Notes du passé: Les versions de Raimouza et d’un chef mahafaly sur les Kimosy

Publié le par Alain GYRE

Les versions de Raimouza et d’un chef mahafaly sur les Kimosy

27.06.2016 Notes du passé

Notes du passé: Les versions de Raimouza et d’un chef mahafaly sur les Kimosy

Pour avoir le cœur net sur l’existence d’un peuple nain, dans le Sud de Madagascar, le gouverneur du Fort Dauphin, Maudave, achète une prisonnière Kimosy à son propriétaire. Agée de 30 à 32 ans, elle mange du matin au soir, dit-il. « Sa maigreur était fort grande à son arrivée, ce qui paraissait augmenter sa taille à la vue ; elle engraisse journellement et lorsqu’elle aura de l’embonpoint, ce sera une figure qui méritera d’être examinée. »

Maudave précise que la « privation de mamelles » n’est pas sa seule singularité. « On ajoute qu’elles ne sont pas réglées pour la plupart, mais au temps critique, le sang se porte avec grande abondance aux mains et aux pieds qui en deviennent rouge comme de l’écarlate. » Le gouverneur de Fort Dauphin poursuit sa narration. Le père de Maimbo, un roitelet antanosy, relate-t-il, qui fait une excursion dans le pays des Quimos, est tué par eux. Un des capitaines dénommé Remouza (ou Ramosa) qui périt dans une expédition, est le principal informateur de Maudave.

Ce dernier écrit dans son Journal (1768-1770) : « Raimouza est le plus instruit de tous les Madécasses que j’ai vus jusqu’à présent ; il entend fort bien les Français et il connait l’intérieur du pays… Il a été au pays d’Alfissach et y a vu de la vigne. Il a traité plusieurs fois avec les Quimos… » Par la suite, ses renseignements sont confirmés par d’autres personnes ayant suivi le même chemin.

Pour Maudave, il n’est pas étonnant qu’il y ait des nains dans un pays aussi grand et aussi peuplé que Madagascar. « Mais une race de nains vivant ensemble, obéissant à un chef de leur taille, régis par leurs lois sans se mêler jamais à des étrangers, présente véritablement un spectacle digne d’attentions.» Le chef des Kimosy jouit, dit-on, d’une autorité plus absolue et plus respectée que celle des autres chefs du pays. Le gouvernement est héréditaire, le fils ainé ou le plus proche parent succède toujours au roi décédé.

Les Kimosy se défendent avec vigueur de ses ennemis. Leurs voisins les attaquent souvent pour razzier leur bétail, « car c’est là le grand motif de guerre de ce pays ». Ils ont plus de 30 villages, semble-t-il, mais de plus en plus, les incursions perpétuelles des agresseurs en font abandonner plusieurs.

On prétend que lorsque les Quimos sont en paix avec leurs voisins et qu’ils aperçoivent du haut de leurs montagnes, des troupes de voyageurs qui doivent naturellement traverser leur pays, ils exposent sur le chemin des bœufs qu’ils attachent aux arbres et d’autres vivres pour l’usage de ces étrangers. « C’est une manière d’avertissement de ne pas s’arrêter en chemin, et surtout de ne pas troubler les Quimos dans leurs retraites. » Pour Hébert, ce sont là mœurs d’une population pacifique, préférant abandonner quelques victuailles aux étrangers de passage plutôt que s’opposer à eux par la force.

Toujours selon Maudave, les personnes qui n’ont pas de démêlés avec eux, sont bien accueillies par eux, notamment les Blancs du Fort. Hébert écrit, à ce propos, que les renseignements donnés sont valables pour les Kimosy dont parle déjà Flacourt, installés dans les plaines du Bas-Ionaivo et de la Menarahaka, car les Français traversent leur pays en quatre journées de marche, sans qu’ils leur offrent de résistance.

Entretemps, le chef qui lui vend la femme Kimosy, propose à Maudave de lui amener un homme de la même race. « Si l’entreprise que j’ai faite, il y a deux mois (avril 1769) avait été plus heureuse, je projetais d’envoyer un couple de Quimos en France (…) Je ne veux pas envoyer la femme seule parce qu’elle ne constaterait pas aux yeux du public la vérité de l’histoire de ce peuple de nains. Mais lorsque nous les aurons vus dans leurs fourmilières et que j’en aurais fait passer quelques-uns en France, il faudra qu’on ajoute foi à mon récit. »

Maudave apporte à la fin de son Mémoire, quelques éclaircissements sur les Kimosy, qui lui viennent d’un chef des Mahafaly, Rabefala. «Le 22 juin, il y avait chez Rabefala, un chef du côté de la baie Saint-Augustin vers les Mahafales qui est venu dans ce pays pour acheter des bœufs… »

En parlant des Kimosy, le chef mahafaly mentionne que, depuis quelque temps, les petits hommes sont « fort tourmentés par leurs voisins et qu’on leur a brûlé beaucoup de villages. Ils ont, en général, de 3 à 4 pieds, ils sont gros et trapus, portent une longue barbe. « Il assure que les femmes ont des mamelles, ce qui est absolument contraire à ce que d’autres m’ont dit et à la conformation particulière de la petite Quimos que j’ai », commente Maudave.

Mais J.C. Hébert, en finissant de présenter le Journal de Maudave, assure que les renseignements fournis par ce chef Mahafaly paraissent beaucoup plus près de la vérité. « Cependant, Maudave préfère accorder crédit à l’insolite et à l’étrange. »

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

http://www.lexpressmada.com/

Publié dans Histoire, Notes du passé

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article