également d’envoyer dans tout Madagascar des ouvriers et spécialistes divers pour recueillir les échantillons de toutes les matières utiles qu’on pourrait y trouver: 400 artisans se présentent que l’on dirige sur Brest en vue de leur embarquement. Le 7 mars 1665, une première flotte de quatre navires avec plus de 500 000 livres de marchandises quitte Brest avec, à son bord, le gouverneur de la Colonie, de Beausse, et son adjoint, Montaudon. Ils meurent quelques mois après leur arrivée à Fort-Dauphin, remplacés par de Champmargou qui assure l’intérim.

Pendant ce temps, Louis XIV et Colbert parachèvent l’organisation de la Colonie: 12 directeurs sont installés à la tête de la Compagnie; des décisions sont prises pour élargir le champ d’actions de la Colonie jusqu’à Bourbon et aux Indes; le gouverneur de Madagascar est élevé au rang de vice-roi qui a le pouvoir d’attribuer des fiefs de noblesse et de distribuer des titres. « Je n’ai pas trouvé la preuve que les gouverneurs usèrent en Anosy de ce pouvoir qui visait un essai, sans doute un peu naïf, d’assimiler des autochtones. »

De Montdevergue est le premier vice-roi pour remplacer de Champmargou. À son arrivée au Fort Dauphin, il trouve la Colonie dans la pire des situations et la population européenne réduite à 60 colons qui ne s’éloignent guère du fort. Une fois de plus « les accusations déjà portées dans le passé, taxant le personnel de la Colonie d’incompétence et de prévarication » apparaissent. Néanmoins, Louis XIV reste « le plus calme et le plus persévérant des actionnaires » et il ne se trouble pas outre mesure des rapports émanant de Mada­gascar. Ses projets coloniaux « prenaient corps, même lorsque le fort était en proie au gâchis ». Tout en tançant sévèrement le vice-roi de Montevergue, il sollicite de nouvelles souscriptions à employer à l’amortissement des pertes. Pour encourager les souscripteurs et obtenir d’eux de nouveaux versements, il promet la remise à la Compagnie de 2 millions avec un acompte de 500 000 livres.

Peu après l’envoi de « cette mercuriale », le voilier « Saint-Jean» arrive en France en février 1669 avec le premier chargement de marchandises embarquées aux Indes, auquel sont ajoutés des peaux, de l’indigo, des gammes et du poivre chargés dans la Grande ile. Le roi fait répandre « largement » cette bonne nouvelle qui devait renforcer la confiance des actionnaires. « Mais de tristes lettres ramenèrent bientôt le doute dans les esprits. Le pessimisme des directeurs gagna le terrain que le roi abandonnait. » De Montdevergue est un incapable et Madagascar réclame d’autres hommes et des moyens énormes pour accorder à la Compagnie « une petite chance de profit ». En revanche, à Bourbon et aux Indes « le succès des entreprises françaises était assuré ».

Finalement, Louis XIV cède et permet le transfert à Bourbon du siège de la Compagnie. Il entend toutefois maintenir « les droits de la France sur le Fort Dauphin et l’ile Dauphine ». Mais le déplacement du siège de la société ne ramène pas le calme et la prospérité dans la Colonie, et le 9 septembre 1674, « La Bretsche, commandant militaire, dut évacuer Fort-Dauphi ». Louis XIV ne résilie pas pour autant les droits français. Au contraire, il les confirme le 4 juin 1686 dans un arrêt qui rattache Madagascar au domaine de la Couronne. « Depuis cette date et avec des fortunes diverses, la France demeura souveraine à Madagascar, occupant le pays officiellement ou protégeant ceux de ses nationaux qui s’étaient fixés dans la Grande île. »

Pela Ravalitera

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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