Notes du passé: Le travail professionnel, un titre de noblesse

Publié le par Alain GYRE

Le travail professionnel, un titre de noblesse

07.06.2016 Notes du passé

Notes du passé: Le travail professionnel, un titre de noblesse

Radama Ier accepte l’abolition de la traite d’esclaves, sous conditions: le paiement d’une indemnité équivalente et l’envoi à Antananarivo d’artisans et d’outils fournis par le gouvernement britannique. Certains de ces artisans appartiennent à la London Missionary Society, créent des ateliers dans la capitale et, en formant des apprentis, fondent l’enseignement technique.

Les premiers débarqués- un charpentier, un forgeron, un tisserand et un tanneur cordonnier- arrivent en juin 1822. Accueillis par Radama avec tous les honneurs dus aux personnages importants, ils reçoivent aussitôt un emplacement approprié à la nature de leur activité et un domestique. « Ils devaient en échange se charger individuellement de la formation de huit jeunes gens choisis très probablement parmi la population libre (Hova). Les Tantara nous apprennent, en effet, que le travail professionnel était considéré alors comme un titre de noblesse» (Jean Valette, archiviste-paléographe).

Cependant, le charpentier Brooks ne tarde pas à subir les atteintes de la fièvre et meurt le 24 juin, dix jours après son arrivée. En revanche, le forgeron Chick, installé à Amparibe, forme plusieurs centaines de personnes aux divers travaux du fer et des métaux, à la construction de machines et plus tard, à diverses sortes d’ouvrages en fer destinés à la construction du Palais de Soanierana.

Le tisserand Rowlands s’établit sur l’une des collines sacrées, à Antsahadinta, pour y procéder à la fabrication d’étoffes. Mais cette tentative ne peut guère réussir. « Le tissage, en effet, n’est qu’un aspect de l’industrie textile qui nécessitait beaucoup plus d’argent et de connaissances que ne peut en réunir un seul individu. » Aussi Rowlands se déplace-t-il en 1827 à l’est de l’Angavo, à Itody, et s’y livre à des essais de culture du chanvre pour produire des tissus pour les voiles. Mais une fois de plus, la mort vient interrompre les travaux.

Le quatrième, Canham installe une tannerie et une fabrique de chaussures à Fenoarivo où il forme bon nombre d’apprentis.

Parallèlement, la LMS expédie des outils. En 1826, une machine à filer accompagne deux autres techniciens pour aider ceux déjà en place. Parmi eux, un filateur, Cumings, qui enseigne les différents procédés de son art à un certain nombre de jeunes gens choisis par Radama. Il est également chargé de la culture de mûriers et de la fabrication de la soie. Mais la médiocrité des ressources du pays, les difficultés qu’il en éprouve pour exercer son métier le découragent vite et il se retire après deux ans de séjour. « La machine qu’il avait amenée, eut une carrière plus longue car elle resta aux mains de Ranavalona Ire qui la fit servir à la fabrication de lamba et autres objets. » Elle continue même à être utilisée tant bien que mal jusqu’en 1870.

En revanche, son compagnon Cameron jouera un rôle de tout premier plan à Mada­gascar. C’est, par excellence, « le type de l’ouvrier-maître missionnaire ». Grâce à ses capacités intellectuelles, il introduit d’importantes innovations en Imerina où il meurt en 1875, cinquante ans après sa première arrivée.

Si Cameron est surtout connu pour avoir revêtu de pierres le Palais de Manjakamiadana et construit le ravissant Manampisoa, tous deux dans le Rova d’Antananarivo, c’est aussi un grand architecte qui, avant de venir à Madagascar, s’est initié à Manchester au maniement des machines qu’il amène. Il s’installe à Ambatonakanga où il enseigne. En même temps, Radama le charge des travaux publics du royaume.

En outre, après la mort accidentelle d’Hoven­den, le 15 décembre 1827, chargé de faire fonctionner la première presse à imprimer introduite dans la capitale, on fait appel à lui pour assurer la poursuite des travaux en cours. Activités multiples pleines de difficultés qu’il devait surmonter.

En résumé, Cameron et ses collègues apportent différentes améliorations dans le travail du fer, la tannerie et la préparation du cuir. Dans le bâtiment, ils perfectionnent plusieurs sortes de travaux de charpente, introduisent la pierre dans diverses constructions, fabriquent différentes sortes de briques. Freeman rapporte du Betsileo de l’ardoise et de la pierre à aiguiser, inconnus auparavant. Ils trouvent de la pierre à chaux après des années de recherches infructueuses, des plantes contenant une forte proportion de potasse et de soude pour la fabrication du savon, puis du verre et de la poterie. Ils découvrent même un sulfure métallique d’où ils extraient le soufre en abondance…

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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