Caféiers sauvages – Des richesses à préserver pour la Grande île

Publié le par Alain GYRE

Caféiers sauvages – Des richesses à préserver pour la Grande île

Caféiers sauvages – Des richesses à préserver pour la Grande île

Coffea arabica et Coffea canephora sont les deux seules espèces généralement connues du grand public sous les appellations commerciales d’« Arabica » et de «Robusta». Cependant, les caféiers regroupent près de 140 espèces d’une exceptionnelle diversité, vivant à l’état sauvage dans les forêts tropicales d’Afrique, des îles de l’ouest de l’océan Indien, d’Asie incluant le sous-continent indien et d’Asie du sud-est jusqu’au nord de l’Australie.

Largement identifiés dès le début du 20ème siècle par des botanistes de renom tels que Auguste Chevalier, Roland Porteres, ou encore Jean-François Leroy, ces caféiers sauvages ont fait l’objet, à partir des années 1970, de prospections et de mise en collection vivante à des fins d’utilisation en amélioration variétale.

Face à la disparition des forêts tropicales et donc des caféiers sauvages qui les habitent, cet ouvrage se veut faire le point sur les ressources biologiques sauvegardées à ce jour en collection vivante, tout en illustrant largement les caractéristiques des différentes espèces représentatives de la diversité des caféiers. Ces ressources sont maintenues dans deux collections majeures. L’une, à la station de Bassin Martin sur l’île de La Réunion, rassemble 32 espèces originaires d’Afrique, des Mascareignes et des Comores, tandis que l’autre, à la station de Kianjavato à Madagascar, inclut 44 espèces malgaches. Ces deux collections regroupent 53% des espèces sauvages de caféiers connues à ce jour.

La conservation des ressources biologiques en des collections vivantes s’inscrit dans la préoccupation de sauvegarde de la biodiversité au même titre que la préservation d’aires naturelles protégées. En effet, ces collections vivantes constituent souvent les derniers remparts à la disparition définitive d’espèces.

Programme de recherche

Les caféiers malgaches ont été subdivisés en série botanique. Pour tester la pertinence de cette structuration, l’on a procédé à des analyses multivariées à partir d’observations portant sur 50 caractères morpho-phénologiques.

Madagascar représente le centre de diversification le plus important pour les caféiers (61 espèces sur 124). En Afrique, deux autres centres sont connus : l’un centré sur la région Cameroun-Gabon-Congo pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre-Ouest et l’autre centré sur la Tanzanie pour l’Afrique de l’Est.

La collection ex situ de Kianjavato constitue un important réservoir de gènes pour les caféiers cultivés. L’ensemble des résultats obtenus permet de formuler des recommandations pour la conservation de cette collection unique au monde.

Par ailleurs, le FOFIFA mène un programme de recherche en amélioration variétale des caféiers cultivés. Dans ce cadre, dès 1992, Jean-Jacques Rakotomalala, avait montré que la diversité des caféiers malgaches s’accompagnait d’une forte diversité biochimique au niveau des grains mis à part l’absence de caféine. Cependant, les breuvages présentaient des mauvaises caractéristiques organoleptiques. Néanmoins, ces travaux ont permis de souligner l’existence de nombreuses molécules originales appartenant à la famille des composés phénoliques ou des diterpènes.

Ainsi, les acides méthoxycinnamiques sont fortement accumulés dans les grains des caféiers de la série des perrieri, alors que des formes glycosylées de l’acide coumarique et des dérivés di-terpéniques sont rencontrées respectivement dans la série multiflorae et dans le complexe millotii. Bien qu’encore peu décrits, les dérivés phénoliques et diterpéniques semblent impliqués dans l’amertume du grain et présentent un fort pouvoir antioxydant, constituant ainsi, pour les caféiers, une arme contre les stress environnementaux. Pour les dérivés phénoliques, si les accumulations d’esters d’acides hydroxycinnamiques ne semblent pas dépendre de l’origine géographique des caféiers, la mangiférine, accumulée uniquement dans les feuilles de caféiers d’altitude d’Afrique, pourrait jouer un rôle dans la protection contre les forts rayonnements.

Pouvoir antioxydant

Ce pouvoir antioxydant peut être exploité en santé humaine pour lutter contre les maladies dégénératives ou parasitaires. Depuis 2011, Arsène Rakotondravao, chercheur au FOFIFA, a repris les travaux d’analyse chimique sur les grains de Mascarocoffea. S’appuyant sur la collection de caféiers de FOFIFA, il étudie, dans le cadre d’une bourse BEST (AIRD), l’activité antiparasitaire de feuilles ou de grains de Mascarocoffea sur des leishmanies, agents responsables de leishmanioses.

Par le développement de ces deux axes de valorisation des caféiers malgaches, intégration dans des programmes d’amélioration génétiques et recherche de molécules potentiellement intéressantes pour la santé humaine, le FOFIFA, en collaboration avec l’UMR DIADE, espère favoriser la conservation de la biodiversité des caféiers sauvages à Madagascar, tant menacée par la déforestation.

Station Kianjavato

La station de recherche à Kianjavato (superficie de 120 ha) est située à environ 500 km au sud-est de la capitale Antananarivo. Depuis les années 1960, la collection de caféiers très majoritairement endémiques de Madagascar y est installée sur environ 30 ha sous couvert naturel forestier. Cette collection est unique non seulement à Madagascar mais aussi dans le monde (moins d’une dizaine d’espèces représentées dans des collections hors Madagascar). Constituée essentiellement entre les années 1960 et 1970, la collection comportait 6031 arbres provenant de 170 populations (ensemble d’arbres se développant sur un même espace au même moment). Cent trente trois de ces populations ont été assignées à un total de 43 espèces.

Faute de moyens financiers pour l’entretien de la collection et la mise en place de mesures efficaces contre différentes catastrophes naturelles, et malgré de nouvelles introductions dans les années 1980 et des remplacements dans les années 2000, la collection s’est réduite à 3668 arbres à la fin des années 2000. En 2012, on a dénombré 3524 arbres représentant 166 populations dont 150 originaires de Madagascar correspondant à un total de 48 espèces.

Cette collection comporte des populations/ espèces collectées du Nord au Sud-est et certaines d’entre elles ont d’ores et déjà disparu de leur milieu naturel du fait de la disparition des forêts qui les abritaient. En dépit du grand nombre d’espèces en collection, certaines espèces font défaut car les tentatives de mises en collection ont échoué. Il s’agit notamment des espèces des forêts sèches de la côte ouest classées auparavant dans le sous-genre Baracoffea.

Recueillis par FR

http://www.matin.mg/

Publié dans Economie, Café

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