Notes du passé: Les fables d’auteurs sur les Pygmées du Sud

Publié le par Alain GYRE

Les fables d’auteurs sur les Pygmées du Sud

24.06.2016 Notes du passé

Notes du passé: Les fables d’auteurs sur les Pygmées du Sud

Fort des renseignements qu’il obtient des « coureurs de bois et de plaines », Étienne de Flacourt, au XVIIe siècle, remet en cause certains récits sur les Pygmées dans le Sud (lire précédente Note).

« Quelques-uns ont voulu faire accroire qu’il y avait des Géants et des Pygmées ; je m’en suis informé exprès ; ce sont des fables que racontent les joueurs d’herravou (joueurs de cithares sur calebasse). J’ai vu un endroit proche d’Itapère (Itaperina) où il y a une grande quantité de pierres plantées debout, où l’on m’a dit que c’étaient des Pygmées qui y étaient enterrés. Ces Pygmées étaient venus en grand nombre faire une course dans le pays d’Anossi, dont ils furent repoussés jusqu’à la rivière d’Itapère, laquelle n’ayant pu passer, faute de bateaux, ils furent tous mis à mort; et pour marquer cette victoire, les victorieux les enterrèrent tous et dressèrent ces pierres. »

Un siècle plus tard, en 1767, Valgny débarque à Fort-Dauphin, précédant de quelques mois, la tentative de réinstallation de Maudave. Se trouvant à l’Ile de France (Maurice), il peut relire les écrits de Flacourt et le passage sur les Pygmées retient son attention. À son arrivée à Fort-Dauphin, il remet à Maudave un « mémoire particulier sur les Kimosses » qui doit éveiller la curiosité de son chef.

Dans son « Extrait de quelques journaux sur l’ile de Madagascar », on sent que les Pygmées dont il parle et à qui, semble-t-il, il donne le premier, la dénomination de « Kimosses », « ne seraient pas tellement différents des autres races de Madagascar, si ce n’est la taille » (J.C. Hébert, 1973).

D’après Valgny, « toutes les différentes nations ne semblent pas différer d’origine, si ce n’est, peut-être, les Louha-Lambou (Amboalambo, sobriquet donné aux Merina), puisque toutes ont les cheveux crépus et la configuration du visage assez ressemblante. Nous distinguerons aussi celle qui se trouve dans l’intérieur de l’ile et qu’on nomme Kimosse. Quoique semblable aux autres par les cheveux lainés et par les traits du visage, elle s’en éloigne essentiellement par la petitesse de la taille qui n’est haute que d’environ trois pieds. Il y a au Fort Dauphin une femme Kimosse âgée d’environ 30 ans. Elle n’a point de mamelles et on a dit que les autres femmes de la nation en manquant de même, nourrissaient leurs enfants avec du lait de vache ».

L’auteur relate que, depuis longtemps, il sait que le Sud de Madagascar jadis habité par une « race de nains », est conquis par d’autres d’une taille supérieure. Dans une bataille décisive, ces derniers tuent un grand nombre de « ces petits hommes », mettent les corps en tas et les couvrent de terre. « Ce qui avait formé les mondrins (monticules) qu’on y voit aujourd’hui. » S’informant auprès des autochtones, il apprend que cette plaine se trouve à trois jours de marche, vers le Nord et qu’elle s’appelle « Ambouve dans le pays Manantan ».

Poursuivant son récit, il mentionne un chef des environs de Fort Dauphin qui lui parle des Kimosy. « Les petits hommes se battent comme des diables et s’ils avaient des fusils comme nous, il ne ferait pas bon d’aller chez eux. » Et il conclut en indiquant que la notion des Kimosy est constante à Madagascar. « Il est vraisemblable que le peuple vaincu s’est refugié là où leurs descendants sont aujourd’hui. »

Hébert parle aussi de Sonnerat, informateur consciencieux, parti de France en 1768. Il serait resté trois ans aux iles Mascareignes et sur les rivages malgaches, avant de revenir à Madagascar au cours d’un second voyage en 1780-1781. Dès l’arrivée du naturaliste Commerson à Maurice, il est attaché à sa personne et l’aurait accompagné dans ses voyages. En particulier sur les côtes Est et Sud de Madagascar, d’août 1770 à janvier 1771, avant d’accompagner Poivre aux Moluques.

Ce n’est qu’en 1782, explique Hébert, que parait son « Voyage aux Indes orientales et à la Chine », depuis 1774 jusqu’en 1781, dans lequel il traite de mœurs, de religion, des sciences et des arts des Indiens, des Chinois, des Pégouins (Pégou) et des Madécasses, en deux volumes.

Les renseignements qu’il donne sur Madagascar sont intéressants, car « s’il connait l’œuvre de Flacourt, il ne la plagie point et ses informations paraissent de première main ». On constate qu’il émet une opinion différente de celle de son maitre, Commerson, dont il ne parle d’ailleurs pas. Ses Notes sont probablement rédigées « avant que Commerson n’apprît de Maudave l’existence de Pygmées dans le Sud-Est ».

Il laisse cependant entendre qu’il connait la légende d’une race naine. « Le pays de Manantan ou Racquimouchi forme une petite province située à la source de la rivière de Manantan… Le sol est si aride qu’il n’y vient que des cambards (racines frileuses) et des bananiers. Il renferme 2 000 habitants gouvernés par six chefs qui descendent d’un petit homme de trois pieds, et quoiqu’ils soient d’une taille ordinaire, ils ont conservé le nom de Zaphéraquimouch, qui veut dire nain. C’est apparemment ce qui fait croire que l’ile renferme une race naine. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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