Notes du passé: La Charte Lambert, un poids très pesant

Publié le par Alain GYRE

La Charte Lambert, un poids très pesant

13.06.2016 Notes du passé

Notes du passé: La Charte Lambert, un poids très pesant

Àpartir de1852, le règne de Ranavalona Ire connait une courte parenthèse. Raharo ou Rainivoninahitriniony succède à son père, Rainiharo, décédé, et une ère d’accalmie s’ouvre. Cela permet à Ellis, missionnaire de la London Missionary Society, de monter jusqu’à Antananarivo.

Mais Lambert ourdit un complot pour porter le prince Rakoto au pouvoir. Découvert en 1857, le complot échoue et ne sert qu’à rendre la reine encore plus méfiante et provoquer sa fureur. « Elle renvoya tous les Européens y compris Laborde, et redoubla d’acharnement à persécuter les chrétiens » (Régis Rajemisa-Raolison, «Dictionnaire géographique et historique de Madagascar»).

Par ailleurs, sous le règne de Ranavalomanjaka, le royaume laissé par son mari s’étend encore davantage, au Sud chez les Antesaka et chez les Bara jusqu’à Ihosy, et au Nord, chez les Antankarana de Diego-Suarez. Deux expéditions échouent aussi, l’une dirigée contre les Tanala d’Ikongo, l’autre contre les Sakalava d’Ambongo. Il faut aussi signaler qu’en 1840, à l’exemple de la princesse Bety, la princesse Tsiomeko fait cession de son ile, Nosy Be, à la France, pour fuir la domination des Merina.

Quand Ranavalona Ire tourne le dos, en 1861, les Européens exilés à La Réunion reviennent à Mada­gascar. L’académicien fait état d’un évènement important qui se produira deux ans plus tard. Le prince Rakoto, devenu Radama II, se montre trop francophile au gré des Grands du royaume. Déjà du vivant de sa mère, il signe en secret avec Lambert une charte qui place Madagascar sous le « protectorat » français. « Cela, s’ajoutant aux exploits de débauche auxquels il se livrait en compagnie de ses jeunes amis vicieux, les Menamaso, c’en fut assez pour que les Grands, perpétrant un régicide sans précédent, le missent à mort en l’étranglant avec une étoffe de soie, en 1863. »

Sa femme, la princesse Rabodo, lui succède sous le nom de Rasoherina. Peu après son accession au trône, elle doit payer une forte indemnité à la France pour le rejet de la Charte Lambert que ni les Grands ni elle ne veulent contresigner. Avec le règne de Rasoherina, commence ce qu’on appelle la période du « Manjaka-Hova ». À partir du 14 juillet 1864, en effet, Raharo perd sa charge de Premier ministre, remplacé par son frère Rainilaiarivony. Ce dernier, sous trois reines successives, détiendra le pouvoir.

Rasoherina tourne le dos en 1868, sa cousine germaine, la princesse Ramoma, la remplace et prend le nom de Ranavalona II. Première reine chrétienne, elle fait bruler les idoles royales vénérées depuis Ranavalona Ire. Les relations de Madagascar avec l’extérieur sont assez bonnes jusqu’au jour où meurt Jean Laborde, en 1874. D’après les us et coutumes du pays, qui stipulent que les étrangers ne peuvent pas posséder des terres à Madagascar, le gouvernement merina revendique la succession de Laborde. C’est là, avec l’implantation du pavillon hova sur la côte Ouest, le prétexte de la guerre 1883-1885, dite première guerre franco-hova.

Sur ces entrefaites, la reine tourne le dos. Le 22 novembre 1883, une de ses parentes éloignées, la princesse Razafindrahety monte sur le trône en prenant le nom de Ranavalona III. « La guerre ne fut pas poussée, de part et d’autre, avec vigueur. » Trois amiraux se succèdent du côté français, Pierre, Galiber et Miot, sans un affrontement sérieux, à part peut-être la bataille d’Andampy où se signale le capitaine Pennequin (27 aout 1885).

Quant aux Merina, ils résistent ferme un peu partout, notamment à Farafaty d’où les Français essaient, mais en vain, de les déloger (10 septembre). Pourtant, le Premier ministre Rainilaiarivony finit par accepter, vu les pertes qu’il craint de voir s’aggraver, de négocier le traité de 1885, habilement préparé par Miot et Patrimonio. Ce traité stipule, entre autres choses, que « Diego-Suarez était cédé en toute propriété à la France et qu’un résident français s’installerait à Tananarive ».

Sur les relations de Madagascar avec l’étranger, une ambigüité plane, surtout en ce qui concerne sa traduction en malgache. Ce qui permet à Rainilaiarivony d’interpréter les clauses du traité, concernant l’exequatur des consuls et agents étrangers, « autrement que ne l’entendaient les Français ». Cela se passe en 1890. Quatre ans plus tard, le gouvernement français y voit une violation de traité et « en fit prétexte d’une deuxième guerre qui allait devenir la campagne décisive de 1895 ».

Commencée, le 1er mars 1895, par le débarquement à Mahajanga du corps expéditionnaire commandé par le général Metzinger, elle finit, le 10 septembre suivant, par la prise de la capitale par le général Duchesne. Madagascar est proclamée protectorat français. Cinquante cinq jours plus tard, le nationalisme se fait sentir dans un mouvement de résistance, connu sous le nom de Menalamba. Le mouvement s’étalant sur plusieurs régions de l’ile, le résident français Hippolyte Laroche, jugé trop faible, est remplacé par le général Joseph Gallieni qui rétablit l’ordre par la force.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Agence national Taratra

http://www.lexpressmada.com/

Publié dans Histoire, Notes du passé

Commenter cet article