Notes du passé: Les « extraordinaires informations » du SR militaire

Publié le par Alain GYRE

Les « extraordinaires informations » du SR militaire

28.06.2016 Notes du passé

Notes du passé: Les « extraordinaires informations » du SR militaire

Dans son deuxième rapport de quinzaine en date du 27 juillet 1896, le résident général de France Hippolyte Laroche s’interroge sur la foi à accorder à la liste de présumés cerveaux de l’insurrection des Menalamba, dressée par le service de renseignements militaires français dirigé par le lieutenant Peltier. Hippolyte Laroche parle même « d’informations des plus extraordinaires » retransmises par l’intermédiaire du général Voyron.

Telle celle du 8 avril qui lui signale que le gouverneur de Manatonana dans le Vakinankaratra, Rainijao­nary prépare l’insurrection dans le Sud. Le 26 avril, on lui remet la copie d’une lettre adressée par le même Rainijaonary aux rebelles qui leur donne des ordres en tant que « général en chef et organisateur de toute l’insurrection ». Le même jour, le gouverneur est dénoncé pour être venu clandestinement à Tanjombato près de la capitale, « pour distribuer des armes aux rebelles ».

Le 29 avril, on lui parle du rassemblement, à la fin de la lune, de tous les rebelles qui entreront dans Anjozorobe par un souterrain.

« Tous les rebelles du nord sont pourvus de fusils se chargeant par la culasse. Ils ont, en outre, sept canons, dont l’un leur a été offert par des Européens de Tananarive. » Le ministre de l’Intérieur Rainandria­mampandry est aussi l’objet d’accusations aussi précises pendant longtemps. Puis c’est au tour de la reine Ranavalona III d’être mise en cause, le 26 juin. Parlant à un chef rebelle venu en secret à Antananarivo, elle lui aurait confié une lettre signée de sa main, exhortant les rebelles à combattre. Le chef des insurgés l’aurait lue sur les bords de la Mananara « à très haute voix » devant ses hommes.

Hippolyte Laroche commente cette information en indiquant qu’il est « fort possible que des chefs rebelles donnent lecture d’ordres ou de lettres qu’ils prétendent venir de Rainijaonary ou de la reine. Il est certain que, lors des mouvements populaires (contre la royauté merina) de la côte Est en janvier dernier, tous les chefs de bandes se donnaient comme agissant en vertu des ordres de la Résidence de France dont ils exhibaient de prétendues lettres ».

Selon le résident général, une correspondance « saisie » le 25 juin par les agents secrets militaires est présentée comme preuve contre la reine. Elle aurait été envoyée par l’ex-gouverneur général du Menabe, Razafindrazaka, qui, redoutant l’accueil des Français à Antananarivo, préfère rester au milieu des Sakalava. Sa crainte vient du fait qu’en 1895, il a fusillé deux Français « en vertu d’ordres formels de Rainilaiarivony justifiés, semble-t-il, par certains actes de ceux dont on lui reproche la mort ». Malgré la promesse faite par le résident général, il refuse de rejoindre son pays natal. Et c’est son successeur qui l’accuse de fomenter la rébellion.

Dans sa lettre désespérée à la reine, il aurait écrit en substance: « Ne faites rien, ne dépensez pas un sou. Ici, il n’y a rien à réaliser, je suis ruiné, anéanti. La vente au Vazaha n’a pas abouti, l’argent que j’ai avancé au gouvernement quand j’étais gouverneur, est impossible à recouvrer et probablement à jamais perdu (…) Je suis réduit à la mendicité, moi, ancien gouverneur général (…) Notre situation ne nous permet plus de faire aucun sacrifice quoi qu’il advienne. On me dit que je suis perdu si je monte (…) Je suis forcé de partager les sentiments de tout le Menabe, entre Manja et le Betsiriry, entre Midongy et la mer. Je ne servirai que la descendance d’Andrianampoini­merina et nous briserons tout ce qui fait obstacle. »

Et la prétendue lettre de Razafindrazaka aurait conclu: « Les espions me disent que l’Imerina se révolte, que même dans la capitale les amis des Vazaha ne sont pas en très grand nombre. S’il en est ainsi, nous les vaincrons et si Sa Majesté ne veut pas, nous marcherons malgré elle (…) parce que nous ne voulons pas laisser Madagascar sous le joug de l’étranger.»

Par ailleurs, concernant les noms cités dans la liste établie par le service des renseignements militaires, Hippolyte Laroche reproche à ce dernier de s’être adressé à Sir Abraham Kingdom, « sujet anglais, intriguant et connu, dont l’imagination futile ne peut manquer de nouvelles complications à ajouter à celles qui cherchent à brouiller notre justice.»

Le service lui communique ainsi des informations « qui ne varient pas beaucoup ». À savoir que le 29 juin, un prisonnier avoue que les populations auraient été soulevées par Ramahatra, gouverneur général d’Antananarivo; Rasanjy, secrétaire général du gouvernement; Razafi­manantsoa et Ratsimamanga, oncles de la reine; Rainandria­mampandry, ministre de l’Intérieur; Rakotomena, neveu de la reine. Et que c’est le Premier ministre Raini­tsimbazafy, placé par la résidence générale, qui fait distribuer des fusils.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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Publié dans Histoire, Notes du passé

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