L’esclavage, une véritable institution

Publié le par Alain GYRE

L’esclavage, une véritable institution

21.06.2016 Notes du passé

L’esclavage, une véritable institution

L’esclavage est une véritable institution dans la Grande ile. Le « modernisme », introduit à partir du règne de Radama Ier, n’a aucune prise sur les usages et les coutumes. Le marché aux esclaves d’Anjoma à Antaninarenina et son annexe à Analakely sont très achalandés. C’est en vain que les missionnaires prêchent en chaire, exhortent, menacent. « La population fait la sourde oreille quand elle ne se livre pas à des manifestations tumultueuses » (Revue de Madagascar, spécial Tananarive, 1952). Du genre de celle qui retentit dans le temple d’Ampamarinana lors d’un prêche anti-esclavagiste du Rev. Standing en 1892.

Pourtant, les codes publiés par le gouvernement royal condamnent formellement la traite et implicitement l’esclavage. Cependant, en 1896, Alfred Grandidier déclare que les deux tiers de la population tananarivienne, 50 à 60 000 personnes, sont des esclaves. En 1895, plus de la moitié des habitants de l’Imerina est de condition servile.

Jusqu’à la fin du règne d’Andrianampoini­merina en 1810, le seul commerce extérieur de l’île, se résume à la traite des esclaves. C’est de ce trafic humain que le souverain, les nobles et les commerçants hova tirent leurs ressources en devises, évaluées en piastres d’argent.

Hormis les esclaves de case ou domestiques, la masse exportable est surtout faite de prisonniers de guerre, de délinquants de droit commun ou de criminels politiques. Tous les moyens sont bons pour s’en procurer. Ainsi des expéditions sont menées contre les villages ennemis ou rebelles, à la fin desquelles les personnes en état de marche sont acheminées jusqu’à la côte, liées les unes aux autres. Les prisonniers qui en sont incapables, les infirmes, les femmes ayant perdu leurs charmes, les enfants vacillants, sont souvent abandonnés à leur sort sinon tués sans pitié.

« Les tractations fréquentes et nombreuses portaient chaque année sur plusieurs milliers d’individus, sous réserve de l’acquittement d’un droit de deux piastres et demie par tête au profit du trésor royal. La prospérité du vieil Antananarivo fut, pour cette raison, scellée de larmes et de sang. Ceci dura jusqu’à ce que l’exportation du bétail ait supplanté celle de l’homme. » La traite des esclaves est condamnée en 1814 par le Congrès de Vienne.

C’est pour demander à Radama l’abolition de ce commerce que- à la suite de Lesage et de Chardenoux- James Hastie, devenu pour les besoins de la cause agent consulaire du gouvernement de Maurice, se présente au roi, le 17 juillet 1817. « Pour ne pas être signalé aux princes européens comme ennemi de la civilisation», le souverain merina consent à supprimer « l’exportation » des esclaves, le 11 octobre 1820. Il obtient en contrepartie des avantages en nature sous forme de produits européens et en espèces (l’Équivalent). En outre, 20 jeunes gens parmi les fils des Grands reçoivent instruction et formation technique à Londres ou à Port-Louis.

A la mort prématurée de Radama en 1828, son épouse Ranavalona Ire hérite du pouvoir. Sous la pression des conservateurs de la Cour, des devins et des sorciers inquiets des progrès de la civilisation et du christianisme, elle adopte après ses premières années de règne, « une attitude hostile aux Européens et à leurs innovations. Il lui semble que leur fréquentation et leurs apports lui rendent ses sujets déloyaux ».

En premier lieu, pour rompre avec les décisions de son défunt mari- qu’elle juge « incompatibles avec le respect dû aux bonnes traditions »- elle tolère et même favorise le commerce des esclaves. La traite reprend de plus belle grâce aux débouchés offerts par les marchés de l’Inde, de l’Amérique et des Mascareignes (La Réunion, Maurice, Rodrigue). « Si les marchés se tiennent généralement sur les côtes, Antananarivo n’en est pas moins un centre de transit et un lieu où se négocient les autorisations administratives. » Ch. Robequain (« Une capitale montagnarde en pays tropical ») écrit en 1949: « Le Rova apparaît alors comme un nid de rapaces de grands marchands d’esclaves au service de la culture et de l’industrie sucrière. »

Ce commerce ne sera réprimé qu’au moment de la conquête française. Une des premières décisions prises par Joseph Gallieni est d’abolir l’esclavage. « La monarchie merina n’aurait pas été facilement supprimée qu’elle le fut par Gallieni, si elle n’avait été entièrement sapée et rongée par le double cancer de la corvée et de l’esclavage. Pour la plupart des habitants d’Antananarivo, la conquête française fut vraiment une libération » (sic).

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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