LaNotes du passé: Mission Lesage face à un ennemi de taille, le paludisme

Publié le par Alain GYRE

La Mission Lesage face à un ennemi de taille, le paludisme

16.06.2016 Notes du passé

LaNotes du passé:  Mission Lesage face à un ennemi de taille, le paludisme

L’année 1969, dans le Bulletin de Madagascar d’avril, puis de juin et de juillet, enfin d’août, l’archiviste paléographe Jean Valette publie un important travail sur « La Mission Lesage auprès de Radama Ier 1816-1817 », avec l’édition des journaux de Lesage et Doderlein. Il l’accompagne aussi de nombreux commentaires et notes.

D’après E. R. Brygoo, les « Commentaires médicaux sur un voyage à Tananarive en 1817 » présentent, pour l’épidémiologiste, un intérêt particulier. En effet, le décès par maladie, en moins de quatre mois, entre le 23 décembre 1816 et le 10 avril 1817, de quinze des quarante et un Européens adultes est un bilan bien lourd. Il s’agit de huit officiers civils, trois autres membres et environ trente soldats du capitaine Lesage à Antananarivo. D’après Brygoo, l’étiologie paludéenne ne semble faire aucun doute, pas plus que l’origine de la contamination. La plupart des sujets sont infestés peu après leur débarquement et probablement, lors de leur séjour à Toamasina. Extraits.

« Le climat de Tananarive passe pour très malsain du milieu de novembre au commencement de mars ; et même pendant le reste de l’année, il ne saurait être considéré comme bon. Les Blancs ont généralement un teint jaune et bilieux. » « … La fièvre commence par un frisson provenant d’abondantes sueurs, puis, presque subitement, on est saisi d’un froid glacial. » La description de l’accès est précise.

La période d’incubation est silencieuse. La troupe part en bonne santé et, à la date du

12 décembre, Lesage peut écrire : « Pourtant, personne n’avait encore souffert dans sa santé ni gémi de privation de nourriture. La seule chose dont on pouvait se plaindre, était l’inclémence de la saison et notre grande fatigue. » La fatigue, estime Brygoo, est certainement un facteur aggravant. Le premier, Young tombe malade, le 16 décembre, soit moins d’un mois après le débarquement à Toamasina, le 18 novembre. La durée de l’incubation minimale du paludisme est de deux semaines. La forme que revêt la maladie chez le jeune Young, rapidement mortelle (décès le 23 décembre, soit en six jours) correspond à « un paludisme pernicieux de première invasion ».

L’explosion simultanée, ou presque simultanée, des cas est, par ailleurs, en faveur d’une contamination massive soit à Toamasina, soit dans les tout premiers jours du voyage. Extraits.

23 décembre : « M. Bidard, toujours très malade; la plupart des Indiens et des soldats sont malades ; le clairon et M. Young sont tous deux dans un état inquiétant ainsi que la plupart des membres de la mission. »

La forme clinique présentée par certains est typique de la « forme tierce ». Pour Hector, Lesage écrit : le 22 décembre, « … (il) a été presque pris de frisson à son tour depuis mon retour de chez le roi ». Le 23 décembre, « Hector s’était remis ce matin ». Le 24 décembre, « … Hector eut au même moment une rechute ».

Pour Lesage, le 23 décembre, « après le déjeuner, je fus pris à mon tour de fièvre, Céphalgie, douleurs oculaires ». Le 24 décembre, « je fus beaucoup mieux ce matin ». Le 26 décembre, « dans la soirée du 24, j’eus une rechute et je fus très malade toute la nuit ».

Lesage indique d’ailleurs : « La maladie se manifesta chez tous, à ce qu’on m’a dit, de la même manière avec des hauts et des bas, comme dans la fièvre intermittente, accompagnée de plus ou moins de délire. » Il mentionne aussi : « J’ai pris du quinquina pendant tout le temps. » C’est sans doute pourquoi, bien que sévèrement atteint, il peut en réchapper.

La deuxième vague de mortalité (12 mars-10 avril) se manifeste après le retour sur la côte Est, donnant à tous l’occasion d’une « réinfestation particulièrement grave pour des organismes déjà débilités ». Le détachement est de retour à Toamasina, le 27 février. Ils sont à Andevoranto depuis le 22 et, au lieu d’embarquer immédiatement, attendent sur place une amélioration de leur état de santé, s’exposant ainsi une nouvelle fois à la contamination.

Le lourd bilan de l’expédition, dont plus d’un membre sur trois meurt de paludisme, n’est sans doute pas étranger à la réputation sinistre que doit avoir, par la suite, le cheminement côte Est-Antananarivo. A. Le Roy de Méricourt écrit en 1870 (« Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales », article sur Madagascar) : « Toutefois, très peu de jours de marche de cette ville (Tananarive) on rencontre des localités fort malsaines telles, par exemple, la vallée encaissée de Beforona, un des points les plus redoutables de Madagascar, qui fut le lieu de détention de l’illustre voyageuse Ida Pfeiffer et qu’il faut traverser pour se rendre, de Tamatave à Emyrne. Les Hovas de l’intérieur, eux-mêmes, qui se rendent vers le littoral, sont souvent victimes soit en traversant les forêts, soit peu de temps après leur arrivée sur les côtes des effluves contre lesquels ils ne jouissent pas d’une plus grande immunité que les Européens. »

Brygoo se demande si l’échec sanitaire de cette expédition qui emprunte le chemin plus court de la forêt de l’Est, n’est pas l’une des causes du choix de la voie de l’Ouest pour la conquête d’Antananarivo en 1895. Mais, en raison des effectifs, celle-ci est « une véritable hécatombe, 6 700 morts, un désastre sanitaire », selon Jean Lemure, dont 72% des décès sont dus au paludisme.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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