Notes du passé: Deux discours pour effacer la colonisation

Publié le par Alain GYRE

Deux discours pour effacer la colonisation

14.06.2016 Notes du passé

Notes du passé: Deux discours pour effacer la colonisation

Une loi unilatérale pour annexer Madagascar et les iles qui lui sont rattachées, deux discours pour mettre fin au régime colonial et lui redonner l’Indé­pendance. Le 6 aout 1896, la Chambre des députés en France prend une décision unilatérale et déclare « Madagascar colonie française». Le 28 février 1897, la dernière reine merina, Ranavalona III, est déposée et envoyée en exil à La Réunion puis en Alger, « par arrêté de Gallieni qui, de son propre chef et sans l’autorisation explicite du gouvernement, abolit la royauté hova » (Régis Rajemisa-Raolison, « Dictionnaire géographique et historique de Madagascar »).

Depuis cette date, Madagascar entre dans une ère nouvelle, certes, mais triste aussi car étant sous tutelle, celle de la France. Depuis le général Joseph Gallieni jusqu’au 14 octobre 1958, seize gouverneurs généraux se succèdent à la tête de la Colonie. Après lui, il y a Augagneur, Picquié, Merlin, Schrameck, Garbit, Brunet, Olivier, Cayla, de Coppet, Annet, Legentilhomme, de Saint-Mart, de Chevigné, Bargues, Soucadaux dont certains séjournent deux fois au pays.

Le 14 octobre 1958, les conseillers provinciaux malgaches réunis en Congrès, déterminent le régime à adopter pour Madagascar. Un vote par appel nominal de chacun des membres du Congrès a lieu. Les 208 conseillers optent pour la proposition « Madagascar érigée en État libre sous la forme républicaine au sein de la Communauté », contre 26 abstentions dont six dues à des absences, et aucun vote contre. Le même Congrès choisit en son sein la première Assemblée nationale de la République malgache.

Le lendemain, 15 octobre, devait accueillir la déclaration du haut-commissaire de la République française abolissant le régime de la colonisation.

« Autorisé par le gouvernement de la République (française), je prends acte en son nom du vote intervenu, le 14 octobre 1958, par lequel les représentants élus du peuple malgache, ont manifesté la volonté des populations de voir leur territoire devenir État membre de la Communauté. Je proclame en son nom que le gouvernement de la Répu­blique reconnait solennellement l’institution de l’État malgache, la caducité de la loi du 6 aout 1896 par laquelle Madagascar avait été unie à la Répu­blique, et la libre adhésion de cet État à la Communauté. »

C’est en ces termes, semble-t-il, que prend fin la période de l’histoire de Madagascar ouverte par la loi unilatérale d’annexion votée par le Parlement français.

À partir du 14 octobre 1958, le gouvernement provisoire formé par le président du Conseil, Philibert Tsiranana, et l’Assemblée nationale s’emploient à installer les institutions de la République. Les membres du Sénat provisoire sont élus, la Constitution de la République est préparée par un Comité consultatif. En avril 1959, l’Assemblée nationale adopte l’hymne national, « Ry Tanindrazanay malala ô ! » et le drapeau tricolore malgache « blanc, rouge, vert ». Le 29 du même mois, elle vote la Constitution. Puis les deux Chambres réunies en congrès, le 1er mai 1959, au Palais de Tsimbazaza, procèdent à l’élection du premier président de la Répu­blique, Philibert Tsiranana, par 113 voix sur 114 suffrages exprimés (un bulletin blanc).

En décembre de la même année, durant la 6e session du Conseil exécutif de la Communauté au Sénégal, le général de Gaulle expose sa nouvelle position quant à l’indépendance des États membres de la Communauté. Aussitôt, le président Tsiranana saisit l’occasion pour formuler « une demande d’indépendance totale pour la République malgache ». De retour au pays, il demande et obtient du Parlement les pouvoirs spéciaux nécessaires pour préparer cette indépendance.

Le président Tsiranana conduit les négociations qui s’ouvrent à Paris, le 10 février 1960, relatives au transfert des compétences et à la coopération. Les accords nés de ces négociations sont paraphés le 2 avril, à Paris. Ils seront signés le 26 juin au Palais d’Andafiavaratra, par le président Philibert Tsiranana et le secrétaire d’État français chargé des relations avec les États membres de la Communauté, Jean Foyer.

Quelques heures plus tard, depuis le Vatomasina de Mahamasina, le chef de l’État proclame solennellement au peuple malgache l’Indé­pendance de la République, après Jean Foyer qui le fait en français.

« Le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République malgache constatent l’accomplissement, de part et d’autre, des formalités constitutionnelles requises pour l’entrée en vigueur des accords signés par eux, le 26 juin 1960. En conséquence et à compter de la date de la présente déclaration, la République malgache accède à l’indépendance et assume les droits et prérogatives qui y sont attachés en même temps que les responsabilités qui en découlent. La République française reconnait la République malgache en tant qu’État indépendant et souverain. Elle lui exprime ses vœux de prospérité et sa confiance en son avenir. Au moment où s’instaurent entre la France et Madagascar des rapports nouveaux fondés sur une pleine égalité, les deux gouvernements attestent la permanence de la traditionnelle amitié qui unit le peuple français et le peuple malgache. La fidélité au même idéal et aux mêmes principes inspirera leur libre coopération au sein de la Communauté et dans le concert des Nations.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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